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Un fonds de pension du Michigan poursuit Ben & Jerry’s pour sa politique israélienne

Selon les plaignants, Unilever aurait indûment caché aux actionnaires l’annonce du retrait de Ben & Jerry’s d'Israël, entraînant une baisse de la valeur des actions

Deux clients entrent dans la boutique de crème glacée Ben & Jerry’s à Burlington, Vermont, le 20 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Charles Krupa)
Deux clients entrent dans la boutique de crème glacée Ben & Jerry’s à Burlington, Vermont, le 20 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Charles Krupa)

JTA – L’annonce de Ben & Jerry, il y a près d’un an, qu’il ne vendrait plus de crème glacée dans les « territoires palestiniens occupés » n’en finit pas de provoquer des remous. Le glacier se trouve aujourd’hui la cible d’un nouveau procès, d’une supposée fake news et de menaces de désinvestissements.

Cette semaine, un fonds de pension des forces de police et des pompiers du Michigan a poursuivi la société mère du fabricant de crème glacée, Unilever, dans lequel le fonds détient des actions, au motif que le conglomérat aurait dissimulé l’annonce de Ben & Jerry aux actionnaires.

Le fonds de St. Clair Shores, banlieue de Detroit d’environ 60 000 habitants, sans la moindre synagogue, estime qu’Unilever aurait dû informer ses actionnaires avant le déménagement de sa filiale, sachant que cela pourrait faire perdre de la valeur à l’entreprise.

Ce procès a vocation à devenir un recours collectif.

L’annonce initiale de Ben & Jerry’s avait provoqué le désinvestissement de plusieurs fonds de pension d’État et d’autres investisseurs de la société, dévaluant ainsi son attractivité. Selon certaines estimations, Unilever aurait perdu près de 8 % de sa valeur (4 milliards de dollars) six jours après l’annonce.

On mesure mal à ce stade si l’argument pèsera devant les tribunaux. Unilever a acheté Ben & Jerry’s en 2000 à ses propriétaires juifs, Ben Cohen et Jerry Greenfield, dans le cadre d’un accord de propriété unique permettant à Ben & Jerry’s de conserver un conseil d’administration séparé et semi-autonome pour prendre des décisions axées sur la justice sociale, conformément à la mission de ses fondateurs. Le conglomérat britannique répète depuis longtemps qu’il n’a aucun contrôle formel sur les décisions de ce conseil d’administration.

Cependant, des signes indiquent qu’Unilever a eu au moins un préavis de la décision du conseil d’administration de Ben & Jerry’s et a eu une certaine marge de manœuvre sans intervention du conseil. La présidente du conseil d’administration, Anuradha Mittal, a déclaré à NBC News l’année dernière qu’Unilever avait modifié le projet initial de déclaration du conseil, ajoutant un passage s’engageant à continuer à vendre de la crème glacée à l’intérieur des frontières d’Israël de 1967 – engagement que le conseil d’administration de Ben & Jerry’s n’avait pas approuvé.

Des camions sont stationnés devant l’usine de crème glacée Ben & Jerry’s, dans la zone industrielle de Beer Tuvia, le 20 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Tsafrir Abayov)

Unilever a par la suite lui-même publié la déclaration modifiée. Une déclaration distincte du conseil d’administration de Ben & Jerry’s indique que le libellé final « ne reflète pas davantage la position du conseil, indépendant, qu’il n’a été approuvé par ce dernier ».

Ben & Jerry’s a déclaré que sa décision de 2021 d’arrêter de vendre en Cisjordanie, prise à l’issue de la guerre d’Israël avec le groupe terroriste Hamas, ne constituait pas un boycott.

Pourtant, cela n’a pas empêché des personnalités extérieures de faire pression sur Unilever pour qu’il cherche à faire changer la politique de Ben & Jerry. La semaine dernière, la gouverneure de New York, Kathy Hochul, a lancé un dernier avertissement à Unilever, disant que l’État prévoyait de céder ses propres fonds de la société à la suite de la décision s’il ne prenait pas des mesures plus radicales contre sa filiale. L’avaient devancée l’Illinois, l’Arizona et plusieurs autres États qui ont cédé des fonds de pension et d’autres investissements d’Unilever, en invoquant souvent des lois limitant les relations commerciales avec les entreprises qui soutiennent le boycott d’Israel.

Cette semaine également, le site d’information Jewish Insider, citant une vidéo enregistrée à la dérobée sur un téléphone portable, a indiqué que Ben & Jerry’s exigeait que tous les nouveaux employés regardent des vidéos de formation sur le conflit israélo-palestinien mettant en vedette le directeur de Human Rights Watch, Omar Shakir, expulsé d’Israel en 2019 en raison de son soutien présumé aux initiatives de boycott d’Israël.

The Forward a par la suite remis en question l’histoire de Jewish Insider, rapportant que, si la société avait offert une vidéo de déjeuner-conférence sur le conflit mettant en vedette Shakir, le visionnage de la vidéo était facultatif et les nouveaux employés n’étaient en rien tenus de la visionner. Après le reportage du Forward, la journaliste de Jewish Insider, Melissa Weiss, a écrit sur Twitter maintenir sa version des faits.

Un autre procès, intenté cette année par la filiale israélienne de Ben & Jerry’s, American Quality Products, Ltd. contre Unilever, estime que la politique territoriale viole les lois américaines qui restreignent les affaires avec toute entreprise qui boycotte Israël. Les parties à cette poursuite ont fait l’objet d’un arbitrage la semaine dernière, d’après Reuters.

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