Un sénateur appelle à une « solution finale », soutenu par le chef de son parti
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Un sénateur appelle à une « solution finale », soutenu par le chef de son parti

Bob Katter a déclaré que les propos tenus par Fraser Anning étaient "absolument magnifiques" et que l'on faisait un scandale d'une "technicité ridicule"

Bob Katter, chef du parti australien de Katter en Australie. (Crédit : Youtube)
Bob Katter, chef du parti australien de Katter en Australie. (Crédit : Youtube)

Un nouveau sénateur australien a récemment fait l’objet de vives critiques après avoir appelé à mettre au point une « solution finale » à l’immigration musulmane. Il a reçu le soutien du chef de son parti qui a salué un discours « absolument magnifique » et a déclaré que l’élu n’avait « absolument aucune idée » que ce terme était employé par les nazis pour encourager la Shoah avant et après la Seconde Guerre mondiale.

Bob Katter, chef du parti nationaliste de Fraser Anning, a salué le discours que ce dernier à délivrer au sénat australien, et qui a été vivement condamné par l’ensemble de l’échiquier politique, y compris par le Premier ministre Malcom Turnbull et par un élu juif.

« Je l’adore », a déclaré Katter, chef d’un parti indépendant. « Nos téléphones sont en feu ! Quatre-vingt-dix pour cent des Australiens attendaient que quelqu’un dise et pense une chose pareille. »

« Je soutiens à 1 000 % chaque chose qu’il a dit. Son discours était absolument magnifique », a déclaré Katter, dont la famille est originaire du Liban, aux médias australiens. « C’est quelque chose que chaque pays doit faire. C’est de l’or en barres. »

Le parti Katter ne compte qu’un seul membre – Katter en personne – à la Chambre des représentants qui compte 150 sièges. Il a récemment obtenu le droit à être représenté au Sénat, qui compte 76 membres pour la première fois, quand le sénateur Anning a quitté un parti pour rejoindre le sien.

Fraser Anning (Autorisation)

Anning a donné son premier discours à la Haute chambre du Parlement mardi, affirmant que l’immigration musulmane porte atteinte à la sécurité du pays.

« En tant que nation, nous sommes en droit d’insister pour que ceux qui soient autorisés à venir ici reflètent la composition christiano-européenne de la société australienne », a-t-il dit.

« Même s’il est certain que tous les musulmans ne sont pas terroristes, il est certain que tous les terroristes sont musulmans, à notre époque, alors pourquoi quiconque voudrait d’eux ici ? »

« La solution finale au problème de l’immigration est évidemment un vote populaire », a-t-il ajouté.

Les mots « solution finale » sont généralement utilisés en référence à la politique nazie d’extermination des Juifs pendant la Shoah.

Katter a viruleusement défendu l’emploi de ce terme par Anning, affirmant que l’on faisait un scandale d’une « technicité ridicule ».

« Il n’a pas été à l’université pour apprendre la signification de ces mots », a déclaré Katter. « Il est intelligent, mais n’a pas lu tous les livres d’histoire. Il ne sait pas ce que tout cela signifie. Et il ne perdra pas son temps à l’apprendre. »

« J’en ai ras le bol des ces gauchos qui s’en prennent à nous pour une technicité ridicule qui n’a rien à voir avec le fond du problème. »

Il a ajouté que son parti était totalement « pro-Juif » et qu’il cherchait à défendre les Juifs des « persécuteurs » musulmans autorisés à immigrer depuis le Moyen-Orient.

Le Premier ministre Turnbull a rapidement condamné les propos d’Anning.

« L’Australie est la société cosmopolite la plus prospère du monde, basée sur le respect mutuel. Nous rejetons et condamnons le racisme sous toutes ses formes », a-t-il déclaré sur Twitter.

Le discours a également été condamné par des politiciens locaux.

Le ministre de l’Environnement et de l’Energie Josh Frydenberg, qui est Juif et qui a perdu des proches pendant la Shoah, a qualifié le discours d’Anning de « blessant, séparatiste et inadmissible ».

« Fraser Anning ne devrait pas seulement retirer ses propos d’hier soir, mais il devrait immédiatement se rendre dans un musée de la Shoah, et écouter des survivants lui raconter de vive voix la douleur et voir la destruction et les dégâts causés par la machine à tuer nazie », a-t-il déclaré aux médias australiens, selon The Guardian.

Katter a rétorqué que Frydenberg devrait « avoir honte » d’être un membre du gouvernement qui autorise l’immigration musulmane.

Josh Frydenberg, ministre des Ressources, de l’Énergie et ministre de l’intérieur dans le Gouvernement Turnbull depuis septembre 2015. (Crédit : Facebook)

Tony Burke, membre de la Chambre des représentants, a comparé le discours d’Anning à de la « bile »

Le député Graham Perret a taxé Anning de « plouc myope ».

Dvir Abramovich, chef de la branche australienne de la Ligue Anti-Diffamation (ADL), a déclaré que le sénateur s’était discrédité en utilisant les termes « solution finale ».

« En invoquant une terminologie de la tragédie la plus sombre de l’histoire déprécie et entache ce débat important », a-t-il dit dans un communiqué. « Cette banalisation historique est pire que l’on ne peut se l’imaginer. »

Anning a rejeté ces critiques et affirmé qu’il se fichait pas mal que des personnes aient pu être blessées, et a déclaré aux nombreux organes de presse qu’il était victimisé par « la police de la pensée ».

Son bureau a déclaré à The Guardian que l’usage de ce terme était accidentel, et a réaffirmé son soutien à Israël.

« C’est ironique qu’à gauche, notamment les Verts et certains travaillistes qui cherchent à me critiquer sont les mêmes personnes qui ont refusé de soutenir mes efforts pour mettre fin au financement de l’Autorité palestinienne, qui finance les attaques terroristes contre d’innocents israéliens, femmes et enfants », a poursuivi le communiqué.

Interrogé sur la critique de l’usage des termes « solution finale », Anning a déclaré à la neuvième chaîne australienne qu’il « n’y avait même pas pensé ».

« Je n’ai jamais eu l’intention de dénigrer la communauté juive, ce sont deux mots et si cela blesse quelqu’un, c’est ce qui doit arriver. »

La sénatrice du parti australien One Nation. (Crédit : CC BY-SA 2.0 via Wikimedia)

Mais Pauline Hanson, du parti One Nation, par lequel Anning est initialement entré au Parlement, s’est distancée des remarques et a déclaré que le discours avait été écrit par un ancien membre de One Nation, Richard Howard, et qu’il était évocateur de la propagande nazie.

« Ce discours a été écrit par Richard Howard, directement du manuel de [Joseph] Goebbels de l’Allemagne nazie », a-t-elle déclaré au Parlement mercredi.

« Je suis consternée par le discours de Fraser Anning… J’ai toujours clamé qu’il ne faut pas être blanc pour être australien. »

Plusieurs personnes ont comparé le discours d’Anning à celui délivré par Hanson dans les années 90, qui rappelait également la politique de l’Australie blanche. Derryn Hinch, membre de l’opposition, l’a décrit comme « une Pauline Hanson sous stéroïdes ».

Hinch s’est excusé mercredi d’avoir échangé une poignée de main avec Anning à la fin du discours, comme requis par le protocole, et a déclaré qu’il était immédiatement rentré chez lui se laver les mains.

« J’ai eu l’impression d’avoir été piégé dans un rassemblement du Ku Klu Klan », a-t-il dit.

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