Un régime riche en antioxydants en cause dans le cancer colorectal ?
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Un régime riche en antioxydants en cause dans le cancer colorectal ?

Une équipe de l'université Hébraïque explique qu'un régime incluant du thé noir, des baies et du chocolat pourrait contribuer à la croissance d'une éventuelle tumeur

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Cette image au microscope transmise par le Centre de recherche sur le cancer de l'Institut national du cancer montre des cellules cancéreuses implantées dans le côlon, avec leur noyau en rouge (Crédit :  NCI Center for Cancer Research via AP)
Cette image au microscope transmise par le Centre de recherche sur le cancer de l'Institut national du cancer montre des cellules cancéreuses implantées dans le côlon, avec leur noyau en rouge (Crédit : NCI Center for Cancer Research via AP)

Les chercheurs israéliens ont découvert que les aliments riches en antioxydants, notamment le thé noir, le chocolat ou les baies, peuvent augmenter le risque de certains cancers colorectaux.

Les scientifiques de l’université Hébraïque de Jérusalem ont tiré cette conclusion alors qu’ils tentaient de répondre à une question médicale de longue date – pourquoi le cancer du côlon est-il une cause majeure des décès des suites d’un cancer alors que la maladie s’implante rarement dans le petit intestin voisin, qui est bien plus large.

L’équipe de recherche dirigée par le professeur Yinon Ben-Neriah a établi que les mutations du cancer dans certains organes du corps, et notamment l’intestin, pouvaient finalement aider le corps à combattre la maladie mais que de hauts-niveaux de métabolites – comme ceux qui se trouvent dans des aliments riches en antioxydants – favorisent la croissance des tumeurs colorectales.

Environ 2 % des cancers gastro-intestinaux surviennent dans le petit intestin et 98% dans le côlon, qui contient des niveaux beaucoup plus élevés de bactéries intestinales.

Les chercheurs se sont concentrés sur un gène, le gène TP53, qui est présent dans toutes les cellules et qui produit une protéine appelée p53. La protéine supprime les mutations génétiques qui peuvent entraîner un cancer, mais lorsque la p53 est endommagé, elle peut encourager la croissance des tumeurs.

Les chercheurs ont implanté des protéines p53 après mutation chez les souris. Le petit intestin a transformé ces protéines mutées en protéines p53 normales, qui sont devenues des « super-suppresseuses », plus efficaces pour faire disparaître le développement du cancer que les autres protéines p53.

Le côlon, toutefois, n’a pas transformé les protéines p53 qui avaient subi une mutation, ce qui a continué à encourager la propagation du cancer.

Le professeur Yinon Ben-Neriah de la faculté de médecine de l’université hébraïque de Jérusalem. (Autorisation)

« Nous avons été sidérés par ce que nous avons vu », a dit Ben-Neriah dans une déclaration faite mercredi. « Les bactéries intestinales avaient un effet Dr. Jekyll et Mr. Hyde sur les protéines p53 qui avaient subi une mutation. Dans le petit intestin, elles se réorientaient totalement et elles attaquaient les cellules cancéreuses tandis que dans le côlon, elles aidaient la croissance cancéreuse ».

Les chercheurs ont alors utilisé des antibiotiques pour tuer tous les autres organismes dans le côlon pour examiner si la flore intestinale jouait un rôle majeur dans ce processus. Après avoir tué les bactéries, la protéine p53, dans le côlon, n’a pas accéléré le développement du cancer.

Une analyse a révélé que les bactéries produisent des métabolites, ou antioxydants, qui aident le cancer à se développer.

Quand les scientifiques ont soumis les souris à un régime riche en antioxydants, la flore intestinale des rongeurs a stimulé l’effet encourageant de la p53 sur le développement du cancer.

« Scientifiquement parlant, nous avançons en terrain inconnu. Nous sommes sidérés par l’ampleur de l’influence des microbiomes sur les mutations cancéreuses – dans certains cas, ils changent totalement leur nature », continue Ben-Neriah.

Les chercheurs ont indiqué que les personnes présentant des risques de développer un cancer colorectal devaient faire examiner leur flore intestinale et contrôler leur régime en termes de consommation d’aliments riches en antioxydants.

Les conclusions de cette recherche ont été publiées mercredi dans le journal scientifique Nature.

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