Un système individuel de points pour réduire les émissions de carbone
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Un système individuel de points pour réduire les émissions de carbone

Un groupe de chercheurs, dont un Israélien, suggère d'enrôler les particuliers – responsables de 40% des émissions de carbone – dans la lutte contre la crise climatique

Illustration : une hôtesse de l'air d'Austrian Airlines dirige un passager vers son siège. (Austrian Airlines, CC BY-SA 2.0, Wikimedia Commons)
Illustration : une hôtesse de l'air d'Austrian Airlines dirige un passager vers son siège. (Austrian Airlines, CC BY-SA 2.0, Wikimedia Commons)

Les quotas personnels de carbone échangeables pourraient réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre et aider les pays à atteindre leurs objectifs zéro carbone, selon une étude publiée lundi dans Nature Sustainability.

Chaque citoyen adulte recevrait un « budget » standard d’émissions de carbone, qui diminuerait au fil du temps conformément aux objectifs nationaux.

Selon un modèle hypothétique, des crédits seraient déduits pour les trajets en voiture privée et en avion, ainsi que pour la consommation de chauffage, d’eau chaude et d’électricité.

Chaque utilisation serait enregistrée lors des pleins d’essence ou des paiements de facture à un service public.

Les outils pour aider les particuliers à surveiller leurs émissions de carbone pourraient inclure des applications en ligne, des écrans LED sur les appareils électriques indiquant le nombre d’unités de carbone émises, ainsi que le suivi des choix comportementaux combinés à des recommandations contre le gaspillage de carbone, recueilli via l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique.

Tout comme les entreprises négocient déjà des crédits d’émissions de carbone – aujourd’hui, les dirigeants politiques se concentrent sur les producteurs de carbone plutôt que sur les utilisateurs – les particuliers qui auront utilisé leurs points pourront en acheter davantage auprès de ceux qui auront des points à revendre.

Un plein d’essence. (Crédit : Koonsiri Boonnak, iStock sur Getty Images)

Un modèle plus ambitieux intégrerait les émissions de carbone liées à la production et au transport des biens achetés pour la maison, bien que les chercheurs considèrent que la société n’est pas encore prête pour cela.

Dans les pays riches et développés, environ 40 % des émissions de carbone sont causées par les particuliers, explique le groupe de recherche international, grâce à des calculs effectués il y a des années au Royaume-Uni.

D’autres ont obtenu des estimations différentes. Il y a deux ans, par exemple, un autre groupe de chercheurs a publié dans Energy Research & Social Science son postulat que les particuliers étaient responsables de 72 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

« Cela dépend de ce que vous incluez », a déclaré au Times of Israel le professeur Yael Parag, vice-doyenne de la School of Sustainability du Interdisciplinary Center de Herzliya, et co-auteure de l’étude publiée lundi.

Elle a souligné qu’il n’y avait pas de facture d’émissions de carbone « typique » pour les particuliers car il fallait prendre en compte de nombreux facteurs – par exemple, le mélange de combustibles utilisés pour produire de l’électricité.

Le mois dernier, le Steinhardt Museum of Natural History de l’université de Tel Aviv a inauguré une nouvelle exposition sur le dérèglement climatique, qui présente une calculatrice spécialement conçue pour évaluer son empreinte carbone.

Pièce d’une nouvelle exposition sur le dérèglement climatique au musée d’histoire naturelle Steinhardt de l’université de Tel Aviv. (Crédit : Dor Kedmi)

« Le développement d’une transition juste et équitable vers une société zéro-émission est vital pour éviter les pires effets du dérèglement climatique », selon l’étude publiée lundi.

« Cependant, en mai 2021, Climate Action Tracker a estimé que les politiques climatiques actuellement mises en œuvre dans le monde, en tenant compte de l’effet de la pandémie, entraîneront une augmentation de la température de 2,9 °C d’ici la fin du siècle.

« Ainsi, bien que de nombreux pays se soient engagés à atteindre zéro-émission d’ici 2050, les politiques et les engagements mis en œuvre sont insuffisants pour concrétiser l’ambition de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C. »

Selon les chercheurs, une incitation directe telle que l’allocation carbone personnelle (ACP) pourrait influencer les comportements individuels en augmentant la visibilité du carbone, en sensibilisant les gens au carbone qu’ils utilisent dans leur vie quotidienne, et en les encourageant à budgétiser leur utilisation.

Les allocations carbone personnelles ont été proposées pour la première fois en tant qu’outil climatique dans les années 1990 et ont été discutées par les dirigeants politiques en Angleterre entre 2008 et 2010. Après une étude préparatoire, cependant, l’idée a été rejetée au motif que la société n’était pas encore prête et qu’il serait trop coûteux et technologiquement trop complexe de les mettre en œuvre.

Prof. Yael Parag, vice-doyenne de la School of Sustainability du Interdisciplinary Center de Herzliya. (Crédit : Eldad Refaeli)

Mais selon Parag, les récentes avancées technologiques dans les domaines tels que la numérisation, les smart homes et l’intelligence artificielle ont facilité le suivi plus précis des émissions de carbone. La combinaison de cela avec une plus grande sensibilisation du public au dérèglement climatique et à la nécessité d’une relance économique durable, donc à faible émission de carbone, après la pandémie de COVID-19, donne l’opportunité d’envisager à nouveau les allocations carbone personnelles.

Les scientifiques ont souligné que les allocations carbone personnelles ne visaient en aucun cas à transférer la responsabilité des réductions d’émissions du gouvernement et des producteurs d’énergie aux particuliers, mais à « associer les particuliers à l’effort national ».

Ils ont proposé de mener des projets pilotes dans des pays technologiquement avancés qui examineraient des aspects tels que la confidentialité des informations et l’équité socio-économique.

Les autres auteurs de l’étude sont le professeur Francesco Poso Narini, directeur du Center for Climate Research au Royal Swedish Institute of Technology KTH et membre du European Institute of Economics and Environment en Italie, le professeur Tina Post de l’Institute for Environmental Change Research à l’Université d’Oxford et le professeur Paul Akins de l’Institute for Sustainability Resources de l’University College London (UCL).

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