Un prof de maths israélien divise le serment de citoyenneté canadien
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Un prof de maths israélien divise le serment de citoyenneté canadien

Le professeur Dror Bar-Natan de l'université de Toronto a un problème aigu avec le serment d'allégeance à la reine Elisabeth II

La reine Elisabeth II, le 8 septembre 2015 (Page Facebook The British Monarchy)
La reine Elisabeth II, le 8 septembre 2015 (Page Facebook The British Monarchy)

Dror Bar-Natan a fait un geste calculé quand il est devenu citoyen canadien ce lundi. En tant que citoyen naturalisé, le professeur de mathématiques israélien, qui vit au Canada depuis 13 ans, a dû prêter serment – qui comprend un serment d’allégeance au monarque britannique (actuellement la reine Elisabeth II). Bar-Natan a prêté serment, mais a immédiatement désavoué son allégeance à la reine.

Le geste très inhabituel de Bar-Natan n’a surpris personne, notamment pas le juge de la citoyenneté qui a présidé à la cérémonie de Toronto, où quelque 80 personnes ont reçu la citoyenneté canadienne.

Bar-Natan, qui enseigne à l’université de Toronto, avait auparavant perdu un procès pour le libérer de l’obligation de prêter serment à la reine. Lui et deux autres résidents permanents du Canada ont déposé la plainte ensemble, en faisant valoir que le serment violait leur liberté d’expression et de conscience.

L’affaire portée devant la Cour d’appel de l’Ontario, a été rejetée en août 2014.

Le professeur canado-israélien Dror Bar-Natan (Photo: Autorisation)
Le professeur canado-israélien Dror Bar-Natan (Photo: Autorisation)

Néanmoins, après avoir récité lundi, « J’affirme que je serai fidèle et porterai une vraie allégeance à Sa Majesté la Reine Elisabeth II, reine du Canada, à ses héritiers et à ses successeurs, et que je jure d’observer fidèlement les lois du Canada et remplirai mon devoir en tant que citoyen canadien. »

Bar-Natan a remis au juge Albert Wong une lettre dans laquelle il déclarait: « Je tiens à affirmer ma fidélité et ma réelle allégeance au Canada et au peuple canadien, mais désavoue aussi la partie sur la royauté et uniquement la partie sur la royauté du serment de citoyenneté ».

Parlant cette semaine par téléphone avec le Times of Israel au retour de la cérémonie de citoyenneté, Bar-Natan, 49 ans, a dit que le processus était très sympathique et chaleureux.

« Je ne l’ai pas fait sur un coup de tête. J’avais envoyé la lettre au juge deux semaines auparavant, et je suis aussi allé dans le bureau du juge avant la cérémonie apour en discuter », a déclaré Bar-Natan.

Le professeur a affirmé qu’il était pleinement dans son droit et qu’il a agi légalement en désavouant son allégeance à la reine (quelque chose que les Canadiens de naissance ne sont pas tenus de faire explicitement).

Sur un site Web qu’il a créé pour expliquer son intention de désaveu, ainsi que pour encourager les autres à suivre son exemple, Bar-Natan a cité un précédent historique dans lequel une personne s’était rétractée de son vœu d’allégeance à la reine et a reçu une lettre du gouvernement confirmant qu’il n’annulerait pas sa citoyenneté.

Il a également cité la décision de la Cour d’appel de 2014, qui avait déclaré que « les appelants ont la possibilité de désavouer publiquement ce qu’ils considèrent être le message véhiculé par le serment. »

« Cette décision signifie que le serment ne viole pas ma liberté d’expression, j’ai donc été obligé de désavouer le serment une minute apres que l’avoir prononcé. J’ai utilisé mon droit », explique Bar-Natan.

‘Il n’y a pas de composante religieuse dans mon point de vue. Et cela n’a rien à voir avec le fait que je vienne d’Israël. Je le fais en tant que citoyen canadien’

Selon lui, jurer allégeance à un monarque ne correspond pas aux réalités actuelles.

« Dans mon esprit, il s’agit d’un vestige de l’époque où il y avait des classes dans le peuple et où il n’y avait pas de mobilité socio-économique. Cela ne correspond tout simplement pas à la situation en 2015 », a-t-il dit.

« Le choix que le Canada a fait de faire partie d’une monarchie est un choix raisonnable, mais je ne suis pas d’accord pour être contraint à prêter serment sur ce choix, d’en faire partie. »

Bar-Natan a dit que les informations selon lesquelles son refus de prêter allégeance à la reine découlait de raisons religieuses étaient fausses.

« Il n’y a aucune composante religieuse dans mon point de vue. Et cela n’a rien à voir avec le fait que je vienne d’Israël. Je le fais en tant que citoyen canadien », a-t-il dit.

Une poignée d’autres citoyens naturalisés ont signé sur son site disant qu’ils ont décidé de suivre son exemple, mais parrallèlement, Bar-Natan a reçu de nombreuses réactions négatives dans les médias, par courriel et sur les médias sociaux.

Un Canadien a posté sur sa page Facebook que devenir Canadien était une affaire à prendre ou à laisser. Son message était clairement hostile envers Bar-Natan et les autres qui ont desavoué leur serment.

« Si vous ne voulez pas du serment alors ne devenez pas citoyen canadien ! C’est assez simple en fait. Ne laissez pas la porte vous frapper en sortant », a-t-il écrit.

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