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Interview

Un documentaire explore les coulisses du « Violon sur le toit »

"Fiddler’s Journey to the Big Screen" révèle les secrets de ce film-culte tourné il y a 50 ans, montrant aussi comment il avait rapproché le réalisateur Norman Jewison du judaïsme

  • Le réalisateur du "Violon sur le toit" Norman Jewison, à droite, sur le plateau du film avec Chaim Topol, qui joue Tevye, en 1970. (Autorisation : Zeitgeist Films)
    Le réalisateur du "Violon sur le toit" Norman Jewison, à droite, sur le plateau du film avec Chaim Topol, qui joue Tevye, en 1970. (Autorisation : Zeitgeist Films)
  • Norman Jewison (avec une casquette de base-ball) sur le plateau du "Violon sur le toit", en 1971. Chaim Topol, qui jouait Tevye, est le deuxième à droite. (Autorisation : Zeitgeist Films)
    Norman Jewison (avec une casquette de base-ball) sur le plateau du "Violon sur le toit", en 1971. Chaim Topol, qui jouait Tevye, est le deuxième à droite. (Autorisation : Zeitgeist Films)
  • Le réalisateur du 'Violon sur le toit' Norman Jewison dans sa maison de Malibu pendant un entretien avec le réalisateur de ‘Fiddler’s Journey to the Big Screen’, Daniel Raim, en 2016. (Autorisation : Zeitgeist Films)
    Le réalisateur du 'Violon sur le toit' Norman Jewison dans sa maison de Malibu pendant un entretien avec le réalisateur de ‘Fiddler’s Journey to the Big Screen’, Daniel Raim, en 2016. (Autorisation : Zeitgeist Films)
  • Une photo du tournage du "Violon sur le Toit" réalisé par Norman Jewison. (Autorisation : Zeitgeist Films)
    Une photo du tournage du "Violon sur le Toit" réalisé par Norman Jewison. (Autorisation : Zeitgeist Films)

A la fin des années 1960, le réalisateur Norman Jewison était désespéré face aux bouleversements politiques qui survenaient en Amérique et dans le monde entier. Dépité spirituellement, il était prêt à quitter Hollywood et à abandonner son travail de metteur-en-scène.

Le demande émanant de United Artists concernant l’adaptation au cinéma d’une comédie musicale dont le succès ne s’était alors jamais démenti, « Un Violon sur le toit », était arrivée au bon moment. Jewison avait accepté de relever ce défi qui devait, in fine, le guérir de sa détresse et de ses angoisses, avait-il écrit dans son autobiographie de 2005 intitulée This Terrible Business Has Been Good To Me.

Aujourd’hui, c’est un nouveau documentaire réalisé par Daniel Raim, « Fiddler’s Journey to the Big Screen, », qui est sorti le 29 avril à New York et qui sera à découvrir à Los Angeles à partir du 6 mai. Comme son titre le laisse entendre, il est consacré aux coulisses de la réalisation de ce film devenu culte qui avait été tourné en 1971, inspiré par le livre de l’auteur yiddish Sholom Aleichem qui racontait l’histoire de Juifs vivant dans la Zone de résidence de l’empire russe au tournant du 20e siècle.

Le film de Raim porte ostensiblement sur la manière dont le producteur et réalisateur Jewison a conçu le « Violon » – mais il parle également de la façon dont homme aura été lui-même influencé par le « Violon », avec ses thématiques de famille, de tradition et de foi.

« Jewison était à un tournant. Il a considéré le ‘Violon’ comme un moyen qui lui était offert de pouvoir réellement s’exprimer », explique Raim.

Dans un entretien accordé au Times of Israel depuis son domicile de Los Angeles, Raim dit que Jewison était le metteur en scène parfait pour réaliser le « Violon ».

« Norman était au sommet de son art à ce moment-là, après avoir réalisé des films très réussis comme ‘les Russes arrivent’ et ‘Dans la chaleur de la nuit’, » déclare Raim.

Daniel Raim, réalisateur de ‘Fiddler’s Journey to the Big Screen’ (Autorisation)

« Mais plus que ça : il avait un sens de la musique excellent et il était capable de créer une structure visuelle, de provoquer l’émotion et d’amener ses acteurs à apporter le meilleur d’eux-mêmes », indique-t-il.

A quel public a-t-il pensé quand il a conçu et réalisé son documentaire ? A cette question, Raim dit avoir essentiellement pensé à lui.

Et en réalité, « Fiddler’s Journey » est un film qui ravira les réalisateurs et les cinéphiles inconditionnels qui s’intéressent à l’exploration profonde du processus créatif au cœur d’une œuvre de cinéma. C’est ce qui le différencie d’autres documentaires qui avaient été réalisés sur le « Violon », comme « Fiddler: A Miracle of Miracles, » en 2019, ou « Sholom Aleichem: Laughing in the Darkness », en 2011.

Toutefois, les spectateurs ayant conservé un souvenir agréable du « Violon sur le Toit » au cours des cinquante dernières années – et ils sont très nombreux – apprécieront, eux aussi, le film de Raim. Le parti pris de ce dernier qui a choisi de se concentrer sur le parcours personnel de Jewison au cours du tournage du film à succès rend le documentaire excessivement plaisant, et ce pour un large public.

Il y a beaucoup de choses dans « Fiddler’s Journey, », raconté par l’acteur Jeff Goldblum, qui intéresseront les amateurs du film. Des séquences et des photos d’archives, des interviews récentes avec le réalisateur Jewison, avec le compositeur John Williams, avec le décorateur Robert F. Boyle, avec le critique de film Kenneth Turan, avec le parolier Sheldon Harnick et avec les actrices Rosalind Harris, Michele Marsh et Neva Small (qui incarnent les fillesTzeitl, Hodl et Chava), des entretiens qui couvrent toutes les facettes du « Violon » et de la réalisation du long-métrage.

Norman Jewison (avec une casquette de base-ball) sur le plateau du « Violon sur le toit », en 1971. Chaim Topol, qui jouait Tevye, est le deuxième à droite. (Autorisation : Zeitgeist Films)

Le spectateur suit la recherche des lieux de tournage – ont été finalement choisis Lekenik, en Yougoslavie, et les Pinewood Studios à Londres. Il y a des discussions détaillées sur la musique, les chorégraphies, la cinématographie, la création des décors, le casting et l’approche adoptée par les acteurs face à leurs rôles respectifs.

Les costumes et le style visuel plus général du film ont été très influencés par les célèbres photographies prises par Roman Vishniac dans les shetls d’Europe de l’Est, avant la Première guerre mondiale.

Raim consacre une partie considérable de son documentaire aux décisions qui ont permis de transformer une comédie musicale qui attirait déjà un vaste public, très divers, en film dont l’appel s’est révélé être encore plus universel.

« Prendre une pièce et la placer dans le monde réel est toujours un défi particulier pour un réalisateur », affirme Jewison dans « Fiddler’s Journey. »

Dans leur majorité, les événements qui se déroulent à l’écran à Anatevka sont les mêmes que ceux qui rythment l’intrigue de la pièce de théâtre. Quelques scènes avaient néanmoins été rajoutées, notamment une scène montrant la violence d’un pogrom et l’arrestation de Perchik, politicien radical, à une manifestation de travailleurs.

La principale difficulté avait été de trouver l’acteur le plus à même de tenir le rôle de Tevye, le personnage principal. Jewison ne voulait pas de Zero Mostel, qui jouait à l’origine le personnage du laitier du shetl sur la scène de Broadway. Pour Jewison, Mostel, l’Américain, imposerait un personnage plus grand que nature qui ne conviendrait pas à la caméra.

Jewison avait trouvé son Tevye en Chaim Topol (également connu sous le mononyme de Topol) qui, à l’époque, interprétait le rôle dans un théâtre de Londres. Israélien ayant passé son enfance à écouter les histoires de Sholom Aleichem de la bouche de son père, des histoires qu’il connaissait par cœur, Topol avait à la fois la sensibilité et l’apparence que cherchait Jewison pour son personnage.

Jewison n’avait pas le droit à l’erreur dans ses choix de casting au vu de l’immense succès critique et financier du film dans le monde entier (il avait été nominé pour huit Oscars et il en avait remporté trois).

« Plus d’un milliard de personnes ont vu le film, impossible qu’elles aient toutes été juives », s’était amusé Topol dans un entretien accordé en 2009 à Raim.

Le réalisateur du « Violon sur le toit » Norman Jewison, à droite, sur le plateau du film avec Chaim Topol, qui joue Tevye, en 1970. (Autorisation : Zeitgeist Films)

Et ça a été cet appel à portée universelle du « Violon » qui a déterminé Raim à se lancer dans l’aventure de ce documentaire. Ayant grandi en Israël, Raim avait découvert « Le Violon » sur une cassette VHS alors qu’il était chez ses grands-parents à Haïfa.

« C’était une porte ouverte sur un monde qui n’existait plus, une porte ouverte sur l’histoire juive en Europe de l’Est. Et ça a piqué mon imagination. Mais quand je suis allé voir Topol pour sa tournée d’adieu du ‘Violon’ sur scène, à Los Angeles, en 2009, j’ai constaté par moi-même ce que la pièce représentait pour un public vraiment très divers. C’est là que j’ai eu l’idée de faire un documentaire là-dessus », explique Raim.

« Fiddler’s Journey » est de la même veine que le film réalisé par Raim en 2017, « Harold and Lillian: A Hollywood Love Story, » qui était consacré au long partenariat professionnel et intime qui avait lié l’illustrateur et scénariste Harold Michelson et son épouse Lillian, surnommée « la bibliothécaire d’Hollywood » qui, ensemble, avaient discrètement contribué au succès de l’industrie du cinéma pendant 60 ans.

Une photo du tournage du « Violon sur le Toit » réalisé par Norman Jewison. (Autorisation : Zeitgeist Films)

« Fiddler’s Journey » et « Harold and Lillian » témoignent tous les deux de l’amour voué par Raim au cinéma et à ceux qui créent la magie du grand écran.

Et en définitive, il y a un lien entre les deux documentaires. Les observateurs attentifs remarqueront ainsi, dans « Fiddler’s Journey », que certains dessins du plateau de « Violon » et de certains décors ont été réalisés et imaginés par Harold Michelson.

« Et Lillian avait fait des recherches pour le ‘Violon’. Elle aime raconter comment elle avait tenté de déterminer quelle sorte de sous-vêtements portaient les fillettes et les jeunes femmes au tournant du 20e siècle dans les shtetls », dit Raim.

« A cette occasion, elle s’était rendue à Fairfax [le quartier juif de Los Angeles] et elle avait demandé aux dames juives les plus âgées qu’elle croisait si elles pouvaient lui venir en aide. Ces dames étaient retournées chez elles et elles avaient ramené des modèles en papier de ce qu’elles portaient dans leur jeunesse, des patrons de sous-vêtements qu’elles avaient fabriqués avec les moyens du bord », continue-t-il.

Et « Fiddler’s Journey » est assurément aussi un hommage rendu à Jewison, le non-Juif, qui a réussi à faire aimer une histoire juive à des hommes et des femmes de tous les milieux et de toutes les origines, dans le monde entier.

Dans « Fiddler’s Journey », Jewison raconte l’histoire connue de l’appel des responsables de United Artists qui avaient demandé à le rencontrer pour déterminer s’il lui serait possible de réaliser le « Violon ». Il leur avait répondu que malgré son nom de famille, il n’était pas Juif – et qu’il ne l’avait accessoirement jamais été.

« Qu’est-ce que vous allez me dire si je vous dis que je suis un goy [un non-Juif] ? », leur avait répondu Jewison.

Cette révélation avait étonné les responsables de United Artists – qui ne sont toutefois pas revenus sur leur décision.

Le réalisateur du ‘Violon sur le toit’ Norman Jewison dans sa maison de Malibu pendant un entretien avec le réalisateur de ‘Fiddler’s Journey to the Big Screen’, Daniel Raim, en 2016. (Autorisation : Zeitgeist Films)

Jewison, issu d’une famille protestante, était occasionnellement allé à la synagogue avec un ami juif lors de son enfance passée à Toronto, au Canada, dans les années 1930. Mais c’est son immersion dans les recherches pour le « Violon » – et son travail sur le film de manière plus générale – qui ont laissé une empreinte indélébile sur lui.

« J’ai découvert qu’il était totalement possible en ce qui me concerne de m’identifier à Tevye et à la religion juive », explique le réalisateur dans « Fiddler’s Journey. »

S’il ne s’est jamais officiellement converti, Jewison, âgé de 95 ans aujourd’hui, a eu pendant toute sa vie des affinités particulières avec le Judaïsme et avec la culture juive. Il s’est rendu à de multiples reprises en Israël (il a notamment occupé le siège adjacent à celui de Golda Meir lors de la Première israélienne du « Violon ».) Il introduit avec facilité des mots en hébreu ou en yiddish dans la conversation, et force est de reconnaître qu’il les prononce mieux qu’un grand nombre de Juifs américains.

Et, ce qui n’est pas sans rappeler la très belle scène de « Sunrise, Sunset » du « Violon », Jewison s’est marié avec sa seconde épouse sous la houppah, le dais nuptial juif traditionnel et c’est un rabbin qui a officié lors de la cérémonie.

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