Un responsable du Waqf dénonce les prières juives sur le mont du Temple
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Un responsable du Waqf dénonce les prières juives sur le mont du Temple

Les médias et les militants juifs ont rapporté que la police fermait les yeux sur cette pratique, que les dirigeants musulmans dénoncent comme une violation du statu quo

Des juifs religieux sur le mont du Temple dans la vieille ville de Jérusalem, le 2 août 2021. (AP Photo/Maya Alleruzzo)
Des juifs religieux sur le mont du Temple dans la vieille ville de Jérusalem, le 2 août 2021. (AP Photo/Maya Alleruzzo)

Alors que la police se tenait prête, trois hommes juifs se sont avancés, ont placé leurs mains au niveau de leur poitrine et ont commencé à réciter des prières à voix basse dans l’ombre du Dôme du Rocher sur le mont du Temple.

Les prières juives sur le lieu saint le plus sensible de Jérusalem, connu des musulmans sous le nom de Haram al-Sharif ou Noble Sanctuaire, ont longtemps été impensables. Mais elles sont discrètement devenues la nouvelle norme ces dernières années, allant à l’encontre d’une convention de longue date, mettant à mal un statu quo fragile et faisant craindre que les réactions violentes des musulmans ne déclenchent une nouvelle vague de violence au Moyen-Orient.

L’affaire retient de plus en plus l’attention depuis que la télévision israélienne en a fait état le mois dernier.

Le complexe situé au sommet de la colline est le site le plus sacré pour les Juifs, vénéré comme l’emplacement de deux anciens temples détruits dans l’Antiquité. Depuis 2 000 ans, trois fois par jour, les Juifs se tournent vers lui pour prier. Il abrite également la mosquée Al-Aqsa, le troisième site le plus sacré de l’islam.

Un responsable musulman du site a dénoncé cette évolution, affirmant que des policiers les empêchaient de prendre des mesures à son encontre.

« Ce qui se passe est une violation flagrante et dangereuse du statu quo », a déclaré le cheikh Omar al-Kiswani, un haut responsable du Waqf, le trust islamique soutenu par la Jordanie qui administre le site. « La police israélienne doit cesser de fournir une protection aux extrémistes ».

Les médias palestiniens, notamment ceux du groupe terroriste du Hamas, publient presque quotidiennement des vidéos de ce qu’ils appellent des  « colons juifs prenant d’assaut la mosquée Al-Aqsa ». De nombreux dirigeants arabes et musulmans ne reconnaissent pas que le site est sacré pour les Juifs et qualifient d’ « extrémiste » tout Juif qui y pénètre. »

Flanqué d’un détachement de la police paramilitaire israélienne des frontières, un quorum de 10 hommes a récemment pénétré dans le sanctuaire un matin et s’est dirigé vers une zone isolée du côté est de l’enceinte. Ils ont prié discrètement à voix basse tandis qu’une poignée de gardes du Waqf les observaient à distance.

Kiswani, qui est le directeur du Waqf de la mosquée Al-Aqsa, a déclaré que les autorités musulmanes ont fortement protesté contre les prières juives, à la fois auprès de la police israélienne et du gouvernement jordanien.

Le cheikh Omar al-Kiswani, directeur du Waqf islamique de la mosquée Al-Aqsa, dirigeant une prière à Birmingham, au Royaume-Uni, en janvier 2020. (Capture d’écran : YouTube)

Mais il a affirmé que la police empêche par la force le personnel du Waqf d’approcher les fidèles juifs et, dans certains cas, les arrête ou les expulse. « La mosquée est un droit pur pour les musulmans seulement, et il n’y a pas de prière dans la mosquée sauf pour les musulmans », a-t-il jugé.

La police a déclaré que ses forces opèrent « conformément aux conditions de visite habituelles du site » tout en maintenant l’ordre public, et que les règlements pour les Juifs et les touristes visitant le site sont déterminés par le gouvernement et les décisions de justice.

Lors de la guerre des Six Jours de 1967, Israël a pris le sommet de la colline, ainsi que le reste de Jérusalem-Est et la Vieille Ville fortifiée, à la Jordanie, qui contrôlait le territoire depuis sa prise en 1949. Israël l’a ensuite annexé, une décision qui n’a pas été reconnue par la majorité de la communauté internationale. Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale d’un futur État indépendant.

Ce site est l’épicentre émotionnel du conflit israélo-palestinien. De nombreux combats meurtriers ont éclaté autour de ce site dans ce conflit vieux de plusieurs décennies. La dernière en date remonte au mois de mai, lorsqu’une opération de répression de la police israélienne contre des émeutiers palestiniens lançant des pierres à l’intérieur du complexe a contribué à précipiter une guerre de 11 jours entre Israël et le groupe terroriste Hamas, qui dirige la bande de Gaza, ainsi que de violents troubles dans les villes israéliennes.

Depuis 1967, un ensemble de règles, connu sous le nom de « statu quo », régit les opérations quotidiennes sur le site. Tout changement réel ou perçu de ce statu quo est susceptible de déclencher des violences.

En vertu de cet arrangement, les non-musulmans sont autorisés à visiter le mont du Temple mais pas à y prier. Les Juifs sont autorisés à y pénétrer en petits groupes pendant des heures limitées, mais ils doivent emprunter un itinéraire prédéterminé, sont étroitement surveillés et n’ont pas le droit de prier ou d’afficher des symboles religieux ou nationaux.

Pendant des décennies, les Juifs religieux ont largement évité de visiter le site pour des raisons religieuses. De nombreux rabbins, y compris le grand rabbinat du pays, ont décidé après la guerre de 1967 que les Juifs « ne devaient pas pénétrer dans toute la zone du mont du Temple » par crainte d’impureté rituelle et d’incertitude quant à l’emplacement exact du saint des saints de l’ancien Temple.

Un officier de la police israélienne (à gauche) monte la garde alors que des juifs religieux visitent le Mont du Temple dans la vieille ville de Jérusalem, le 3 août 2021. (AP Photo/Maya Alleruzzo)

Mais les attitudes changent, en particulier au sein de l’aile droite sioniste religieuse d’Israël.

Amnon Ramon, chercheur principal au Jerusalem Center for Policy Research, a déclaré que la question de la prière juive s’est transformée au cours des dernières décennies « d’une question qui était en marge à un sujet dans le courant dominant pour le public sioniste religieux ». La plupart des membres de cette communauté semblent soutenir un certain degré de culte juif à cet endroit, tout comme un nombre croissant de Juifs ultra-orthodoxes.

Le Premier ministre Naftali Bennett, qui dirige le petit parti de droite Yamina, a créé la surprise le mois dernier, le jour du jeûne juif de Tisha Beav, lorsqu’il a déclaré qu’Israël s’engageait à protéger la « liberté de culte » des Juifs dans le complexe. Son bureau avait ensuite rapidement publié une clarification indiquant qu’il n’y avait « aucun changement de quelque nature que ce soit » dans le statu quo.

Le rabbin Eliyahu Vebr, chef de la Yeshiva du mont du Temple, a déclaré que depuis plus d’un an, il se rendait quotidiennement sur le site, la plupart du temps avec au moins 10 hommes juifs nécessaires à la prière en groupe.

« Tant que les choses ne sont pas ostensibles, d’une manière qui dérange, la police le permet », a-t-il dit. Certains jours, il y a des frictions entre les fidèles musulmans et les autorités, mais la plupart du temps, il n’y en a pas.

Akiva Ariel, porte-parole de Beyadenu [« dans nos mains »], un groupe d’activistes juifs plaidant pour la prière juive sur le site, a déclaré que les choses ont commencé à changer sous le gouvernement de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a dirigé le pays pendant 12 ans avant d’être évincé en juin.

« La police ferme les yeux » sur le culte, tant qu’il est fait discrètement, a déclaré Ariel.

Des juifs religieux sur le mont du Temple dans la vieille ville de Jérusalem, le 2 août 2021. (AP Photo/Maya Alleruzzo)

Lors de la récente visite, les Kohanim ont effectué la bénédiction sacerdotale, en faisant des V avec chaque main levée en séparant leur annulaire et leur majeur, et ont récité en silence une bénédiction spéciale, tandis que d’autres ont fait des révérences discrètes. Mais ils n’ont pas revêtu les châles de prière ou les phylactères – de petits étuis contenant des feuillets sur lesquels sont inscrits des passages des Écritures et qui sont attachés à la tête et au bras – qui sont habituellement portés pendant les prières du matin.

Pour de nombreux militants juifs du mont du Temple, l’objectif principal est de créer un lieu de culte juif sur le site, a déclaré M. Ariel. « C’est notre lieu le plus sacré. Nous ne demandons pas que les musulmans soient expulsés d’ici, Dieu nous en préserve », a-t-il déclaré.

Les Palestiniens craignent depuis longtemps qu’Israël ne modifie les habitudes dans l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa, par exemple en divisant le site comme cela a été fait au Tombeau des Patriarches à Hébron, lieu saint vénéré par les musulmans sous le nom de mosquée Ibrahimi.

Selon M. Ramon, les Palestiniens craignent que s’ils cèdent une main, Israël prenne tout le bras.

« Il est difficile de savoir comment et quand cela va exploser », a-t-il dit. « Mais cela peut définitivement arriver ».

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