Un Juif français pose un regard ironique sur les Loubavitch de Brooklyn
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Un Juif français pose un regard ironique sur les Loubavitch de Brooklyn

Dans le but de combattre l'antisémitisme en France, Sacha Goldberger a créé des scènes pour éduquer sur le judaïsme

  • Photo provenant de la série 'The 770 : Les Loubavitch de Brooklyn' de Sacha Goldberger (Crédit : Autorisation)
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  • Photo provenant de la série 'The 770 : Les Loubavitch de Brooklyn' de Sacha Goldberger (Crédit : Autorisation)
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Une série de photographies très inhabituelles a récemment été exposée à la mairie du 4ème arrondissement de Paris. L’exposition dépeignait des Juifs hassidiques – mais pas comme nous avons l’habitude de les voir.

Et c’était précisemment l’intention du photographe français Sacha Goldberger quand il prit ces photos qu’il a réunies dans une exposition qu’il a intitulée : « The 770, Loubavitchs Of Brooklyn », titre qui fait référence au siège mondial du Habad-Loubavitch qui se situe au 770 Eastern Parkway à Crown Heights dans le Brooklyn.

D’innombrables photographes professionnels ont flâné dans les rues de Brooklyn, pour capturer subrepticement des moments de la vie quotidienne des Juifs hassidiques. À l’occasion, pour filmer des documentaires, certains ont même obtenu le droit d’entrer, ce qui est rare, dans les maisons et les synagogues de la communauté.

Goldberger a établi un partenariat unique avec les juifs du Habad-Loubavitch pour pouvoir prendre des photos stylisées, ironiques et humoristiques dont le but est à la fois d’amuser et d’éduquer.

« J’ai décidé que je voulais faire un projet qui montrait les Juifs sous une lumière positive », a déclaré Goldberger au Times of Israel peu après la fin de l’exposition qui a fermé ses portes le 9 juillet.

Photo de Sacha Goldberger à Brooklyn (Crédit : Autorisation)
Photo de Sacha Goldberger à Brooklyn (Crédit : Autorisation)

« L’image que nous les Juifs avons en France n’est pas bonne aujourd’hui. Il y a beaucoup d’antisémitisme, et ça s’empire. Nous sommes un peu dans une période d’accalmie pour le moment, mais l’antisémitisme va sûrement revenir », a-t-il déploré.

Selon le photographe, les formes anciennes et nouvelles d’antisémitisme sont évidentes et il est devenu populaire en France d’être antisémite.

Goldberger, 47 ans, voulait faire quelque chose pour lutter contre l’image négative des Juifs et il l’a fait de la seule manière qu’il connaissait – grâce à son approche très stylisée de la photographie qu’il a développé grâce à des années de travail dans la publicité et la mode.

Ceux qui connaissent le travail de Goldberger reconnaîtront cette approche qu’il avait déjà utilisée dans ses célèbres séries « Mamika », « Super-flamand » et « Meet My Mum », qui sont actuellement mises en vedette dans une grande rétrospective à la gare d’Austerlitz jusqu’au 30 septembre.

Dans la série « Super-flamand » Goldberger imagine à quoi les super-héros créés au 20e siècle (Superman, Wonder Woman, The Hulk, et bien d’autres) auraient ressemblé s’ils étaient nés au 16e ou 17e siècles et si leurs portraits avaient été brossés par les peintres de l’école flamande. Dans ces photos frappantes, qui ressemblent à des tableaux, nous percevons une certaine douceur et mélancolie émanant de ceux que nous considérerons comme étant invincibles.

Les photographies de la série « Meet My Mum » ressemblent aux tableaux peints dans les années 1950 par Edward Hopper. Dans chaque photo, un adulte a été pris en photo avec l’un de ses parents âgés littéralement sur son dos. Bien sûr, ces images quelque peu étranges démontrent ce que signifie la métaphore ‘avoir ses parents sur le dos’ – en bien ou en mal.

Goldberger est plus connu pour sa série de photos « Mamika ». Ces photos, présentées dans de nombreuses expositions et rassemblées en deux tomes, montrent la propre grand-mère de Goldberger, âgée d’une quatre-vingt-dizaine d’années, qui pose comme une super-héroïne vêtue d’un costume violet. On la voit notamment en duel avec Dark Vador, en train de promener un chien volant, et sur une voiture vintage noire, une Dodge Coronet. (Mamika, le nom de la super-héroïne, signifie « petite grand-mère » en hongrois).

C’est pendant qu’il travaillait sur le projet « Mamika » que Goldberger a commencé à explorer son identité juive.
« Mamika » ou Frederika Goldberger (maintenant 97 ans) et sa fille (la mère du photographe) sont des survivantes de l’Holocauste.

Après avoir échappé aux nazis et réussi à survivre à la guerre en Hongrie, elles sont arrivées à Paris en passant par la Suisse quand les communistes ont pris le contrôle de la Hongrie. En raison de ses expériences de guerre, Frederika a insisté pour que ses enfants et petits-enfants cachent leur identité juive.

Photo provenant de la série 'Super Flemmish' de Sacha Goldberger (Crédit : Autorisation)
Photo provenant de la série ‘Super Flemmish’ de Sacha Goldberger (Crédit : Autorisation)

Le photographe a fréquenté des écoles chrétiennes étant enfant, mais avec un nom de famille comme Goldberger, il n’a pas été difficile pour ses camarades de classe de réaliser qu’il était Juif.

« Les enfants me traitaient de ‘sale Juif’. Quand j’avais environ 13 ans, j’ai compris que je devais prendre position », a expliqué Goldberger. Il a décidé à partir de ce moment-là d’être ouvert sur son identité. Des années plus tard, à l’âge adulte, il a commencé à se renseigner sur le judaïsme et à faire le Shabbat, respecter les fêtes religieuses et les règles de la casheroute. Il se rend également en Israël, en moyenne, deux fois par an.

« Le but de ‘Mamika’ était d’évoquer l’humour Ashkenaze-hongrois de ma grand-mère juive. Je sentais que cette fois, avec la situation telle qu’elle est en France, je devais traiter spécifiquement la question de la religion juive », a précisé Goldberger lorsqu’il a raconté la genèse de « The 770 ».

« Je savais que je ne pouvais pas juste prendre des photos d’un gars avec une kippa. Certes, un gars avec une kippa est un Juif, mais avec les photos, vous devez être très symbolique, il faut aller droit au but. Pour la plupart des gens, un chapeau noir et une barbe noire équivaut à un Juif », a-t-il analysé.

Etait-ce dur de convaincre les Loubavitchs de Crown Heights de lire un livre de prières debout sur le trottoir, conduire une moto en gardant en équilibre un feutre noir au sommet d’un casque, ou de se percher sur une machine dans une une laverie automatique, ou de faire une chute sur un trottoir humide ?

Photo provenant de la série 'Meet My Mum' de Sacha Goldberger (Crédit : Autorisation)
Photo provenant de la série ‘Meet My Mum’ de Sacha Goldberger (Crédit : Autorisation)

Pour Goldberger, la réponse est catégorique : non.

« Les Loubavitchs sont les plus ouverts au monde de tous les hassidim. Ils ont un grand sens de l’humour. Ce sont des gens très drôles et heureux », a-t-il affirmé.

Le photographe a été présenté à la communauté Habad à Brooklyn par le rabbin de sa synagogue à Paris. (« Si je dois me rendre dans une synagogue, alors j’opte pour une synagogue Loubavitch », a-t-il fait remarquer.)

Après avoir passé une semaine dans la communauté pour apprendre à connaître les gens, Goldberger a commencé à photographier selon les concepts que lui et son partenaire créatif Ben Bensimon avaient inventé.

« Je leur ai montré mes idées, qui étaient très différentes, et la plupart des personnes ont accepté de se faire photographier de cette manière », a expliqué le photographe, qui a fini par faire plusieurs voyages et passer au total deux mois à prendre des photos à Brooklyn.

Avec son objectif de faire découvrir à la population française l’esprit des Juifs, Goldberger voulait traiter des sujets spécifiques dans ses photos – mais seulement de manière exagérée. Par exemple, pour illustrer le fait que les juifs religieux se couvrent la tête pour se rappeler qu’il y a une puissance plus élevée au-dessus, Goldberger ne s’est pas contenté de photographier un Hassidique portant un chapeau noir. Au lieu de cela, il l’a mis derrière le volant d’une voiture classique avec un chapeau noir sur le toit du véhicule.

Un autre exemple : pour montrer l’intensité du respect des Loubavitch à l’égard de leur rebbe, le regretté Rabbi Menachem Mendel Schneerson, Goldberger a photographié trois hommes tenant des portraits du rabbin. Les portraits masquent les visages des hommes, symbolisant la mesure dans laquelle leurs identités personnelles sont étroitement liées à l’identité et à l’héritage de leur chef.

Cette photo, comme quelques-unes des autres, mêle l’humour à la critique, ou pose au moins une question critique.

Photo provenant de la série 'Mamika' de Sacha Goldberger (Crédit : Autorisation)
Photo provenant de la série ‘Mamika’ de Sacha Goldberger (Crédit : Autorisation)

Une photo d’une jeune fille qui pose dans une cuisine, portant la perruque de sa mère et une jupe longue et une modeste blouse semble à première vue être comme beaucoup de photos de petites filles qui joue à se déguiser avec les vêtements de leurs mamans. Mais l’expression de la petite fille n’est pas joyeuse. Serait-ce une déclaration remettant en cause ou désapprouvant les rôles des genres fixés dans le judaïsme ultra-orthodoxe ?

Dans une autre photo, un Hassidique lit un journal. Quelqu’un a pris un marqueur et a transformé la personne qui apparaît sur une photo en première page en Hassidique. On peut considérer que cette photo souhaite montrer simplement que les hassidim vivent en communauté où pratiquement tout le monde s’habille de la même manière et se ressemble beaucoup. Mais est-ce une bonne chose ?

« The 770 » a été un véritable tournant pour Goldberger par rapport à ses œuvres précédentes. D’une part, ces photos sont en noir et blanc au lieu d’être dans les couleurs vibrantes que l’on a l’habitude de voir dans ses œuvres.

Plus important encore, c’est la motivation différente qui a animé le projet.

« Je ne fais pas cela pour gagner de l’argent ou devenir célèbre. Ce projet est très personnel pour moi », a affirmé Goldberger.

Il s’est réjoui de l’accueil positif réservé à l’exposition « The 770 », mais il est loin d’être convaincu que les choses vont changer pour le mieux pour les Juifs en France.

« Je suis toujours fier d’être Français. C’est mon pays. Mais être un Juif en France à l’heure actuelle, c’est compliquée. Je pense sérieusement à déménager aux États-Unis », a-t-il admis.

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