Israël en guerre - Jour 291

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Interview

Un New-yorkais présente des artefacts qui attestent des liens entre Juifs et Israël

Passionné d'antiquités, George S. Blumenthal évoque son dernier projet – apporter des preuves « en petit format » - que les Juifs viennent bien de la Terre Sainte

Le philanthrope George S. Blumenthal montre un shekel en argent de l'époque du Second Temple, dans les locaux de l'hôtel Waldorf-Astoria de Jérusalem, le 20 mai 2024. (Crédit : Gavriel Fiske/Times of Israel)
Le philanthrope George S. Blumenthal montre un shekel en argent de l'époque du Second Temple, dans les locaux de l'hôtel Waldorf-Astoria de Jérusalem, le 20 mai 2024. (Crédit : Gavriel Fiske/Times of Israel)

Une pièce d’argent ancienne et étonnamment lourde en main, le philanthrope et collectionneur d’antiquités new-yorkais George S. Blumenthal explique qu’il s’agit là d’une pièce d’un shekel datant de l’an 68 de notre ère – soit la troisième année de la révolte juive contre Rome – revêtue de la mention « Jérusalem la Sainte » d’un côté et « Shekel
israélien » de l’autre.

« Voici un aspect bien tangible de notre culture. Une fois qu’on l’a en main, on sent immédiatement le lien qui nous unit », ajoute Blumenthal, avant de glisser nonchalamment ce shekel vieux de 2 000 ans dans son sac.

Ce lien, corroboré par un objet bien concret attestant de la présence juive fort ancienne en Israël, est au cœur de l’action philanthropique de Blumenthal.

Avec l’aide du photographe et expert en imagerie israélien Ardon Bar-Hama, Blumenthal a, grâce à ce qu’il qualifie lui-même de rencontres
« fortuites », ces 20 dernières années, financé la numérisation en haute résolution des manuscrits de la mer Morte et du Codex d’Alep, l’un des plus anciens rouleaux de la Torah, datant du début du Xe siècle de notre ère, et bien d’autres projets.

Lui qui a travaillé en étroite collaboration avec La Cité de David pour financer la production de films d’animation sur l’histoire de Jérusalem, collabore en ce moment-même avec les Archives sionistes centrales sur le chantier de numérisation des journaux intimes de Theodor Herzl, sans oublier bien d’autres actions en lien avec la vie juive aux Etats-Unis et à l’histoire américaine.

Aujourd’hui âgé de 80 ans, ce fils de rescapés de la Shoah a grandi à Cleveland et fait fortune dans les télécommunications dans les années 1990 avant de se tourner vers la philanthropie, qui lui a permis d’aider, dans la plus grande discrétion, un grand nombre de causes. Ami de longue date de l’acteur Michael Douglas, Blumenthal a tenu de petits rôles dans plusieurs films de Douglas, dont le fameux « Wall Street ».

Composite d’images publiées par le site Internet Israel Archaeological Proof avec, de gauche à droite : la stèle de Tel Dan, la version numérisée d’un document du XIXe siècle et une photo de l’opération Magic Carpet, dans les années 1950.

Particulièrement loquace, sociable et d’une absolue simplicité, Blumenthal s’est entretenu il y a peu avec le Times of Israel, dans le hall de l’hôtel Waldorf-Astoria, dans le centre de Jérusalem, pour évoquer son dernier projet, Israel Archaeological Proof, site Internet qui recense des documents archéologiques et historiques et atteste des millénaires de présence juive en Terre Sainte.

L’idée, dit-il, est de montrer les racines profondes du peuple juif en Terre d’Israël et de donner des arguments contre ceux qui colportent l’idée contraire, une mission plus urgente que jamais depuis les massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre dernier, dans le sud d’Israël, et la prolifération des incidents et manifestations antisémites sur les campus américains.

La première partie du site Internet Israel Archaeological Proof, qui couvre la période de la fin de l’âge du bronze jusqu’au Second Temple, est en ligne, explique Blumenthal. Deux autres parties, consacrées aux périodes allant de la destruction du Second Temple jusqu’au XIXe siècle puis la période moderne – naissance de l’État d’Israël comprise -, sont en cours d’élaboration.

L’interview qui suit a été remaniée pour des raisons de clarté et de longueur.

The Times of Israel : Avec ce tout nouveau site Internet, vous donnez l’impression de mettre à disposition du plus grand nombre la quasi-totalité des recherches archéologiques menées sur la présence juive en Terre d’Israël et les replacer dans leur chronologie et leur contexte, dans un but bien précis.

George S. Blumenthal : Archéologues et universitaires font un énorme travail. Les universitaires m’ont expliqué que pour obtenir un doctorat, aujourd’hui, il fallait creuser dans l’espoir de faire une belle découverte et écrire une thèse sur la question. Ce qui est tout sauf une vision d’ensemble des choses. Tout ce que nous avons fait, c’est de rassembler le travail de ces personnes éminentes, toutes leurs découvertes.

Ce projet est-il une réponse au 7 octobre ?

Non, cela a commencé bien avant. Mais le 7 octobre a rendu tout cela on ne peut plus pertinent.

Aux États-Unis, nous ne ressentons pas la même douleur que vous [en Israël]. Nous sommes dans l’empathie, mais tous les Israéliens connaissent quelqu’un qui a été directement touché. Mais aux États-Unis, nous avons une nouvelle douleur, l’antisémitisme. Il a toujours été là, mais souterrain en quelque sorte. Quand j’étais enfant, des gens m’ont dit que j’avais « tué le Christ ». Nous étions la seule famille juive du quartier de Parma, dans l’Ohio. J’ai toujours ressenti de l’antisémitisme. Mais aujourd’hui… Vous avez vu ce qui se passe sur les campus ?

J’habite New York, pas très loin de Columbia. Dans la Trump Tower. Il y avait des manifestations devant. J’ai pris ma raquette de tennis et j’ai commencé à crier « violeur » à tous ces gens. Je l’ai fait trois fois, mais la police m’a demandé d’arrêter.

Photo illustrative de soldats juifs pendant la guerre d’indépendance d’Israël en 1948. (Benno Rothenberg/Collection Meitar/Bibliothèque nationale d’Israël/Collection nationale de photographies de la famille Pritzker/CC BY 4.0)

Nous, communauté juive des États-Unis, sommes en train de nous renforcer. Face à une telle tragédie… que ce soit en Israël ou sur les campus, personne n’était prêt à une chose pareille. Nous devons nous renforcer. Je pense que l’archéologie et l’histoire sont une façon d’y parvenir.

On parle ici d’archéologie biblique, de prouver l’historicité de la Bible. Beaucoup de gens ont leur idée sur la véracité de la Bible, dans un sens ou dans un autre. Il y a une part d’histoire, mais aussi de mythe, de légende.

Pour moi, c’est une question de faits, pas d’idées. Avec les idées, on a une opinion : j’ai la mienne. mais quand un fait va à l’encontre d’une opinion, alors on peut affirmer quelque chose. Je pense que nous sommes en mesure de prouver notre lien avec cette terre, dont nous sommes à l’évidence originaires. Je refuse d’accepter les conneries des Palestiniens qui disent le contraire. Il y a un récit qui circule, aux États-Unis, affirmant qu’ils sont le véritable peuple originaire de cette terre.

Ce site Internet apporte des preuves de notre présence. Disons, Achab [l’un des rois de l’ancien Israël]. Ils sont nombreux, aux États-Unis, à connaître le nom d’Achab. Il y a des preuves de l’existence d’Achab ! Qui en parle ? Les Assyriens. Le [Roi] Salmanasar nous dit qu’Achab s’est opposé à lui avec 10 000 soldats et 2 000 chars.

Sur la stèle de Tel Dan, c’est Aram – la Syrie donc -, qui parle de nous. Elle a été découverte il y a de cela plus de 30 ans. Il y est dit très précisément :
« J’ai tué le roi de la maison de David. »

Notre histoire se définit à travers nos adversaires.

Ces références placent les Juifs de la période biblique dans un contexte historique.

Exactement. Elles prouvent notre présence dans ce pays.

Vous m’avez montré ce que vous avez réuni sur le site et envoyé à un groupe Habad de l’Oberlin College, quelques preuves archéologiques et historiques. Vous m’avez dit qu’ils s’en étaient servi pour tenter de contrer le récit de la colonisation qui circule parmi les étudiants.

Oui. Et les étudiants arabes ont été abasourdis quand ils ont entendu ces faits, réels, et en ont vu la preuve.

Tout est une question d’éducation. Comment peut-on faire passer le mot ? Comment prendre ces matériaux et faire en sorte de les utiliser le plus souvent possibles, par petits morceaux ?

De nos jours, le discours porte beaucoup sur des temps plus modernes – le sionisme contemporain et la création de l’État d’Israël – et les Palestiniens.

Tout le monde est étonné quand je montre un journal de 1948 qui titre : Déclaration de naissance de l’État d’Israël, les Arabes attaquent… les gens disent : « Je n’avais jamais vu ça auparavant. »

[Pour un de mes autres projets], j’agrège des articles de journaux sur la guerre de 1948, ainsi que des mémoires des dirigeants de l’Armée de libération arabe. Ce sur quoi je me concentre maintenant, c’est le fait que pendant la guerre, les Arabes ont essayé d’affamer 100 000 Juifs à Jérusalem en empêchant les convois de nourriture de passer.

C’est une histoire considérable, dont il reste énormément de preuves.

Aujourd’hui plus que jamais, on a le sentiment que nombre de personnes voient en Israël « le méchant » de l’histoire.

Le problème, c’est qu’Israël ne sait pas comment raconter sa propre histoire.

George S. Blumenthal tient un shekel en argent daté de l’an 68 de notre ère, soit la troisième année de la révolte juive contre Rome, revêtu des mentions « Jérusalem la sainte » d’un côté et « Pour la liberté de Sion » de l’autre, le 20 mai 2024, à Jérusalem. (Crédit : Gavriel Fiske/Times of Israel)

Et pourquoi donc ?

Une sorte d’arrogance israélienne fondamentale. « Maudits soient les autres, nous savons tout faire. »

Mais ils ne savent pas comment parler au reste du monde. Il y a tant d’entreprises israéliennes qui avaient besoin de se développer et qui ont dû être vendues à des entreprises américaines parce qu’elles ne savaient pas comment se commercialiser aux États-Unis.

Et je pense aussi que, fondamentalement, les gens n’aiment pas les Juifs, soyons un peu honnêtes. Les gens ne font pas confiance aux Juifs. Et [les Israéliens] ne le comprennent pas.

Quelles sont les prochaines étapes pour vous ?

Je me suis senti découragé après le 7 octobre, mais aujourd’hui, je me sens plein de force… Je crois que quelque chose a changé, mais il faut du temps pour changer le cours des choses.

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