Un rabbin US appelle à l’unité face à la résolution partiale adoptée par des luthériens
Rick Jacobs, chef de l'Union du judaïsme réformé, fort de décennies d'expérience en matière de dialogue interreligieux, a su comment répondre à une vision étroite du conflit à Gaza

JTA — Le rabbin Rick Jacobs, qui dirige l’Union du judaïsme réformé, a rejoint la semaine dernière l’Assemblée générale de l’Église évangélique luthérienne d’Amérique, fort de plusieurs décennies d’expérience dans la création de liens entre les communautés luthérienne et juive.
Mais alors que Jacobs écoutait, le 30 juillet, les participants débattre d’une résolution intitulée « Stand of Palestinian Rights and End to Occupation of Palestine » (Pour les droits des Palestiniens et la fin de l’occupation de la Palestine), il a déclaré se sentir obligé de s’exprimer sur ce qu’il considérait comme un récit « partial ».
Après avoir déchiré le discours qu’il avait prévu de prononcer le lendemain, il s’est adressé aux centaines de chrétiens rassemblés à Phoenix, leur expliquant qu’il avait espéré quelque chose de différent, et que les enjeux étaient importants.
« Mes amis, je crains que la résolution que vous avez adoptée hier soir ne nuise à la sécurité de notre communauté », a fait savoir Jacobs à l’assemblée. « Je pense qu’elle sonnera comme un encouragement pour ceux qui n’envisagent pas d’avenir pacifique pour les Palestiniens et les Israéliens. »
Dans une interview, Jacobs a fait part de son étonnement face au peu de reconnaissance que semblait accorder cette déclaration aux appels à la paix lancés par les communautés juives, parmi lesquelles le mouvement réformiste. En mai, Jacobs a été l’un des premiers dirigeants confessionnels juifs à exhorter Israël à abandonner ce qu’il a décrit comme une politique visant à « affamer les civils de Gaza » dans une tribune publiée dans le Washington Post, anticipant ainsi le tollé général suscité par la crise humanitaire à Gaza, qui a déclenché de vives critiques à l’encontre d’Israël ces dernières semaines.
« Nous sommes le plus important mouvement de la communauté juive, nous aimons Israël, nous travaillons en étroite collaboration avec l’Église, et nous nous soucions également des droits et de la dignité des Palestiniens », a expliqué Jacobs. « J’ai eu l’impression qu’ils ne reconnaissaient absolument pas toutes ces choses, des choses qui sont pourtant vraies. Et cela m’a attristé, pour être honnête. »
La résolution D4, adoptée par l’assemblée, énonçait une liste de positions de l’Église luthérienne, notamment celle selon laquelle le bureau de l’évêque présidente « demande aux dirigeants américains de reconnaître l’existence et d’agir pour mettre fin au génocide contre les Palestiniens, de suspendre l’aide militaire accordée à Israël et utilisée à Gaza, ainsi que de soutenir la création d’un État palestinien et son adhésion à l’ONU ».
Jacobs s’est dit surpris par le peu de place accordé aux points de vue des Israéliens et des Juifs dans cette résolution. Il a fait part de ses préoccupations à l’évêque présidente de l’Église, la révérende Elizabeth Eaton, qui l’a invité à rédiger une réponse.
« Même si la résolution D4 contient quelques références spécifiques à Israël, j’ai eu l’impression que l’empathie allait entièrement à la cause palestinienne, ce que je peux comprendre à un certain niveau », a confié Jacobs. « Mais il existe vraiment une relation profonde entre l’Église et les communautés juives locales, et je l’ai ressentie chez les hauts dirigeants de l’Église, en particulier chez l’évêque Eaton. »
La guerre à Gaza a provoqué la rupture de certaines alliances interconfessionnelles historiques. Certaines Églises progressistes et leur clergé ont rapidement condamné la riposte d’Israël à l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, et jugé avec sévérité ceux qui ne partageaient pas leur point de vue.
Mais Eaton, a affirmé Jacobs, s’est montrée réceptive à ses inquiétudes, lui conseillant de « prendre le temps nécessaire » pour réfléchir à la manière d’aborder ces questions.
Ce soir-là, il a donc revu son discours et, le jeudi, il a exprimé ses scrupules à la tribune, réprimandant les fidèles rassemblés.
« Il est tout à fait possible d’apporter un soutien ferme à l’État d’Israël tout en luttant pour la dignité et les droits des Palestiniens », a-t-il affirmé dans son discours. « Hier soir, j’espérais entendre un discours de ce type, mais cela n’a malheureusement pas été le cas. »
Jacobs a ensuite évoqué les violentes attaques perpétrées ces derniers mois contre des rassemblements juifs, notamment la fusillade meurtrière qui a coûté la vie à deux employés de l’ambassade d’Israël lors d’un événement à Washington, DC, et l’attaque à la bombe incendiaire qui a visé un groupe de personnes qui manifestaient en faveur des otages encore retenus à Gaza, à Boulder, dans le Colorado.
Il a également parlé des moments d’unité qu’il avait vécu avec la communauté luthérienne, notamment lors du soulèvement palestinien de la deuxième Intifada, entre 2000 à 2005, marqué par une série d’attentats-suicides, au cours duquel le révérend Munib Younan, l’évêque émérite de l’Église évangélique luthérienne de Jordanie et de Terre Sainte, avait conduit Jacobs chez lui pour assurer sa sécurité.
Et de souligner que lui-même, tout comme de nombreux juifs libéraux, partageait certaines, voire toutes les convictions qui sous-tendent la résolution approuvée.
« Nous partageons votre engagement en faveur d’une Palestine libre, libérée de la tyrannie et de l’exploitation du Hamas, et de l’occupation israélienne », a-t-il annoncé. Il a également rappelé le meurtre, le 7 octobre, de Vivian Silver, fondatrice et dirigeante de Women Wage Peace, une organisation israélienne qui soutient un accord de paix avec les Palestiniens.
« Les massacres brutaux du 7 octobre ont coûté la vie à des personnes extraordinaires comme Vivian », a déploré Jacobs. « C’était comme si le Hamas cherchait à assassiner non seulement des personnes, mais aussi toute possibilité de coexistence. Et nous, chère Église, nous ne devons pas les laisser tuer tout espoir d’un avenir meilleur. »
En conclusion, Jacobs a exhorté la communauté luthérienne à continuer de « collaborer » avec la communauté juive, soulignant leur engagement commun à « apporter la paix partout, et en particulier au Moyen-Orient ».
« Les défis auxquels sont confrontées nos communautés religieuses et notre nation peuvent sembler insurmontables, mais si nous les relevons ensemble, alors nous pourrons transformer définitivement le courant de haine, d’actes de diabolisation et d’attaques antidémocratiques qui menacent notre liberté, nos vies et notre avenir », a-t-il martelé. « Mais en travaillant ensemble, oui, en agissant main dans la main, nous pouvons et nous allons surmonter ces défis. »
Lorsqu’il a cessé de parler, les participants se sont levés, saluant Jacobs par une ovation debout qui lui a, selon ses propres mots, donné « le sentiment d’être apprécié et soutenu ».
Jacobs a confié à la JTA qu’il estimait que sa stratégie consistant à faire part en temps réel de ses préoccupations à l’assemblée avait été « couronnée de succès », et qu’il espérait « avoir semé les graines d’une relation plus profonde ». Son public, a-t-il ajouté, se limitait pas nécessairement aux luthériens présents dans la salle.
« Je ne suis pas naïf. Je ne pense pas qu’une discussion et une réunion puissent tout changer, ou même changer quelque chose », a-t-il expliqué. « Mais je veux me faire comprendre. Je veux que mes collègues membres du clergé, en particulier mes collègues dirigeants juifs, comprennent qu’il n’est pas nécessaire d’être d’accord sur tous les points avec une communauté pour travailler avec elle et pour trouver des moyens de cohabiter avec elle. »







