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Un fils de rescapés de la Shoah retrouve la fille des sauveurs de ses parents

« Je voulais remplir les blancs dans l’histoire de ma famille, qu’eux seuls connaissaient », explique Isidore Zuckerbrod, dont les parents se sont cachés dans un poulailler

Isidore Zuckerbrod (à gauche) et Renata Szyfner devant le Mur d’honneur, dans le Jardin des Justes parmi les Nations, à Yad Vashem le 25 mai 2022. (Crédit : Yad Vashem)
Isidore Zuckerbrod (à gauche) et Renata Szyfner devant le Mur d’honneur, dans le Jardin des Justes parmi les Nations, à Yad Vashem le 25 mai 2022. (Crédit : Yad Vashem)

Le fils de survivants de la Shoah a retrouvé, mercredi, la fille de Polonais, reconnus comme Justes parmi les Nations, qui ont sauvé ses parents – et plusieurs autres Juifs – pendant la guerre.

Les retrouvailles entre le Dr Isidore Zuckerbrod et Renata Szyfner, qui vit aujourd’hui à Orlando, en Floride, ont eu lieu au musée de la Shoah Yad Vashem de Jérusalem, où ils ont échangé des souvenirs entendus, alors qu’ils étaient enfants, de leurs parents. Szyfner a effectué le déplacement en Israël pour rencontrer Zuckerbrod, qui vit à Jérusalem, et évoquer leur histoire commune.

« Le récit de l’un comble les lacunes du récit de l’autre et les deux se superposent comme une tapisserie tissée, donnant un nouvel éclairage à des événements qui se sont déroulés il y a 78 ans », ont-ils déclaré, selon le musée.

En mars 1942, après la liquidation du ghetto de Mielic en Pologne, les parents de Zuckerbrod, Dawid et Matylda, ont trouvé refuge chez Katarzyna et Eugeniusz Szyfner, respectivement grand-mère et père de Szyfner.

Les Szyfner ont hébergé des Juifs dès l’automne 1941, dans le grenier d’un poulailler situé sur leur propriété, et ont pris soin d’eux jusqu’à ce que la région soit libérée par l’Armée rouge en août 1944.

Zuckerbrod est né huit semaines après l’armistice de 1945 ; ses deux frères et sœurs aînés ont, eux, été assassinés en 1944 alors qu’ils se cachaient à un autre endroit que leurs parents. Zuckerbrod a déclaré que grâce à ses retrouvailles avec Szyfner, il savait enfin à quel moment ils étaient morts.

Isidore Zuckerbrod remplit deux pages de témoignages en mémoire de son frère aîné et de sa sœur, assassinés pendant la Shoah. (Crédit : Yad Vashem)

Selon le témoignage d’Eugeniusz Szyfner publié par le Musée d’histoire du judaïsme POLIN, il lui a fallu du temps pour découvrir ce qui était arrivé – et finalement la dépouille – de la sœur de Zuckerbrod. Il en avait fait la promesse à ses parents.

À la fin de leur visite guidée du musée mercredi, Zuckerbrod et Szyfner se sont rendus dans la salle des noms, une salle de Yad Vashem contenant plus de 2,7 millions de pages de témoignages portant les noms de victimes de la Shoah.

Zuckerbrod a recherché dans la base de données du musée, riche de 4,8 millions de noms de victimes juives de la Shoah. Il a trouvé plusieurs membres de sa famille, dont ses grands-parents, mais pas ses deux frères et sœurs. Mercredi, il donc rédigé un témoignage pour ses frères et sœurs, Mielech et Regina, tués à l’âge de 11 et 7 ans.

« Je voulais remplir les blancs dans l’histoire de ma famille, qu’eux seuls connaissaient », a déclaré Zuckerbrod. « Mon frère et ma sœur s’étaient cachés ailleurs. Ils ont été assassinés là où ils étaient supposés être en sécurité. Je n’avais jamais su ce qui s’était vraiment passé, jusqu’à aujourd’hui. Grâce à ce que Renata m’a raconté, qu’elle tenait de son père, je connais maintenant la date de leur mort et je peux donc faire mon deuil correctement. »

En 1996, Yad Vashem a élevé Katarzyna et Eugeniusz Szyfner à la dignité de Justes parmi les Nations. C’est ainsi que le Mémorial et musée national de la Shoah d’Israël distingue les non-Juifs qui ont risqué leur vie pour sauver des Juifs pendant la guerre.

« Il est vital que les prochaines générations continuent à perpétuer la mémoire de la Shaoh », a rappelé lors de la réunion le Dr Joel Zisenwine, directeur du département des Justes parmi les Nations à Yad Vashem. « Le fait que vous vous soyez cherchés l’un l’autre et que vous soyez ici aujourd’hui, à Yad Vashem, prouve à quel point la Shoah est encore un sujet d’actualité aujourd’hui, près de 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. »

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