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L'avenir de l'information ?

Un JT israélien alimenté par l’intelligence artificielle diffusé sur TikTok

Selon les cofondateurs d'ACT, News Miri Michaeli et Moshe Klughaft, leurs avatars parleront désormais "des événements majeurs du monde entier"

Les versions générées par l'IA des journalistes israéliens Miri Michaeli et Amit Segal sur ACT News. (Capture d'écran composite)
Les versions générées par l'IA des journalistes israéliens Miri Michaeli et Amit Segal sur ACT News. (Capture d'écran composite)

Des présentateurs de la télévision israélienne auront bientôt leurs avatars dans une émission d’information diffusée sur la plateforme TikTok.

La chaine d’information entend ainsi faire la toute première émission au monde entièrement générée par l’intelligence artificielle (IA).

ACT News – c’est le nom de l’émission en question – est animée par la fameuse journaliste israélienne Miri Michaeli, que l’on a connue sur la Treizième chaine, et depuis cette semaine, par Amit Segal, journaliste et analyste politique de la Douzième chaine, dont l’avatar généré par l’IA annoncera les informations en plusieurs langues.

Les voix de Segal et Michaeli générées par l’IA sont assez différentes des voix originales, et les mouvements des lèvres ne correspondent pas toujours tout à fait aux paroles, mais un spectateur peu habitué pourra s’y méprendre.

Cette nouvelle émission – qui compte un peu moins de 20 000 abonnés sur TikTok – est une idée de Michaeli et du stratège politique Moshe Klughaft. Le duo évoque des vidéos avec « 40 millions de vues dans le monde » mais, confie-t-il au Times of Israel, de la publicité payante leur a permis d’attirer des curieux et d’augmenter le nombre de « vues ».

L’utilisation de l’IA dans les salles de rédaction est un sujet très débattu depuis quelques mois : les associations de défense des journalistes se disent préoccupées par des questions d’exactitude, de transparence et d’éthique face au risque de présenter de telles émissions comme conçues et animées par l’homme.

La popularité des outils d’IA générative, comme ChatGPT de Google, inquiète dans tous les domaines, compte tenu de la tendance des systèmes à débiter des mensonges susceptibles de passer inaperçus aux yeux et aux oreilles du consommateur moyen d’informations. L’inquiétude est d’autant plus grande lorsque les contenus sont générés dans une langue que les créateurs des émissions ne parlent pas.

Pour générer ces contenus, les outils s’appuient sur l’extraction d’énormes quantités de données publiques en ligne, ce qui peut ouvrir la voie à des accusations de plagiat s’ils sont présentés comme des créations originales.

ACT News assure qu’avant chaque diffusion, Segal et Michaeli reliront scrupuleusement les textes générés par l’IA présentés à l’antenne par leurs clones numériques, de manière à en « garantir l’exactitude et la crédibilité ». Ce modèle est peu ou prou semblable à celui dans lequel un journaliste ou un rédacteur en chef junior rédige les textes du présentateur à l’exception notable que cette méthode supprime les emplois de reporter et rédacteur.

Jusqu’à présent, expliquent Segal et Michaeli, les vidéos étaient produites de manière traditionnelle : à l’avenir, toutes les vidéos seront intégralement générées par l’IA, que ce soit les textes ou les avatars qui les diront.

« Comme toute startup, notre projet est né d’un besoin personnel », confie Michaeli par voie de communiqué.

« Mon rêve a toujours été de pouvoir faire des reportages à partir de deux endroits en même temps, de donner une analyse approfondie des événements et de tourner des images. Aujourd’hui, nous offrons cette possibilité aux journalistes du monde entier. »

ACT News signale que ses vidéos d’actualités seront disponibles en huit langues, même si elle ne cite pour l’heure que l’anglais, l’espagnol et l’allemand. Un compte TikTok de l’émission en hébreu a été créé le mois dernier.

Une vidéo donnant à voir – et entendre – Segal en train de commenter en espagnol les récentes élections nationales en Espagne a été publiée dimanche avant d’être retirée lundi. Le porte-parole de la société a fait savoir que la vidéo a été supprimée par TikTok et que tout était fait pour la rétablir.

« Je ne suis pas certain que le monde soit prêt pour deux Amit Segal, peut-être qu’un seul, c’est déjà trop », a tweeté Segal, dimanche, aux côtés d’un extrait de sa première apparition sous cette forme. « Quoi qu’il en soit, je suis ravi d’avoir lancé mon avatar généré par l’IA sur ACT News ce matin avec une nouvelle analyse. » Il a expliqué : « Je n’ai pas filmé ou enregistré ce que vous voyez et croyez-bien que j’aimerais parler anglais comme ça. J’ai tout simplement alimenté le système d’ACT News avec un texte, et le reste s’est fait tout seul. »

Les cofondateurs d’ACT News Miri Michaeli (à droite) et Moshe Klughaft (Crédit : Liran Mor)

Il y a quelques mois encore, ACT News se présentait comme un outil de diplomatie publique israélienne en langue anglaise. Aujourd’hui, il se présente comme un réseau d’information multilingue alimenté par l’IA proposant des « émissions d’actualité » destinées au public de TikTok. Son porte-parole a fait savoir que Michaeli et Klughaft avaient décidé de changer de positionnement « peu de temps après » le lancement de la chaîne.

Dans une vidéo publiée il y a un mois, et depuis supprimée de TikTok (mais toujours disponible sur d’autres plateformes), Michaeli reprochait à l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël de l’époque, Tom Nides, un tweet dans lequel il se disait « profondément préoccupé par les morts et blessés civils » lors d’une opération militaire israélienne en Cisjordanie, tweet qui lui avait valu des accusations selon lesquelles il mettait sur le même plan les victimes du terrorisme et les hommes armés palestiniens tués.

« Imaginez un peu. Nous sommes juste après le 11/9 et l’ambassadeur d’un pays allié des États-Unis publie une déclaration exprimant son inquiétude pour tous ceux qui ont été tués : oui, ceux qui sont morts dans les tours jumelles et ceux qui ont fait s’écraser les avions », disait Michaeli dans cette vidéo, supprimée depuis. Ce serait fou, non ? »

D’autres vidéos ont été supprimées de la page TikTok du compte, comme celle de juin déplorant un attentat terroriste dans « la communauté d’Hermesh, en Samarie, Israël », ou cette autre, en mai, critiquant les membres du conseil municipal de New York qui ont voté contre la création de la « Journée de la haine des Juifs ».

Dans une vidéo publiée en avril, Michaeli qualifiait les manifestations berlinoises contre Israël d’« illégitimes » et d’« ignominieuses », ajoutant que de tels appels étaient « particulièrement exaspérants, venant d’Allemagne ». Quelques jours plus tard, dans une autre vidéo, elle critiquait les « propos scandaleux » relayés par CNN, à savoir le témoignage d’une femme palestinienne qualifiant de « provocation » la présence de fidèles juifs sur le mont du Temple.

En avril, elle écrivait sur Instagram que Klughaft et elle voulaient lancer un nouveau type d’émission, car ils étaient « déçus et lassés de la façon dont nous sommes représentés dans le monde, mais aussi animés d’un amour immense pour ce pays ».

La nouvelle version de l’émission et du réseau, officiellement lancée dimanche, fera la part belle « aux informations positives et aux événements importants dans le monde ».

Klughaft, qui a derrière lui quelques démêlés politiques, a successivement travaillé pour l’ex-Premier ministre Naftali Bennett et l’actuel, Benjamin Netanyahu. Il a été l’architecte de campagnes de diabolisation des politiciens de gauche, présentés comme des « taupes, des agents de l’étranger » voire, comme ce fut le cas d’une ex-députée du Meretz, avec une corne sur le front. Il a brièvement travaillé avec l’ex-cheffe du Meretz, Tamar Zandberg, qui a par la suite présenté ses excuses pour l’avoir embauché, suite à cette attaque violente.

Il a également participé à des campagnes politiques à l’étranger, notamment pour des élections en Géorgie en 2018, au cours desquelles il a été accusé d’avoir fait courir des rumeurs d’antisémitisme. En 2022, il a été approché par l’équipe de campagne de Netanyahu mais a finalement renoncé en raison « d’éléments extérieurs ».

Par voie de communiqué, Klughaft a indiqué que les nouvelles technologies allaient libérer du temps pour les journalistes « pour qu’ils puissent se concentrer sur l’essentiel du travail journalistique, à savoir les enquêtes, les analyses, les scoops et les interviews ». Ces technologies, dit-il, « vont permettre de réduire drastiquement les coûts pour les médias du monde entier ».

Dans un communiqué de presse, ACT News a fait savoir qu’elle avait bouclé un cycle d’investissements permettant de valoriser la société à 7,5 millions de dollars et qu’elle procèderait sous peu à une nouvelle levée de fonds. Le réseau serait en pourparlers pour ajouter des avatars de présentateurs américains et britanniques et d’autres personnalités israéliennes.

On compte parmi les investisseurs d’ACT News Yoram Bauman, Ron Zuckerman, Ofer Krezner, Mark Hager et Ofer Yanay.

Le site Internet du réseau propose en plus des bulletins d’informations générés par l’IA, des solutions technologiques destinées aux entreprises désireuses d’utiliser l’IA pour créer leurs propres contenus, affirmant : « C’est ainsi que tout le monde produira des informations à l’avenir. »

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