Israël en guerre - Jour 195

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Interview

Un expert en terrorisme dit qu’il avait vu la guerre se profiler

Yigal Carmon attribue l'attaque à la complaisance à l'égard du Hamas et du Qatar et rejette la comparaison avec la Guerre de Kippour : "Là où ils voyaient des Juifs, ils les tuaient"

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à gauche, serrant la main du chef du Hamas Khaled Mashaal, à droite, sous le regard de l'émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, au centre, après la signature d'un accord à Doha, au Qatar, le 6 février 2012. (Crédit : Osama Faisal/AP)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à gauche, serrant la main du chef du Hamas Khaled Mashaal, à droite, sous le regard de l'émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, au centre, après la signature d'un accord à Doha, au Qatar, le 6 février 2012. (Crédit : Osama Faisal/AP)

À la fin du mois d’août, Yigal Carmon, ancien conseiller en matière de lutte contre le terrorisme des Premiers ministres Yitzhak Shamir et Yitzhak Rabin, a publié un article intitulé « Signs of Possible War September – October » (Signes d’une guerre possible en septembre et octobre).

La prédiction de Carmon était basée sur un certain nombre de facteurs concordants, parmi lesquels : les fêtes du Nouvel an juif, au cours desquelles des groupes de fidèles juifs se rendent régulièrement sur le mont du Temple, point ultra-sensible du conflit entre Israël et les Palestiniens ; les réunions qui ont rassemblé des responsables iraniens et des membres des groupes terroristes du Hamas, du Hezbollah et du Jihad islamique palestinien, augmentant ainsi la menace d’une guerre régionale ; et la disponibilité d’armes de plus en plus meurtrières entre les mains du Hamas entre autres groupes terroristes, notamment des charges explosives et des roquettes surpuissantes, qui obligeraient Israël à entreprendre une réponse à grande échelle allant au-delà de ses mesures habituelles de lutte contre le terrorisme.

Les prévisions, publiées par le Middle East Media Research Institute, un organisme de surveillance mieux connu sous l’acronyme MEMRI, que dirige Carmon (et où ce journaliste travaillait auparavant), se concentrent principalement sur la possibilité d’une escalade à partir de la Cisjordanie ou du Liban. La bande de Gaza n’a été mentionnée que dans le contexte de l’adoption par les Palestiniens de Cisjordanie des méthodes de combat gazaouies.

Toutefois, il a été indiqué qu’un conflit aux proportions bien plus importantes que les habituels rounds de combat entre l’armée israélienne et le groupe terroriste palestinien du Hamas, auxquels on assiste depuis des années, se profilait à l’horizon.

Tant les Palestiniens que les Israéliens ont établi un parallèle entre l’attaque de samedi et l’assaut de la Guerre de Kippour, dont le 50e anniversaire a été commémoré vendredi.

Dans une interview accordée au Times of Israel, Carmon a fermement rejeté cette comparaison et s’est tourné vers un autre parallèle historique.

Les équipes de secours israéliennes évacuant un blessé près de la ville de Sderot, dans le sud du pays, le 7 octobre 2023, après que le groupe terroriste palestinien du Hamas a lancé une offensive surprise à grande échelle contre Israël. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

« Ce qui s’est passé samedi est un événement traumatisant aux proportions historiques, qu’il nous faudra des décennies pour surmonter, voire jamais. Mais cela n’a rien à voir avec la Guerre de Kippour », a-t-il affirmé. « Ce conflit s’est déroulé entre armées. L’assaut de Gaza a plutôt rappelé les Einsatzgruppen. »

Ces groupes paramilitaires, créés dans le but de massacrer les Juifs dans les pays occupés par les nazis, ont été responsables du meurtre d’environ 1,5 million de Juifs. « C’est ce que le Hamas a fait samedi : il a massacré des familles, il a massacré des jeunes lors d’une fête. Partout où ils ont trouvé des Juifs, ils les ont assassinés », a-t-il déclaré.

Carmon a insisté sur le fait que les traces de l’assaut étaient visibles sur le mur.

« Nous n’avions pas besoin de caméras pour le voir venir. Il aurait suffi de regarder notre politique imprudente de ces dix dernières années à l’égard du Hamas. »

« Je considère que Netanyahu est personnellement responsable de cette politique. Il l’a formulée. Tout le sang qui a été versé est sur ses mains », a déclaré Carmon.

L’erreur d’Israël est double. Tout d’abord, au fil des ans, il a adopté une politique de séparation entre le Hamas à Gaza et l’Autorité palestinienne (AP) dirigée par le Fatah en Cisjordanie, avec la certitude erronée que la discorde persistante entre les deux factions empêcherait la création d’un État palestinien. Les deux parties sont en conflit depuis 2007, lorsque le Hamas islamiste a férocement pris le contrôle de la Bande de Gaza aux dépens du Fatah laïc.

La deuxième erreur fatale, selon Carmon, a été de croire qu’Israël pouvait acheter la paix au Hamas, en la payant avec de l’argent qatari. Depuis 2012, le Qatar a déboursé environ 1,5 milliard de dollars pour la Bande de Gaza, avec l’approbation tacite d’Israël malgré les restrictions en vigueur. Depuis 2018, la monarchie du Golfe a fourni une aide mensuelle de 30 millions de dollars à l’enclave côtière, en trois tranches de 10 millions de dollars pour payer les salaires des employés du gouvernement du Hamas, le carburant et de l’aide aux familles dans le besoin.

« Nous, Israéliens, pensions pouvoir acheter le Hamas, mais nous n’avons acheté personne. Au lieu de cela, Netanyahu a vendu nos vies et notre sécurité », a déclaré Carmon.

Yigal Carmon (photo credit: courtesy)
Yigal Carmon, à Washington, en 2015. (Autorisation)

Avec la fausse assurance que le groupe terroriste pouvait être contraint à la soumission, Israël est devenu complaisant, des échelons supérieurs du gouvernement jusqu’aux commandants de l’armée et aux soldats, a affirmé Carmon. « Les politiciens ont dit que nous empêchions la création d’un État palestinien et que les factions palestiniennes se battraient entre elles. »

Cette complaisance, affirme-t-il, est la raison pour laquelle Tsahal a mis six heures avant d’intervenir pour stopper l’invasion de Gaza, et pourquoi tant d’échecs se sont produits simultanément. « Les soldats de la division d’infanterie de Gaza n’étaient pas à leur poste, les systèmes de surveillance étaient hors service et la barrière de sécurité s’est avérée être une plaisanterie. Il a suffi d’un bulldozer pour la démolir », note Carmon.

Le Hamas, qui règne sur une Bande de Gaza appauvrie, sous restrictions israéliennes et égyptiennes depuis 2007 et isolée du reste du monde, ne disposerait pas des ressources et des capacités nécessaires pour mener à bien ses attaques contre Israël s’il ne bénéficiait pas d’un soutien international.

La puissance étrangère la plus souvent accusée de l’aider est l’Iran. S’il est indéniable que Téhéran contribue au groupe terroriste de diverses manières (financement, armement et entraînement type « militaire »), la véritable bouée de sauvetage financière du Hamas est fournie par le Qatar.

L’organisation islamiste est à la solde du Qatar depuis plus de dix ans et a profité du statut d’acteur étatique respecté de ce dernier pour légitimer sa position sur la scène internationale.

Ce n’est un secret pour personne que le Qatar finance des groupes islamistes radicaux depuis des années. Petit pays aux richesses considérables, la monarchie du Golfe a cherché à se démarquer sur le plan diplomatique en nouant des alliances avec un ensemble très hétérogène d’acteurs. Elle entretient d’excellentes relations avec l’Iran et a mis en place une coopération militaire conjointe avec les Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), elle soutient les Frères musulmans et a été accusée de financer la montée en puissance d’Al-Qaïda et de l’État islamique (EI).

« Le Qatar peut s’enorgueillir de posséder une importante société de radiodiffusion, Al Jazeera. Depuis le début de la guerre, Al Jazeera est devenue le porte-parole du Hamas », a-t-il déclaré, ajoutant que la chaîne qatarie diffuse la ligne politique, la propagande et l’incitation à la haine du Hamas. L’allégation de Carmon semble être étayée par le fait que le chef adjoint du Hamas, Saleh al-Arouri, a été interviewé par la chaîne qatarie quelques heures seulement après le déclenchement de la guerre.

Carmon a mis en évidence d’autres preuves du soutien de la chaîne au Hamas, comme le fait que la version arabe de la chaîne qatarie désigne les communautés israéliennes de la région frontalière de Gaza par le terme « mustawtanat », un mot arabe qui n’est utilisé que pour désigner les implantations israéliennes de Cisjordanie, et non les villes situées à l’intérieur d’Israël proprement dit. Les groupes radicaux et terroristes, cependant, appliquent ce terme à n’importe quelle localité israélienne, sous prétexte que l’ensemble d’Israël est illégitime et doit être éliminé. Les informations diffusées en anglais par Al Jazeera utilisent toutefois la terminologie correcte.

« Al Jazeera est autorisée à dire tout cela d’ici, du parc technologique de Jérusalem », a poursuivi Carmon, en faisant référence au complexe où se trouve le siège de la chaîne en Israël. « C’est un scandale. Avec plus de 1,5 milliard de dollars d’argent qatari, le Hamas a construit des tunnels, une ville souterraine à Gaza, acquis un impressionnant système de lancement de roquettes et des équipements de combat. »

« Personne en Israël, ni dans le reste du monde d’ailleurs, n’admet que le Qatar est un pays ennemi », a déclaré Carmon. « Il est temps de se réveiller. »

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