Une analyse scientifique révèle les secrets d’un vieux parchemin juif de Pourim
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Une analyse scientifique révèle les secrets d’un vieux parchemin juif de Pourim

Des chercheurs roumains ont utilisé une batterie de techniques non invasives pour mieux comprendre la réalisation d'un document très détérioré contenant le début du Livre d'Esther

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Illustration : Sur cette photo du 11 mars 2017, un homme lit Le Livre d'Esther. (AP Photo/Vadim Ghirda)
Illustration : Sur cette photo du 11 mars 2017, un homme lit Le Livre d'Esther. (AP Photo/Vadim Ghirda)

Des chercheurs roumains ont utilisé des outils d’analyse très modernes pour tenter de comprendre comment un très vieux document manuscrit juif avait été produit.

L’exploration non invasive du « manuscrit juif gravement dégradé dont l’histoire est inconnue » a permis d’identifier de manière exhaustive les matériaux utilisés pour produire le parchemin ainsi que des informations vitales sur son état de conservation.

Dans le cadre de leurs recherches, les scientifiques ont mis au point une méthode de reconstitution des lettres qui, espèrent-ils, pourra être appliquée à d’autres manuscrits de même nature, et contribuer ainsi à leur préservation.

Maria Cortea, Luminiţa Ghervase, Lucian Ratoiu et Roxana Rădvan de l’Institut national de recherche et de développement pour l’optoélectronique – INOE 2000, Măgurele, Roumanie ont publié jeudi les résultats de leurs travaux sur le site Internet Frontiers.

« Un rouleau de parchemin juif provenant d’une collection privée a fait l’objet d’une enquête utilisant une approche multi-technique », ont-ils écrit. « Le parchemin, fortement dégradé, contient des chapitres du Livre d’Esther, également connu en hébreu sous le nom de Megillat Esther. »

Le parchemin, qui mesure 62×52 centimètres, a la forme d’un rouleau et contient les trois premiers chapitres du livre d’Esther et le début du quatrième chapitre.

En ce qui concerne son histoire, « on ne sait pas grand-chose, si ce n’est le fait que le parchemin était destiné à un usage liturgique », écrivent-ils, sans dater l’artefact.

Le délicat parchemin a été soumis à une imagerie multi et hyperspectrale, à la spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier (FTIR) et à la spectroscopie de fluorescence X (XRF) pour découvrir le plus possible de sa fabrication.

La lumière infrarouge a révélé que deux types d’encre avaient été utilisés : d’abord l’encre métallo-gallique et, plus tard, l’encre à base de carbone, qui a été appliquée pour apporter des corrections ou des ajouts ultérieurs, « très probablement en raison de la dégradation et de la décoloration des écritures initiales ».

« Conformément aux anciennes techniques juives de préparation du parchemin, l’utilisation de sulfate de calcium, de tanins végétaux et d’huiles a également été déduite des spectres infrarouges enregistrés », ont constaté les chercheurs.

Une analyse plus approfondie de l’encre, utilisant une technique connue sous le nom de fluorescence aux rayons X, a révélé qu’en plus du fer, les auteurs ont utilisé du soufre, du potassium, du magnésium et du zinc dans la mixture pour préparer l’encre. Elle a également mis en lumière la méthode utilisée pour préparer la peau, révélant qu’“un processus de blanchiment avec du blanc de zinc cuit aurait pu être appliqué”.

« Les tanins et les huiles végétales pouvaient également être déduits des spectres infrarouges enregistrés, conformément aux anciennes techniques juives de préparation des parchemins », ont écrit les chercheurs.

Les données recueillies lors de la recherche permettent de fournir un contexte historique pour le manuscrit non daté, ainsi que des informations pouvant être utilisées pour une meilleure restauration et une stratégie de conservation à long terme « de cet objet gravement endommagé ».

L’équipe a également développé un algorithme spécial qui a donné des « résultats prometteurs » en les guidant vers la reconstruction du lettrage effacé.

La méthode fournit « un outil potentiellement précieux pour l’étude des manuscrits sur parchemin dont le texte est difficilement visible ou partiellement perdu en raison d’une dégradation importante », ont écrit les chercheurs.

Le Livre d’Esther, qui raconte l’histoire de la délivrance des Juifs pendant l’Empire perse achéménide vers le Ve siècle avant notre ère, est traditionnellement lu à partir d’un parchemin manuscrit dans le cadre de la fête de Pourim. En 2021, cette fête d’un jour commence le 25 février dans la plupart des endroits, et un jour plus tard à Jérusalem.

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