Un extrémiste juif accusé de terrorisme après des années de discours anti-arabes
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Un extrémiste juif accusé de terrorisme après des années de discours anti-arabes

Pour Bentzi Gopstein, chef de Lehava, l'inculpation est une persécution de l'Etat. Il s'engage à continuer la campagne controversée contre la coexistence entre juifs et arabes

Le président de Lehava, Benzi Gopstein, est traduit devant le tribunal de première instance de Jérusalem, le 22 octobre 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le président de Lehava, Benzi Gopstein, est traduit devant le tribunal de première instance de Jérusalem, le 22 octobre 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef d’un groupe extrémiste juif a été accusé d’incitation à la violence et au racisme et de soutien au terrorisme, a annoncé mardi le bureau du procureur du district de Jérusalem.

Les accusations portées contre Bentzi Gopstein, le dirigeant de Lehava, concernent de nombreuses déclarations publiques incendiaires qu’il a faites au sujet des Arabes entre 2012 et 2017.

Le groupe d’extrême droite de Gopstein, Lehava, s’oppose à la mixité et à l’assimilation des juifs et tente d’entraver toute activité publique des non-juifs en Israël. Lehava, que certains députés ont tenté de désigner comme groupe terroriste, a souvent demandé que des mesures soient prises contre les non-juifs afin de « sauver les filles d’Israël ».

L’acte d’accusation rendu par le tribunal de district de Jérusalem fait état d’un incident survenu en 2012, au cours duquel Gopstein a saisi un micro lors du mariage de sa fille dans l’implantation de Modiin Illit et a chanté une chanson rendant hommage à Baruch Goldstein, un terroriste juif qui avait tué 29 Palestiniens au Tombeau des patriarches à Hébron, en 1994.

Les procureurs ont également cité une interview télévisée de 2012 dans laquelle Gopstein se vantait de son refus d’embaucher ou de travailler avec des employés arabes. Lorsqu’on lui a demandé ce qui se passerait s’il avait un serveur arabe à un mariage, Gopstein a répondu que le traiteur « devrait chercher l’hôpital le plus proche ».

Dans une interview distincte de la Deuxième chaîne (aujourd’hui Douzième chaîne), Gopstein affirme que « les Arabes qui méritent d’être frappés ne manquent pas », en particulier ceux qui flirtent avec des femmes juives.

Bentzi Gopstein, président de Lehava, et des militants de droite protestent lors du défilé annuel de la Gay Pride à Jérusalem, le 21 juillet 2016. (Yonatan Sindel/Flash90)

L’acte d’accusation mentionnait également son discours de 2014 lors d’une cérémonie commémorative pour le rabbin extrémiste assassiné Meir Kahane, lors de laquelle il a dénigré les Palestiniens, les traitant de « cancer ».

« Les ennemis intérieurs sont un cancer, et si nous ne nous débarrassons pas de ce cancer, nous ne pourrons pas continuer à exister ici en tant que Juifs », déclarait-il. « Tant que le gouvernement israélien n’enlèvera pas cette excroissance du mont du Temple, Israël ne sera jamais complètement racheté. »

Après le dépôt de l’acte d’accusation mardi, M. Gopstein a déclaré que les accusations constituaient une persécution de la part de l’État et qu’elles visaient à faire taire ses opinions politiques de droite.

« Le [procureur général] a décidé que la prévention de l’assimilation est la même chose que le racisme », a-t-il dit mardi. « C’est un jour noir où le ministère de la Justice va à l’encontre des principes d’Israël. »

« Mais cela ne leur servira à rien, je continuerai à travailler pour les filles d’Israël et pour l’Etat juif », a ajouté Gopstein.

M. Gopstein a déjà été arrêté à plusieurs reprises et a fait l’objet d’une enquête pour des déclarations qu’il avait faites contre des non-juifs, notamment pour un article dans lequel il avait qualifié de « suceurs de sang » les chrétiens vivant en Israël. Il a également été arrêté peu après que des membres de son groupe eurent tenté d’incendier une école arabo-juive à Jérusalem en novembre 2014. M. Gopstein n’a pas été accusé de l’attaque, pour laquelle trois membres de Lehava ont finalement été condamnés.

Des manifestants de Lehava brandissent des pancartes sur lesquelles on peut lire « L’assimilation est une Shoah » en marge d’un mariage juif-musulman près de Tel Aviv, le 17 août 2014. (Flash90)

Plus récemment, M. Gopstein a entamé une carrière politique en occupant un poste de direction au sein du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, mais a été empêché de se présenter aux élections de 2019.

Otzma Yehudit soutient l’encouragement à l’émigration des non-juifs d’Israël et l’expulsion des Palestiniens et des Arabes israéliens qui refusent de déclarer leur loyauté à Israël et d’accepter un statut diminué dans un État juif élargi dont la souveraineté s’étend sur toute la Judée-Samarie (nom biblique de la Cisjordanie).

L’ancien numéro un du parti, Michael Ben-Ari, s’est vu interdire de se présenter aux élections d’avril par la Cour suprême en vertu des lois antiracistes. En août, le tribunal a également interdit à Gopstein et Baruch Marzel de se présenter sur la liste du parti en invoquant la clause antiraciste.

Au cours de cette audience, le panel de neuf juges a noté que la rhétorique anti-arabe de Gopstein « a révélé un nouveau plus bas niveau du discours racial que nous n’avions jamais connu auparavant ».

La présidente de la Cour suprême, Esther Hayut, a expliqué dans la décision de la Cour que les propos de Gopstein prouvaient « sans équivoque » qu’il « incite systématiquement au racisme contre la population arabe ».

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