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Un médecin israélien critiqué pour ses propos « racistes » sur la natalité bédouine

Gideon Sahar, a notamment proposé, lors d'une réunion de faction avec Ayelet Shaked, d'imposer une amende aux familles à la naissance d'un cinquième enfant

Vue de l'hôpital Soroka de Beer Sheva, le 5 août 2021. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)
Vue de l'hôpital Soroka de Beer Sheva, le 5 août 2021. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

Un chef de service de l’hôpital Soroka a été fortement critiqué, lundi, après s’être inquiété du taux de natalité élevé au sein de la population bédouine lors d’une réunion de faction organisée dimanche à Omer, dans le sud du pays, par la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked.

« [Avec] cette population qui se multiplie, cette population qui est la plus problématique de toutes, nous faisons face à une sorte de paradoxe, à un oxymore. Nous savons que nous sommes dépassés par son taux de natalité ; néanmoins, nous encourageons les femmes arabes à utiliser leur utérus en leur versant des allocations pour leurs enfants », a déclaré le professeur Gideon Sahar, chef du service de chirurgie cardio-thoracique à l’hôpital Soroka.

Sahar a ensuite suggéré d’imposer une amende aux familles bédouines à la naissance d’un cinquième enfant. Shaked a répondu qu’une telle politique « ne fonctionnera pas ».

« La meilleure solution serait de simplement les occidentaliser, d’émanciper les femmes bédouines », a-t-elle déclaré. « Plus elles étudieront et plus elles travailleront, plus elle vivront une vie à l’occidentale – et dans cette vie, il y aura moins de place pour les enfants. »

Les propos de Sahar ont reflété une préoccupation passée et actuelle de certains Israéliens juifs, qui craignent que la population arabe n’augmente tellement qu’elle priverait l’État d’Israël de sa majorité juive. Certaines études suggèrent que les Juifs sont déjà une minorité en Cisjordanie, à Gaza et en Israël.

Selon un rapport de l’Institut israélien de la démocratie, depuis 2019, le taux de fécondité des femmes arabes en Israël est en moyenne de 2,98 enfants par femme, contre 5,26 chez les Bédouines du Neguev. Parmi les femmes juives, le taux est de 3,09 enfants par femme.

Le ministre de la Santé Nitzan Horowitz a condamné les propos de Sahar sur Twitter, indiquant que ces dernières « ne sont pas représentatives du système de santé. »

« Il n’y a aucun domaine où la coopération entre Arabes et Juifs est plus forte. Tous ceux qui se rendent dans un hôpital ou dans un dispensaire peuvent témoigner de la collaboration entre les personnels et de l’égalité de traitement accordée à chaque patient », a écrit Horowitz.

L’Association des médecins arabes du Neguev a demandé que Sahar soit « licencié sur-le-champ ». « Tous ceux qui considèrent comme une menace ‘l’utérus des femmes arabes’ n’ont pas leur place dans le système de soins et ils ne devraient, en aucun cas, pouvoir prendre en charge les problèmes cardiaques des Arabes », a déclaré le groupe dans une lettre.

Jafar Farah, président du groupe de défense des droits Mossawa, s’est dit choqué par les paroles et par les suggestions « racistes » de Sahar.

« Il est effrayant de songer à ce qu’il pourrait être capable de faire dans un bloc opératoire s’il était responsable de la prise de décision concernant la nécessité ou non de sauver de la vie d’un Arabe, » a-t-il commenté.

En réponse aux critiques, Sahar s’est excusé et a souligné qu’il avait travaillé avec des Juifs et des Arabes tout au long de sa carrière, et qu’il comptait des Arabes parmi ses amis.

« Je suis vraiment désolé si mes paroles ont été mal comprises et je m’excuse si elles ont blessé qui que ce soit parmi les citoyens d’Israël », a-t-il déclaré.

L’hôpital Soroka a répondu : « Les propos du professeur Sahar ont été tenus lors d’une réunion privée, aucunement liée à son travail et à sa profession. Lors d’une conversation avec la direction, le professeur Sahar a présenté ses excuses pour ses paroles. »

Le parti HaBayit HaYehudi de Shaked affiche un score bien inférieur au seuil électoral de 3,25 %, et il a donc peu de chances de remporter des sièges lors des prochaines élections du 1er novembre. La ministre de l’Intérieur a toutefois refusé de se retirer de la course.

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