Un expert israélien veut créer un Wikipedia pour l’apprentissage automatique
Rechercher

Un expert israélien veut créer un Wikipedia pour l’apprentissage automatique

Plusieurs défis à l'horizon pour l’intelligence artificielle, surtout dans le processus d’apprentissage du langage naturel et la transparence de la source des données de la machine

Illustration : une main jhumaine et une main robotisée. (Crédit : PhonlamaiPhoto; iStock by Getty Images)
Illustration : une main jhumaine et une main robotisée. (Crédit : PhonlamaiPhoto; iStock by Getty Images)

Un expert israélien de l’intelligence artificielle (IA) – le domaine qui donne aux ordinateurs la capacité d’apprendre – appelle à la création d’une base de données, du style de Wikipedia, pour les machines intelligentes, alors qu’un groupe de chercheurs a reconnu que de nombreux défis se profilent dans ce domaine en essor.

« Nous en sommes encore au tout développement de l’IA, mais l’IA est déjà partout, a déclaré Aya Soffer, vice-présidente du département des technologies de l’intelligence artificielle chez IBM. Pourtant, ses applications sont encore très ‘réduites' », a-t-elle déclaré. Les machines ont encore besoin de tâches très bien définies et de beaucoup de données afin de les accomplir.

Même si le concept de l’IA existe depuis le début des années 1950, il bénéficie d’une résurgence rendue possible par la puissance de calcul plus fortes des micro-puces. Le domaine devrait s’accroître à un rythme annuel combiné de presque 37 % à partir de 2018, et devrait atteindre un marché de 191 milliards de dollars d’ici 2025, selon MarketsandMarkets, une entreprise de recherche.

L’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique sont utilisés pour une large gamme d’applications, de la reconnaissance faciale à la détection de maladies dans des imageries médicales jusqu’à des compétitions globales dans des jeux comme les échecs et le Go.

Aya Soffer, vice présidente du département des technologies de l’intelligence artificielle chez IBM, lors d’une conférence à l’IDC Herzliya, le 6, janvier 2019 (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel)

Ainsi, des entreprises s’efforcent de créer une IA de mi-chemin, aussi appelée « IA large », dans laquelle des machines peuvent faire plus de tâches en utilisant moins de données, a déclaré Soffer d’IBM.

Dans le monde réel, la plupart des entreprises ont beaucoup de données, a-t-elle déclaré, l’un des plus grands défis qui se profile pour la technologie de l’IA est d’avoir des machines qui peuvent apprendre en ayant un accès à une quantité plus petite de données. Apporter d’énormes quantités de données aux machines prend du temps, la disponibilité des données est limitée, et les données changent tout le temps, a-t-elle déclaré.

Selon elle, une solution consiste à essayer de faire que les machines IA procèdent elles-mêmes à une « augmentation des données », ce qui signifie utiliser l’IA pour créer des nouvelles données en utilisant les informations qui existent déjà.

Une autre solution a été proposée par le professeur Moshen BenBassat, chercheur spécialisé dans l’intelligence artificielle à l’IDC et organisateur de la conférence. Il y a, selon lui, le « besoin d’un effort international » de la part la communauté IA afin de créer une base de données spéciale à laquelle les machines intelligentes pourront avoir accès, comprendre et utiliser.

BenBassat est le fondateur de Clicksoftware Technologies Ltd., une entreprise qui applique des algorithmes complexes et de l’IA pour aider à gérer les travailleurs, et Plataine Ltd., un fabricant de solutions d’IA pour des productions de pointe dans une grande diversité d’industries.

Si une machine intelligente a besoin de connaissances au-delà de ce qu’elle peut obtenir directement d’êtres humains, elle devrait aussi pouvoir accéder à des données expertes, a-t-il dit, tout comme les humains le peuvent. « Alors pourquoi ne pas construire quelque chose comme Wikipédia, mais structuré de telle sorte que les machines intelligentes puissent l’utiliser et le comprendre ? »

Moshen BenBassat, chercheur dans le secteur de l’intelligence artificielle, lors d’une conférence à l’IDC Herzliya, le 6, janvier 2019 (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel)

BenBassat a appelé la plate-forme proposée ReKopedia. « Je parle d’apprentissage profond » qui est nécessaire pour former des docteurs, par exemple, a-t-il déclaré au Times of Israël en marge de la conférence. C’est la connaissance que les machines IA ne peuvent pas apprendre en regardant seulement des données de patients, mais cela permettra aux « machines intelligentes de faire des propositions plus profondes », a-t-il déclaré.

L’idée serait de développer des structures de programmes informatiques, comme des réseaux neutres, des réseaux bayésien et des arbres de décision, qui détiennent la « connaissance de l’humanité » et que des machines intelligentes puissent comprendre, a-t-il déclaré.

« C’est un vrai défi pour la communauté IA, a-t-il expliqué. Cela va renforcer les capacités IA de manière substantielle ».

Se fier ou ne pas se fier

Un défi supplémentaire qui se profile est de gagner la confiance des utilisateurs, a déclaré Soffer d’IBM.

Même si la technologie devient précise à 99 %, les gens hésitent encore à utiliser des systèmes IA parce qu’ils ne savent pas si les décisions prises par les machines sont basées sur des données biaisées ou non, a-t-elle déclaré.

Selon elle, il faut plus de transparence. La technologie IA devrait venir avec une feuille de données, comme les lignes d’une étiquette de produit alimentaire. C’est quelque chose qu’IBM cherche à faire avec ses technologies : fournir un compte-rendu sur comment la machine a été entraînée, les données sur lesquelles elle a été entraînée et son niveau de précision.

Cela nous aidera à « établir plus d’équité et de confiance », a-t-elle déclaré.

Des robots équipés d’écouteurs, travaillent. (Crédit : PhonlamaiPhoto, iStock by Getty Images)

L’incapacité à comprendre le langage humain, avec toutes ses nuances, ses métaphores et contextes, est une autre raison pour laquelle l’IA ne développe pas encore tout son potentiel.

« L’IA est très loin de comprendre vraiment le langage naturel, a-t-elle dit. Des machines peuvent traduire très bien, a déclaré Soffer, mais seulement parce qu’elles n’ont pas vraiment besoin de comprendre quoi que ce soit du texte en lui-même pour y parvenir ».

Il y a encore un fossé entre la capacité de langage des machines IA et celle de jeunes enfants, a-t-elle dit.

« Si nous ne sommes pas capables de combiner l’IA avec le raisonnement et la connaissance, le potentiel de la technologie restera inachevée, a-t-elle prévenu.

La conférence IA, tenue la semaine dernière au Centre interdisciplinaire IDC, Herzliya, une université privée, s’est focalisée sur les applications de l’intelligence artificielle en matière d’informatique, de médecine, de voitures autonomes, de design, de production et d’industrie.

Environ une centaine des milliers employés de Google travaillent en Israël sur des développements d’IA, a déclaré Yossi Matias, ingénieur VP et directeur de gestion du centre R&D de Google en Israël. Parmi les projets de l’équipe, il a noté que l’on trouvait l’Ecran Appel. Lancé par Google en septembre pour certains appareils aux Etats-Unis, ce projet utilise la reconnaissance vocale et la technologie IA de message texte en parole pour identifier un interlocuteur quand le numéro de la personne qui appelle n’est pas reconnu.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...