Un rappel COVID pour les plus âgés peut ne servir à rien mais ne fera pas de mal
Rechercher

Un rappel COVID pour les plus âgés peut ne servir à rien mais ne fera pas de mal

Les injections de rappel pour les Israéliens de 60 ans et plus sont considérées comme sûres par les experts - mais un éminent médecin s'interroge sur leurs bénéfices réels

Un employé du centre de vaccination de la  Meuhedet à Kfar Habad, dans le centre d'Israël, le 16 février 2021. (Crédit :  Flash90)
Un employé du centre de vaccination de la Meuhedet à Kfar Habad, dans le centre d'Israël, le 16 février 2021. (Crédit : Flash90)

Alors qu’Israël vient de lancer une campagne de rappel de vaccin contre la COVID-19 en direction des personnes âgées, les experts, s’ils ne sont guère convaincus qu’une troisième injection pourra aider, ont tendance à reconnaître qu’elle ne fera pas de mal.

« Cette troisième dose n’apportera peut-être pas de bénéfice mais en tout cas, elle ne fera pas de mal », a déclaré le professeur Michael Edelstein au Times of Israel peu après l’annonce, par le gouvernement, qu’une troisième dose de vaccin contre le coronavirus serait proposée à tous les citoyens de 60 ans et plus.

Si le professeur Jonathan Gershoni, épidémiologiste, déclare « ne pas être convaincu par l’urgence » de la campagne, il dit que « si des doses sont disponibles, alors une protection supplémentaire pour les personnes de plus de 60 ans serait bénéfique et elle renforcerait leurs capacités à faire face au variant Delta ».

Certains Israéliens s’attendaient à ce que cette décision entraîne les critiques des experts pour des raisons de sûreté alors que le gouvernement semble encore être dans le flou et qu’il passe aujourd’hui à l’acte sans que les rappels n’aient été approuvés par les régulateurs, comme par exemple la FDA (Food and Drug Administration) américaine.

Mais même les plus sceptiques face à cette initiative, comme le professeur Nadav Davidovitch, n’évoquent pas des questions de sûreté.

« Nous allons devoir prendre de nombreuses décisions à l’avenir et notamment pour des vaccins modifiés en fonction des variants, et nous avons donc besoin de données solides pour la prise des décisions », a expliqué l’épidémiologiste de l’université Ben-Gurion et leader du syndicat des médecins au Times of Israel.

Concernant l’administration d’une troisième dose aux personnes âgées, « le bénéfice réel de cette injection n’est pas encore suffisamment clair », a-t-il ajouté, notant qu’il considérait que cette nouvelle politique de rappels servait à détourner quelque peu l’attention de la priorité majeure aujourd’hui dans le pays qui est de vacciner les Israéliens qui ne l’ont pas encore été.

« Je préférerais que beaucoup plus d’énergie soit dépensée en direction du 1,1 million de personnes qui n’ont pas été immunisées », a-t-il poursuivi.

Mais Davidovitch souligne que « le vaccin est approuvé et il n’y a pas d’effets secondaires gênants à redouter – en particulier chez les personnes âgées ».

Les employés de l’hôpital Herzog, avec leurs combinaisons de protection, dans l’unité de prise en charge des malades du coronavirus à Jérusalem, le 29 juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Gershoni, expert en vaccins de l’université de Tel Aviv, dit qu’après des années passées à analyser les vaccins, il a la certitude que les piqûres de rappel n’entraîneront pas de réactions inhabituelles.

Une troisième dose a d’ores et déjà été injectée au public immunodéprimé en France et en Israël sans accroc, et Edelstein souligne que, lors des essais cliniques réalisés par Pfizer, le vaccin a été distribué à différents dosages.

Même celles et ceux qui ont reçu d’importantes quantités de vaccin en une seule injection n’ont pas rapporté d’effets négatifs, a-t-il précisé.

Tandis que Davidovitch est sceptique sur le potentiel des rappels et qu’Edelstein dit n’avoir, de son côté, aucune certitude à ce sujet, Gershoni, pour sa part, nourrit de plus grands espoirs : « Ajouter une couche supplémentaire de protection quelques mois après la seconde injection, au moment où le niveau d’anticorps a baissé, peut significativement augmenter les niveaux d’anticorps et renforcer la protection face à la maladie », a-t-il expliqué.

Il est vrai que de nombreux Israéliens seraient en droit d’espérer un plus grand enthousiasme de la part de ces spécialistes. Nombreux sont ceux, parmi les citoyens, qui considèrent que cette décision d’administrer un rappel a été entraînée par un fort sentiment d’urgence.

Après tout, la population a dû faire face, ces derniers jours, à des statistiques qui semblent dramatiques et qui indiqueraient que la protection vaccinale diminue rapidement en raison d’une combinaison entre le variant Delta, très contagieux, et le temps qui s’est écoulé depuis la vaccination.

Un rapport du ministère de la Santé a même suggéré que l’efficacité du vaccin à prévenir l’infection avait chuté à seulement 39 %.

Cette discordance résulte en grande partie du fait que si les statistiques qui soulignent une nette baisse de l’efficacité du vaccin font la Une des médias, les experts les appréhendent pour leur part avec prudence, ce qui laisse penser à un certain nombre de faiblesses dans les données elles-mêmes.

Edelstein remarque qu’un grand nombre de calculs consistent à comparer les taux d’infection parmi les Israéliens vaccinés et non-vaccinés, ce qui est problématique dans la mesure où les malades ont des profils très différents en termes d’âge, d’état de santé, d’état d’esprit et d’attitude à l’égard du coronavirus.

« Cette décision est basée sur ce qui devrait être qualifié de preuves trop limitées de diminution de l’immunité », a noté Edelstein.

Gershoni, pour sa part, a déclaré « être d’accord avec cette décision d’une injection de rappel même si je ne suis pas convaincu de ce que le niveau de protection se soit détérioré au point que nous devions nous en inquiéter ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...