Un quartier négligé de Jérusalem transformé par l’art de rue
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Un quartier négligé de Jérusalem transformé par l’art de rue

Des œuvres créatives fabuleuses décorent les murs, les poteaux, les balcons, les portes et les magasins ce qui a aidé à transformer les rues autour du marché de Mahane Yehuda

Graffitis muraux à Beit Yaakov (Crédit : autorisation)
Graffitis muraux à Beit Yaakov (Crédit : autorisation)

Lorsqu’il a été fondé en 1877, le quartier de Beit Yaakov était plus loin de la Vieille Ville de Jérusalem que n’importe quelle autre communauté.

En effet, même s’il ne se trouvait qu’à deux kilomètres à l’ouest de la Porte de Jaffa, il était entouré par la nature. Des animaux sauvages rôdaient dans les champs, des voleurs y apparaissent de jour comme de nuit et les résidents vivaient avec la menace constante d’une attaque arabe.

Un jour, un groupe du village arabe de Lifta a attaqué ce quartier minuscule. Les cris des résidents et leurs appels à l’aide étaient si puissants qu’ils sont parvenus jusqu’à l’implantation la plus proche : Mazkeret Moshe, établie en 1883. Un des habitants de l’implantation est allé prendre un shofar et les sons que les Juifs entendent à la synagogue les Jours Saints, tekia, trua et tekia gedola, ont résonné dans l’air. N’ayant jamais fait l’expérience de quelque chose d’aussi féérique, les Arabes, effrayés, ont pris leurs jambes à leurs cous et sont partis.

Sur le papier, Beit Yaakov devait contenir 70 maisons, comme c’est écrit : toutes les âmes de la maison de Jacob qui sont venues en Egypte étaient 60 et 10. Mais, au final, le quartier s’est développé très lentement, et cinq ans plus tard, il y avait moins de deux douzaines d’habitations.

Ces premières maisons étaient petites avec deux étages ; elles se trouvaient en face de la Route de Jaffa avec des petits jardins sur la rue Avissar d’aujourd’hui. Un complexe sur la rue Avissar abrite deux synagogues et le centre d’étude de la Torah.

La synagogue a été construire avec les premières maisons du quartier en utilisant les fonds, plus de 10 000 grush, donnés par le vieux boucher casher Yehuda Leib/Levitas. Les décorations sont uniques, parce que des peintures de sites juifs saints sont intégrées sur les murs.

Graffitis muraux à Beit Yaakov (Crédit : autorisation)
Graffitis muraux à Beit Yaakov (Crédit : autorisation)

Au delà de la synagogue se trouve une structure en pierre déserte qui, à une époque, a servi de four communautaire pour le quartier. Vous prépariez vos provisions, vous les portiez au four et le boulanger les mettait à l’intérieur.

Le deuxième étage d’un immeuble servait, à une époque, de foyer temporaire pour les sans-abri de Jérusalem ou les voyageurs qui n’avaient pas d’endroit où passer la nuit.

Il y avait pourtant plusieurs conditions : on ne pouvait pas rester plus de 30 jours, et vous deviez payer une petite somme pour aider à la maintenance. Puisque cela faisait partie d’une synagogue, les voyageurs appelaient l’endroit la « Synagogue Havale » du nom de la veuve, Hava Miriam, qui a consacré la maison à aider les étrangers.

Aujourd’hui, les rues du quartier historique de Beit Yaakov sont malheureusement délabrées et sales. Selon Hila Smolyanski, la directrice du département des arts visuels de la municipalité de Jérusalem, c’est exactement pour cela que cette zone particulière a été choisie pour un projet spécial.

30 artistes ont participé au projet appelé « Tabula Rasa » (table rase).

Certains des artistes sont bien connus, exposent dans des galeries ou ont leurs propres salles d’exposition.
D’autres sont des artistes de graffiti doués et reconnus ; on les a tous guidés dans une visite des rues puis on leur a demandé de créer quelque chose qui corresponde au quartier.

L’art est réparti sur les murs, des poteaux, les balcons, les portes, les magasins avec plusieurs filles au long cou représentées sur un placard d’électricité abandonné. Il y a des peintures tout le long du mur au fond du restaurant MachneYuda (mangez en deux heures, payez à travers le nez et sortez).

Un peu plus loin du restaurant, l’artiste Itamar Flor a dessiné un portrait sur un mur en ciment représentant le propriétaire d’un kioske à proximité. Et devant le pub et le café de l’autre côté de la rue, on peut voir des peintures murales pleines de vie et d’activité.

Graffitis muraux à Beit Yaakov (Crédit : autorisation)
Graffitis muraux à Beit Yaakov (Crédit : autorisation)

La rue HaDekel (Palm), au coeur du quartier, est particulièrement intéressante. En entrant dans la rue, on se retrouve en face de deux énormes visages effrayants. Les peintures murales sont partout, tout particulièrement sur les volets fermés des magasins.

Un long mur est couvert de moutons qui broutent, alors qu’un loup attend à proximité pour les dévorer. Juste un peu plus loin, un placard de compteur d’eau est décoré avec d’adorables petites figures, le dessous d’un balcon unique est recouvert d’un poème et d’une peinture murale.

La tomate murale est inscrite avec un jeu sur le discours d’Hamlet : être ou ne pas être… se lit “agvaniyot o lo liyot – tomates ou ne pas être ».

Certaines des maisons sur la rue Avissar en face de la Route de Jaffa sont situées juste à côté de la station de tramway et de l’autre côté de la Discount Bank.

De la moitié à la fin du 19e siècle, l’endroit où se trouve actuellement la banque accueillait un marché florissant de fruits et de légumes, Beit Yaakov (plus tard, bien sûr, cela allait devenir le marché Mahane Yehuda, voir dans le Mahane Yehuda grouillant de Jérusalem où l’on avance (littéralement) épaules contre épaules).

Synagogue à Beit Yaakov (Crédit : autorisation)
Synagogue à Beit Yaakov (Crédit : autorisation)

Les fermiers arabes des villages environnants chargeaient leurs ânes avec des produits, installaient des tentes et des hutes, vendaient leurs récoltes aux résidents de Jérusalem. A côté de marché se trouvait le dernier arrêt de chariots pour les passagers et les produits voyageant vers la ville portuaire de Jaffa. C’était, bien sûr, le premier arrêt si vous veniez de l’autre direction.

Le rue Beit Yaakov traverse plus ou moins de nord en sud, se terminant (ou commençant) sur la rue Agrippas avec une fabuleuse peinture murale dans le coin qui dépeinte avec précision les personnes, les kioskes et les bâtiments dans et autour de la rue Mahana Yehuda.

C’est dessiné avec tant de malice que cela semble être en trois dimensions, la peinture murale a été produite par 12 artistes d’un groupe basé à Lyon et appelé la Cité de la Création.

Graffitis muraux à Beit Yaakov (Crédit : autorisation)
Graffitis muraux à Beit Yaakov (Crédit : autorisation)

Même à une certaine distance, les conducteurs bloqués dans le traffic dans la rue Agrippas et fixant la peinture murale trouvent cela difficile de distinguer les balcons et les fenêtres réels de ceux créés artistiquement.

Au sommet d’un magasin bien réel de falafel, un marché coloré, très vivant est rempli de personnes. Certaines d’entre elles sont reélles. Le troisième étage présente des commerçants passant de stands en stands sur une place du marché qui ressemble très fortement au cardo romain de la Vieille Ville. Et, au-dessus de tout cela, on trouve les maisons bondées des quartiers du marché.

Mais il y a encore plus que cette merveille, parce que cela s’étend horizontalement jusqu’au début d’une allée sans nom qui conduit à Beit Yaakov.

Ici, un enfant est représenté avec un jus de fruit, et son « rire » est très contagieux ! Derrière elle, un des hommes fumant est un fan de l’équipe de foot du Bétar Jérusalem. Et plus loin dans l’allée, deux « électriciens » sortent d’une porte avec un avertissement : danger, haut voltage.

Graffitis muraux à Beit Yaakov (Crédit : autorisation)
Graffitis muraux à Beit Yaakov (Crédit : autorisation)

Aviva Bar-Am est l’auteur de sept guides en anglais sur Israël. Shmuel Bar-Am est un guide officiel qui propose des tours privés et sur-mesure en Israël pour les individus, les familles et les petits groupes.

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