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Un panel interparlementaire s’insurge contre la gestion de l’antisémitisme en ligne

Debbie Wasserman Schultz a affirmé que l'obstruction des entreprises de réseaux sociaux conduira à une action du Congrès

Le groupe de travail interparlementaire pour combattre l'antisémitisme en ligne tenant une audience à Washington, le 16 septembre 2022. (Crédit : YouTube)
Le groupe de travail interparlementaire pour combattre l'antisémitisme en ligne tenant une audience à Washington, le 16 septembre 2022. (Crédit : YouTube)

WASHINGTON (JTA) – Les législateurs américains ont remercié les représentants des géants des réseaux sociaux d’avoir assisté à l’audience du Capitole sur l’antisémitisme. N’étant pas une audience officielle du Congrès, personne n’était obligé de s’y présenter.

Mais après quelques échanges tendus vendredi dernier, les choses sont rapidement devenues acrimonieuses. La représentante Debbie Wasserman Schultz, la démocrate juive de Floride qui a convoqué l’audition, a déclaré que les réponses évasives des représentants des réseaux sociaux sur la question de savoir si et comment l’antisémitisme serait traité, conduiraient immanquablement, à une action de la part du Congrès.

« Nous commençons tous à réaliser – tous ceux qui sont ici présents – pourquoi nous devrons, à terme, réglementer la façon dont le contenu est traité, au lieu de simplement vous laisser, vous les chefs d’entreprises, vous assurer que vous vous conformez à des normes qui ne sont pas vraiment très transparentes », a-t-elle déclaré.

Le panel, Interparliamentary Task Force to Combat Online Antisemitism (Le groupe de travail interparlementaire de lutte contre l’antisémitisme en ligne), est composé de législateurs de divers pays, dont les États-Unis, le Canada, l’Afrique du Sud, Israël, la Suède et la Nouvelle-Zélande, et n’a aucun pouvoir réel. Mais certains de ces législateurs sont membres de partis au pouvoir et peuvent prendre des mesures législatives dans leur pays respectifs.

Wasserman Schultz, par exemple, a été présidente du parti démocrate et siège actuellement dans deux des commissions les plus puissantes de la Chambre des représentants, à savoir les commissions des Finances et de la Surveillance. De même, Anthony Housefather, député juif de Montréal, membre du parti libéral au pouvoir au Canada, occupe des fonctions de surveillance de haut niveau.

La frustration de Wasserman Schultz est survenue après que Housefather a été incapable d’obtenir de la part des sociétés de réseaux sociaux un engagement à qualifier l’antisémitisme de discours de haine et à prendre des mesures pour retirer la phrase « les Juifs sont tous des nationalistes blancs qui soutiennent l’apartheid » des messages publiés sur leurs plateformes.

Kevin Kane, directeur des affaires gouvernementales de YouTube, a déclaré que « c’est évidemment quelque chose que nous voulons surveiller », mais « il est difficile de s’y engager ». Les représentants de TikTok, Twitter et Meta, la société mère de Facebook et Instagram, ont donné des réponses tout aussi évasives.

Housefather a déclaré que les réponses étaient « assez troublantes ». Une grande partie de la première partie de la réunion s’est concentrée sur le degré d’antisémitisme des commentaires anti-israéliens ou critiques à l’égard d’Israël. Les législateurs et un groupe d’experts ont promu avec enthousiasme la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah), que certains groupes libéraux considèrent comme trop générale. Housefather a déclaré qu’il remplaçait le mot « sionistes » par le mot « Juifs » dans son hypothèse afin de répondre à la question de savoir si attaquer le « sionisme » est antisémite.

L’hypothèse de Housefather était également une allusion aux difficultés rencontrées par les défenseurs juifs canadiens de faire interdire Laith Marouf, un défenseur pro-palestinien canadien dont les tweets incluent des messages tels que « vous savez, tous ces sacs d’excréments humains à la voix forte, alias les suprémacistes blancs juifs ; quand nous libérerons la Palestine et qu’ils devront retourner d’où ils viennent, ils redeviendront des salopes à voix basse des maîtres suprémacistes blancs chrétiens ou laïcs » ou encore « j’ai une devise : la vie est trop courte pour les chaussures à lacets ou pour divertir les suprémacistes blancs juifs autrement que par une balle dans la tête ».

Michele Austin, directrice de la politique publique de Twitter pour les États-Unis et le Canada, n’a pas été en mesure d’expliquer pourquoi Marouf a été autorisé à revenir sur Twitter sous un autre identifiant, après avoir été banni de la plateforme en août. Marouf a été au centre d’une controverse lorsqu’il a été révélé le mois dernier qu’une organisation ostensiblement antiraciste pour laquelle il travaille recevait des fonds du gouvernement canadien ; le gouvernement a finalement retiré ces fonds.

La députée Michal Cotler-Wunsh (Kakhol lavan) lors d’une table ronde de la Knesset sur l’antisémitisme sur les réseaux sociaux, le 14 octobre 2020. (Crédit : Autorisation)

Un autre échange tendu entre Austin et Michal Cotler-Wunsh, ancienne membre du parlement israélien, concernait les tweets du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, qui tweete régulièrement des contenus antisémites et appelle à la destruction d’Israël. Cotler-Wunsh a demandé pourquoi les tweets de Khamenei restent affichés.

« Ce à quoi vous faites référence est la politique des leaders mondiaux, et j’ai été très heureux d’entendre un certain nombre de commentaires des envoyés et des ambassadeurs à ce sujet », a déclaré Austin, sans préciser ce qu’était la « politique des leaders mondiaux » de Twitter.

Wasserman Schultz s’est montrée tout aussi frustrée lorsque les représentants des réseaux sociaux n’ont pas voulu répondre de manière précise aux questions sur les causes des retards dans la suppression des contenus haineux.

Le degré de frustration des législateurs a atteint des sommets à la fin de la table ronde, lorsque Wasserman Schultz a reproché aux entreprises de proposer des panacées pour promouvoir la mémoire de la Shoah. Eric Ebenstein, directeur de la politique publique pour TikTok, avait énuméré un certain nombre de commémorations de la Shoah que la plateforme avait encouragées.

« Chacun d’entre vous a mentionné d’une manière ou d’une autre sa fierté de reconnaître Yom Hashoah et d’autres fêtes juives spécifiques », a déclaré Wasserman Schultz, faisant référence au jour de commémoration de la Shoah en Israël. « L’antisémitisme est une infection virale toxique qui engendre la violence dans le monde réel. Et le fait que vous ne fassiez qu’effleurer la surface ou que vous utilisiez des exemples comme ‘certains de vos meilleurs amis sont juifs’ est insultant et frustrant. Je vous suggère donc simplement, lorsque vous témoignerez sur ce sujet à l’avenir, de ne pas utiliser ce genre d’exemples. »

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