Un Estonien rentre enfin chez lui après avoir été bloqué 110 jours à l’aéroport
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Le Terminal : Un Estonien dans le rôle de Tom Hanks

Un Estonien rentre enfin chez lui après avoir été bloqué 110 jours à l’aéroport

Le touriste Roman Trofimov a passé trois mois dans une petite pièce convertie du terminal de départ de l'aéroport de Manille après que son entrée dans le pays lui a été refusée

Le ressortissant estonien Roman Trofimov, à l'aéroport de Manille, aux Philippines. (Autorisation)
Le ressortissant estonien Roman Trofimov, à l'aéroport de Manille, aux Philippines. (Autorisation)

Un homme est bloqué dans un aéroport. Il ne peut ni entrer dans le pays et n’est pas autorisé à en sortir. Cela dure des jours, des semaines, des mois. Il ne s’agit pas de l’histoire du personnage joué par Tom Hanks dans le film « Le Terminal » (2004). C’est l’histoire de Roman Trofimov, un ressortissant estonien qui a été contraint, en raison des mesures de confinement imposées à travers le monde face à la pandémie de coronavirus, de passer plus de 100 jours à l’aéroport international de Manille, aux Philippines.

Trofimov, ingénieur de 36 ans, est arrivé à l’aéroport de Manille le 20 mars. Ce n’est qu’après que le site frère en hébreu du Times of Israel, Zman Yisrael, a contacté le ministère estonien des Affaires étrangères qu’il a pu embarquer sur un vol le soir du 7 juillet – soit 110 jours plus tard.

Après avoir voyagé en Thaïlande à la mi-mars, Trofimov est monté à bord d’un vol pour Manille pour poursuivre son voyage, ignorant que la capitale des Philippines était confrontée à un confinement ordonné par le gouvernement. Au contrôle des passeports, il s’est vu refuser l’entrée dans le pays, et il lui a été indiqué qu’il devait retourner en Thaïlande. Mais la compagnie avec laquelle il était venu, Air Asia, l’a informé que le prochain vol au départ était prévu seulement pour le 15 avril.

« Je ne comprenais pas ce qui se passait. J’ai posé des questions à tout le monde à l’aéroport, mais personne n’était disposé à me donner des réponses », a déclaré Trofimov à Zman Yisrael par SMS. « Ils ont pris mon passeport et m’ont envoyé au Terminal 3. Sans mon passeport, je ne pouvais même pas quitter le bâtiment pour prendre l’air. J’ai dû dormir sur le sol du terminal et manger des snacks et des bonbons que j’ai pu acheter dans les distributeurs automatiques, car la plupart des magasins étaient déjà fermés. »

Le lit de fortune de Roman Trofimov sur le plancher de l’aéroport de Manille, sur lequel il a dormi pendant une semaine. (Autorisation)

« Plus tard, j’ai appris que j’avais le statut de ‘passager exclu’. Ils m’ont expliqué que, selon les lois philippines sur l’immigration, je ne pouvais partir qu’avec la compagnie aérienne avec laquelle j’étais venu, et uniquement vers la destination d’où je venais [la Thaïlande]. Sans mon passeport, je ne pouvais partir sur aucune autre compagnie aérienne », a-t-il déclaré.

Durant cette première semaine, alors qu’il dormait sur le sol de l’aéroport, Trofimov a pris contact avec le ministère estonien des Affaires étrangères, qui a essayé de l’aider à contester la décision de l’empêcher d’entrer dans le pays. Les autorités de l’immigration philippines ont cependant rejeté sa demande à deux reprises au motif qu’il représentait une « charge publique » – une personne sans moyens de subvenir à ses propres besoins, et donc une charge pour l’État hôte.

La salle de 3,5 mètres carrés du terminal de départ de Manille dans laquelle Roman Trofimov a dormi pendant trois mois. (Autorisation)

Les autorités estoniennes ont réussi à conclure un accord avec la compagnie aérienne, selon lequel Trofimov bénéficierait d’une chambre à l’aéroport et de deux repas par jour. Il a alors emménagé dans une pièce de 3,5 mètres carrés, qui comprenait un lit, un ventilateur, et un accès à des toilettes et une douche communes. Il ne s’agissait pas d’une chambre dans l’un des hôtels de l’aéroport situés à proximité, mais d’un espace dans le terminal de départ transformé spécialement pour lui.

Sans air frais, sans accès direct au soleil et sans nutrition adéquate, l’état physique et mental de Trofimov a commencé à se dégrader.

Seulement cette semaine, après 110 jours, Trofimov a réalisé qu’il devrait alerter l’opinion à l’international à son sujet s’il voulait que la situation évolue.

« J’étais végétarien quand je suis arrivé ici, mais je suis contraint de manger du poulet avec du riz cuit à la vapeur. La quantité est insuffisante, il n’y a aucune variété et je ne mange plus de légumes. Tous les magasins ont été fermés et je ne peux avoir une alimentation équilibrée. Je me sens mal, j’ai un handicap et mon dos me fait mal en raison de la façon dont j’ai été contraint de vivre ici », a-t-il déclaré.

Personne sur qui compter

Trofimov a déclaré que ni sa mère âgée ni aucun ami proche n’avaient été en mesure de l’aider.

« Après avoir rendu mon histoire publique sur les réseaux sociaux, j’ai reçu une tonne de conseils – mais je n’avais aucun moyen de mettre la plupart en œuvre », a-t-il déclaré mardi, alors qu’il était encore enfermé. « Mon budget est petit, le téléphone et Internet sont très lents. J’ai cherché des informations et des contacts, mais il n’y a personne sur qui je puisse compter pour me sortir de cette situation. La majeure partie du temps, je ne suis occupé qu’à survivre. »

L’aéroport vide de Manille. (Roman Trofimov)

Trofimov a indiqué qu’il avait passé beaucoup de temps à dormir parce qu’il se sentait faible et déprimé. Il a déclaré qu’il préférait rester dans sa chambre car, depuis que les vols ont repris, l’aéroport est redevenu bondé, et il avait peur d’attraper le coronavirus.

« J’ai l’impression d’avoir été mis en prison sans raison, car je n’ai commis aucun crime. Mais la compagnie aérienne ne prend aucune responsabilité et, dans leurs réponses officielles, elle me reproche ce qui s’est passé », a-t-il déclaré. « La plupart du personnel de la compagnie aérienne a été mis en congé à cause de la maladie, et les gens qui travaillent encore me parlent comme des robots, comme s’ils n’avaient aucun sentiment humain. »

Interrogé, le ministère estonien des Affaires étrangères a répondu aussitôt. Le consul estonien aux Philippines a été en contact permanent avec Trofimov, a-t-il précisé, et s’est efforcé d’améliorer ses conditions de vie. Trofimov, a indiqué le ministère, est arrivé aux Philippines lors du début du confinement, et a donc pris le risque de se retrouver bloqué à la frontière. En outre, il a refusé l’offre du ministère de lui prêter des fonds gouvernementaux afin de pouvoir acheter un billet pour l’Estonie.

Roman Trofimov sur son vol de retour vers l’Estonie après 110 jours dans un terminal de l’aéroport de Manille, aux Philippines, le 7 juillet 2020. (Autorisation)

Néanmoins, a indiqué le ministère, le gouvernement s’était engagé à le ramener chez lui dans les prochains jours.

Quelques heures après cet échange, tard mardi soir, Trofimov a finalement envoyé une mise à jour : le ministère estonien des Affaires étrangères l’a placé dans un avion. Son cauchemar pendant trois mois et demi a pris fin.

Une version en hébreu de ce reportage a initialement été publié sur Zman Yisrael, le site-sœur du Times of Israel en hébreu.

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