Un survivant de l’Holocauste aide les autochtones enlevés du Canada à guérir
Rechercher

Un survivant de l’Holocauste aide les autochtones enlevés du Canada à guérir

Robbie Waisman est un octogénaire qui aide les enfants des Premières Nations à surmonter les traumatismes

Le survivant de l'Holocauste Robbie Waisman (à gauche) avec le chef du Truth and Reconciliation Commission of Canada (TRC), le  juge Murray Sinclair. (Crédit : Autorisation)
Le survivant de l'Holocauste Robbie Waisman (à gauche) avec le chef du Truth and Reconciliation Commission of Canada (TRC), le juge Murray Sinclair. (Crédit : Autorisation)

Robbie Waisman, un survivant de l’Holocauste vivant à Vancouver, avait un intérêt personnel dans la publication plus tôt cette semaine du rapport final du Truth and Reconciliation Commission of Canada (TRC), qui a été mis en place il y a cinq ans pour découvrir ce qui était arrivé dans les écoles résidentielles aux enfants autochtones pendant une période de 150 ans qui se termine en 1996.

Plus de 150 000, ou 30 %, des enfants des Premières Nations du Canada ont été enlevés à leurs parents et placé dans ces écoles dirigées par l’Église et financées par le gouvernement pour les rendre « civilisés ».

Les principales conclusions du rapport ont été rendues publiques au printemps dernier. Elles ont déterminé que ce qui est arrivé dans les 130 écoles à travers le pays équivaut à un génocide culturel.

On a découvert que 3 200 élèves sont morts dans les écoles alors que de nombreux autres ont été abusés, physiquement et sexuellement, conduisant à un héritage de dysfonctionnement pour eux et leurs familles depuis des générations. Le rapport final contient des milliers de pages de détails contextuels, des données historiques et des témoignages des survivants.

Waisman, 84 ans, était un témoin honorifique du TCR. Ayant survécu aux horreurs de l’Holocauste, il a découvert l’importance et le pouvoir de guérison en partageant ses expériences douloureuses. Il s’est impliqué dans l’aide des survivants des pensionnats pour qu’ils puissent trouver la force de parler des horreurs qu’ils ont vécus et de l’impact que cela a eu sur leurs vies et leurs familles.

Avec le dirigeant du TRC, le juge Murray Sinclair, le premier juge autochtone nommé à la Cour provinciale du Manitoba, Waisman a parcouru le pays pendant deux ans et a rencontré environ 80 000 des survivants des pensionnats pour partager son histoire et à écouter les leurs.

Selon The Jewish Independent, Waisman a fait une recommandation cruciale qui a été adoptée par la commission. Le survivant de l’Holocauste a dit à Sinclair qu’il n’a pas été en mesure de parler de ses expériences de guerre à ses propres enfants – et ce n’est que quand ces enfants l’ont entendu en parler plus tard devant des groupes scolaires qu’ils ont su ce qu’il avait vécu.

« Sur cette base, quand nous allons dans une communauté, nous ramenons tous les survivants des [pensionnats] et nous mettons toujours un point d’honneur à amener leurs enfants de sorte que lorsque les survivants parlent de nous, les enfants les entendent », a expliqué Sinclair au Jewish Indépendant.

« Cela s’est avéré être un conseil exceptionnellement fort pour nous afin d’ouvrir les lignes de communication au sein des familles. Du point de vue des survivants des pensionnats indiens, souvent le plus important processus de réconciliation dans lequel il voulait s’engager, dans lequel ils avaient besoin de s’engager, était de présenter des excuses à leurs propres familles pour la manière de laquelle ils se sont comportés après avoir quitté les pensionnats et recevoir le pardon de leurs enfants, de leurs conjoints et des membres de leur famille », a-t-il expliqué.

Waisman, qui était connu dans sa jeunesse comme Rachmiel ou Romek, est né en Skarszysko, en Pologne, le plus jeune des six enfants d’un tailleur religieux et sa femme. Il avait huit ans lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté.

Lorsque le ghetto a été mis en place dans sa ville en 1940, ses parents l’envoyèrent vivre dans une ferme dans le pays mais Waisman s’est introduit clandestinement dans le ghetto après un mois. L’année suivante, son frère aîné l’a sorti clandestinement du ghetto pendant la nuit avant que le ghetto ne soit liquidé. Quelques jours plus tard, son frère l’a fait rentrer dans un camp de travail, où il a estampillé 3 200 obus de munitions par jour.

En 1944, Waisman a été envoyé au camp de concentration de Buchenwald en Allemagne, d’où il a été libéré le 11 avril, 1945. Sur les huit membres de sa famille, seuls lui et sa sœur Léa ont survécu à la guerre.

Ensemble, avec les 429 autres enfants qui ont survécu à Buchenwald, Waisman a fini dans un orphelinat à Ecouis, une ville dans le nord de la France. Parmi les amis de Waisman dans le groupe dans lequel il était, il y avait des garçons qui allaient atteindre la gloire et des positions d’envergure, tels que le lauréat du prix Nobel Elie Wiesel et l’ancien grand rabbin ashkénaze d’Israël, Yisrael Meir Lau.

Waisman s’est sécurisé un visa d’immigration au Canada et est arrivé à Halifax en décembre 1948, à l’âge de 17 ans. Il a vécu à Calgary pendant 10 ans, où il a obtenu un diplôme en comptabilité et s’est marié.

Robbie Waisman parlant à des étudiants à l'école Talmud Torah à Vancouver en 2008. (Crédit : Vancouver Holocaust Education Center)
Robbie Waisman parlant à des étudiants à l’école Talmud Torah à Vancouver en 2008. (Crédit : Vancouver Holocaust Education Center)

Lui et son épouse, née au Canada Gloria, ont déménagé à Saskatoon, où ils ont élevé leur fils et sa fille. Waisman a ouvert un magasin de vêtements pour enfants, qui a, plus tard, ouvert à trois endroits différents. En 1979, la famille a déménagé à Vancouver, où Waisman a travaillé dans le domaine de l’hôtellerie. À Saskatoon et à Vancouver, il a été actif dans la direction de la communauté juive. C’est l’ancien président de la Vancouver Holocaust Education Centre et est encore actif dans plusieurs de ses comités.

Waisman a commencé à parler avec les groupes autochtones canadiens après avoir été invité à le faire du Congrès juif canadien (CJC), suite à des remarques antisémites de l’ancien chef national des Premières Nations David Ahenakew à un journaliste en 2002. Ahenakew aurait été enregistré alors qu’il qualifiait les Juifs de « maladie » et en train de louer Hitler pour avoir exterminé six millions d’entre eux. Il a été reconnu coupable et a ensuite relaxé du chef d’accusation de discours de haine.

« Le CJC a emmené un groupe de chefs en Israël après qu’Ahenakew a fait ses remarques. Ils sont allés à Yad Vashem, et quand ils sont rentrés chez eux, ils ont demandé s’il y avait des Juifs au Canada qu’ils pourraient rencontrer, de sorte que le CJC m’a envoyé aux Territoires du Nord pour parler à un groupe de chefs », s’est remémoré Waisman.

Jusqu’à ce que l’enseignant négationiste d’Alberta, James Keegstra, a été jugé pour incitation à la haine contre les juifs en 1984, Waisman avait dit très peu à sa propre famille à propos de ses expériences de guerre.

« Quand j’ai fait ma demande à ma femme, mes beaux-parents ont voulu en savoir plus sur moi, je leur ai dit : ‘je suis un survivant de l’Holocauste’. J’ai prévenu ma femme que je pourrais avoir des cauchemars et une fois que j’ai grondé mon fils car il n’avait pas mangé tout son steak dans son assiette, en disant que j’aurais tout donné pour un steak quand j’étais dans les camps. Mais c’est tout », a-t-il dit.

Allongé dans son lit une nuit quand le procès de Keegstra faisait la Une, Waisman s’est tout à coup rappelé une voix, depuis longtemps oublié, qu’il avait entendue alors qu’il essayait de s’endormir dans les camps.

« Petit, si tu survis, raconte au monde ce qui nous est arrivé », lui a répété la voix continuellement.

« Je vous le promets », lui avait répondu Waisman.

Robbie Waisman (à gauche) avec  un autre enfant survivant de Buchenwald, Elie Wiesel. (Crédit : Autorisation)
Robbie Waisman (à gauche) avec un autre enfant survivant de Buchenwald, Elie Wiesel. (Crédit : Autorisation)

Ceci est seulement l’une des anecdotes que Waisman partagent avec ceux qui sont prêts à l’écouter, y compris des nombreux groupes des survivants des pensionnats qui trouvent l’inspiration en entendant comment lui et les autres enfants rescapés de Buchenwald ont continué à avoir une vie heureuse et productive.

Eux aussi, lui racontent ses propres histoires, qu’il écoute avidement.

« Les gens ont besoin de voir que d’autres veulent écouter, qu’ils s’en soucient. Quand ils savent que les gens ont de la compassion pour eux, ils acquièrent la force de changer leurs habitudes. Les Juifs peuvent aider dans le processus de réconciliation nationale en écoutant et en montrant qu’ils se soucient. Ils peuvent vraiment faire la différence », a déclaré Waisman.

Il a raconté comment pendant l’une de ses visites dans les communautés des Premières Nations bien loin, ils lui ont montré un mémorial à Fort Providence, à quelque 300 kilomètres au nord de Yellowknife, dans les Territoires du Nord, sur lequel des centaines de noms étaient inscrits. Ce sont les noms des enfants qui ont été placés dans des pensionnats et qui ne sont jamais revenus. Personne ne savait exactement ce qui leur était arrivé, ni exactement où ils ont été enterrés.

« Cela a été fait par des personnes avec une haute considération morale », a déclaré Waisman avec regret à propos de l’enlèvement de plus de 150 000 enfants de leur foyer.

« J’aime le Canada. Je tiens en haute estime ce pays qui m’a permis de redémarrer ma vie mais je suis attristé de penser que cela a été fait », a-t-il ajouté.

Waisman espère que les conclusions et les recommandations du TRC seront une impulsion pour briser le mur du silence et de l’indifférence. Il espère que les jeunes Canadiens en apprendront davantage sur ce qui se passait dans leur pays et apprendront à toujours respecter les droits de l’Homme et la diversité.

« Cela ne suffit pas de simplement témoigner. Nous devons faire preuve de compassion et éduquer les générations à venir », a déclaré Waisman.

Un reportage sur le rapport final du TRC et la voie à suivre :

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...