Un hameau bédouin, menacé de destruction, avance sa rentrée scolaire
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Un hameau bédouin, menacé de destruction, avance sa rentrée scolaire

Les constructions à Khan al-Ahmar, en zone E-1, sont jugées illégales par le gouvernement israélien et la Cour suprême a autorisé sa démolition

Des enfants rassemblés dans la cour d'une école avant la rentrée scolaire, dans le village de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, le 16 juillet 2018. (Crédit : ABBAS MOMANI/AFP)
Des enfants rassemblés dans la cour d'une école avant la rentrée scolaire, dans le village de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, le 16 juillet 2018. (Crédit : ABBAS MOMANI/AFP)

Les élèves israéliens sont encore en vacances, mais à Khan al-Ahmar, village bédouin menacé de destruction, la rentrée vient de sonner. Les élèves entonnent l’hymne palestinien.

Le hameau de 191 habitants – situé à l’est de Jérusalem, près des implantations israéliennes – et son école sont menacés de destruction, les autorités israéliennes jugeant les constructions illégales.

Les résidents et les organisations de défense des droits de l’Homme soulignent eux que l’obtention par des Palestiniens de permis de construire de la part d’Israël est pratiquement impossible dans ce secteur de la zone E-1 de Cisjordanie, où l’Etat hébreu contrôle la gestion des affaires civiles.

Comme tous les enfants de Khan al-Ahmar, Amani Ali, 11 ans, a donc enfilé une blouse lundi pour s’asseoir dans une salle de classe, en plein mois de juillet.

« On commence l’année scolaire plus tôt, parce que les Israéliens veulent détruire l’école. Alors quand ils viendront pour la démolir, nous serons là », explique-t-elle.

Le 24 mai, la Cour suprême israélienne a donné son feu vert à la démolition du petit hameau planté à flanc de colline, coincé entre l’autoroute, le désert, et deux implantations israéliennes.

Deux recours en justice ont été déposés depuis, suspendant provisoirement l’ordre de démolition, le temps qu’elles soient examinées, avant le 15 août.

Un enfant devant une école avant la rentrée scolaire, dans le village de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, le 16 juillet 2018. (Crédit : ABBAS MOMANI/AFP)

« Peur à chaque instant »

« Le fait que les élèves soient à l’école, ça peut empêcher que la décision soit appliquée parce qu’ils vont se rendre compte qu’il y a des cours, de la vie, des gens », estime aussi Ghadir Darsya, qui enseigne à Khan al-Ahmar depuis trois ans.

« Personne ne sait ce qui va se passer », poursuit-elle, triant les livres avec ses collègues, tandis que dans la cour adjacente résonnent des éclats de voix enfantines.

L’école a été construite en 2009 avec le soutien d’ONG et de l’Union européenne. Entièrement bâtie avec des pneus, du sable et de la boue, elle accueille aujourd’hui 170 élèves, de différents villages bédouins, selon la directrice.

« Il y a une cinquantaine de familles, avec beaucoup d’enfants, où vont-ils aller ? », s’inquiète Ghadir Darsya.

A Khan al-Ahmar, pas de maisons en ciment, mais des abris de fortune, faits de tôles, de carton, de bois et de toile, à l’image du logement de Raya Jahaline, 50 ans.

« On a peur à chaque instant, la nuit je n’arrive pas à dormir », confie-t-elle, ses petits-enfants jouant sur un grand tapis derrière elle, dans ce qui tient lieu de salon, dépourvu de meubles.

« C’est notre terre, je vis depuis 50 ans ici, je suis née ici, mes enfants se sont mariés ici », ajoute-t-elle.

Politique d’expulsions

Le petit hameau est installé depuis 1952, après que les Bédouins de la tribu des Jahaline ont été forcés de quitter le Néguev, dans le sud, lors de la création d’Israël en 1948.

Des enfants palestiniens rassemblés dans une école avant la rentrée scolaire, dans le village de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, le 16 juillet 2018. (Crédit : ABBAS MOMANI/AFP)

L’Etat israélien veut aujourd’hui les réinstaller dans une localité près d’Abou Dis, en Cisjordanie, mais ceux-ci refusent, arguant notamment que l’endroit choisi est situé à proximité d’une décharge, dans une zone urbaine où ils ne pourraient plus faire paître leurs animaux.

Pour Eid Abou Khamis, un porte-parole du village, l’éviction forcée mettrait en péril la viabilité d’un futur Etat palestinien.

« Avec cette décision, ils expulsent tous les Bédouins et les remplacent par des colons », coupant de fait en deux la Cisjordanie, en séparant la partie au nord de Jérusalem de celle au sud de la Ville sainte, dit-il à l’AFP.

Des diplomates européens se sont rendus à Khan al-Ahmar début juillet pour exprimer leur opposition à la destruction, et l’UE avait demandé fin mai à Israël de revenir sur sa décision.

Selon l’ONG israélienne B’Tselem, environ 180 communautés sont menacées d’expulsion en Cisjordanie.

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