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Une association US d’aide aux familles juives interconfessionnelles réduit ses effectifs

18Doors est passé de 15 à quatre employés ; nombre d"associations à but non lucratif souffrent depuis le 7-Octobre d'une baisse des dons et des financements - les gens se concentrant plus sur Israël et l'antisémitisme

Illustration : une famille interconfessionnelle décore le sapin de Noël. (Crédit : Pat Greenhouse/The Boston Globe via Getty Images/ via JTA)
Illustration : une famille interconfessionnelle décore le sapin de Noël. (Crédit : Pat Greenhouse/The Boston Globe via Getty Images/ via JTA)

JTA — Une association nationale à but non lucratif œuvrant en faveur des familles juives interconfessionnelles a dû réduire considérablement ses effectifs, suite à un déficit budgétaire imprévu.

Le 31 mars, l’association 18Doors a annoncé avoir « drastiquement » réduit ses effectifs, dans un contexte de restrictions budgétaires. Dans les faits, près des deux tiers du personnel avaient déjà été licenciés la semaine précédant cette annonce, ainsi que l’a déclaré Laurie Beijen, membre du conseil d’administration, à la Jewish Telegraphic Agency.

Selon une version archivée de son site web, cette organisation à but non lucratif employait 15 personnes en août dernier. Cette semaine, elle ne comptait plus que quatre employés, presque tous des cadres supérieurs.

Le PDG Mike Wise a démissionné. 18Doors est dorénavant dirigé conjointement par Ellen Frank, directrice des opérations, et Adam Pollack, directeur des programmes, a indiqué l’organisation.

Parmi ceux qui ont quitté 18Doors figurent des employés chargés de la collecte de fonds, de la création de contenu numérique sur l’inclusion interconfessionnelle, et de la gestion d’un service de mise en relation entre les familles interconfessionnelles et le clergé. Ce service, qui, selon l’organisation, venait en aide à 2 000 familles par an, reste opérationnel, mais « dans une moindre mesure », a déploré Beijen.

La situation budgétaire est complexe et a pris tout le monde au dépourvu, a-t-elle ajouté, soulignant en particulier les difficultés rencontrées ces dernières années par des organisations à but non lucratif telles que 18Doors, alors que les fondations et les donateurs réorientaient leurs priorités vers Israël et la lutte contre l’antisémitisme.

« Nous avons été pris au dépourvu par l’ampleur des difficultés financières auxquelles nous avons été confrontés », a reconnu Beijen. « Cette situation trouve son origine dans une multitude de causes à court, moyen et long terme. Nous nous sommes retrouvés pris dans la tourmente. »

Jodi Bromberg a quitté son poste de PDG en 2024 après avoir dirigé l’organisation pendant une dizaine d’années, notamment lors du changement de nom, en 2020, de l’organisation, qui s’appelait auparavant InterfaithFamily. Pour lui trouver un remplaçant, l’organisation a fait appel à un cabinet de recrutement et, pour l’aider à définir un plan stratégique, à un cabinet de conseil. L’organisation était « sur le point » d’annoncer ce plan avant que la situation ne se détériore brutalement, a raconté Beijen.

Le retard dans le versement d’un don annuel a également bouleversé la planification budgétaire, a indiqué Beijen. Un décalage de quelques mois seulement, qui a suffi à plonger l’organisation dans une situation de crise financière. 18Doors n’a pas souhaité révéler l’identité du donateur ni le montant du don.

Ces dernières années, l’association à but non lucratif a collecté entre 2 et 3 millions de dollars par an, qu’elle a intégralement dépensés – ou même dépassés -, si l’on en croit les documents qu’elle a déposés auprès de l’IRS. Parmi ses principaux donateurs figuraient la Marcus Foundation et la Combined Jewish Philanthropies (CJP), la fédération juive de Boston, où 18Doors est basée. La Marcus Foundation et la CJP n’ont pas souhaité répondre à nos demandes de commentaires.

Dans un communiqué envoyé par e-mail à sa communauté et publié sur les réseaux sociaux la semaine dernière, 18Doors a annoncé : « Le conseil d’administration a désormais obtenu le soutien financier nécessaire pour stabiliser l’organisation à court terme. »

Photo d’illustration : Josh Shapiro, gouverneur de Pennsylvanie, prend la parole lors d’un rassemblement de solidarité avec Israël à Wynnewood, en Pennsylvanie, le 9 octobre 2023. (Crédit : Cabinet du gouverneur de Pennsylvanie via JTA)

Les activités philanthropiques juives ont évolué depuis le pogrom perpétré par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023. De nombreux donateurs ont en effet choisi de concentrer leurs dons sur des causes pro-israéliennes et liées à la lutte contre l’antisémitisme.

En décembre, l’association à but non lucratif OneTable, qui organise des dîners de shabbat, s’est vue contrainte de se séparer d’un quart de son personnel, invoquant les priorités de financement de ses donateurs. L’organisation a depuis décidé de modifier son programme et d’y inclure davantage de contenu consacré à Israël.

Lors de la récente conférence internationale du Jewish Funders Network, les intervenants, les donateurs et les responsables du secteur philanthropique ont insisté sur l’importance des dons en faveur d’Israël et des questions liées à l’antisémitisme, ainsi qu’en témoignent les vidéos et les comptes-rendus de l’événement.

Des militants et des éducateurs issus d’autres domaines affirment que, si Israël et l’antisémitisme sont des enjeux importants, d’autres causes sont toutefois laissées pour compte.

Fondée en 2001, l’association 18Doors s’est donné pour mission d’encourager les familles issues de mariages mixtes à s’engager dans la vie juive, tout en incitant les communautés juives et le clergé à s’ouvrir davantage et à favoriser l’inclusion.

La vision prônée par 18Doors en matière d’inclusion des familles interconfessionnelles a gagné en réalité au cours des décennies qui ont suivi son lancement. En 2001, une enquête du Pew Research Center a révélé que la moitié des Juifs s’étant mariés au cours des dix années précédentes avaient épousé des non-Juifs. Vingt ans plus tard, en 2021, l’enquête a montré que le nombre de ces mariages au cours de la précédente décennie était passé à 61 %. La majeure partie des enfants de ces couples sont élevés dans la religion juive, selon l’enquête. Ils participent couramment à la vie de la synagogue et aux activités des institutions juives.

La fréquence croissante des mariages interconfessionnels aux États-Unis incite des associations telles que 18Doors à plaider en faveur d’une plus grande ouverture de la part des communautés juives et du clergé. (Autorisation : Ashley Novack/JTA)

Récemment, deux importants séminaires ont ouvert leurs portes à des étudiants engagés dans des relations avec des personnes non juives, arguant qu’ils souhaitaient ordonner des rabbins en phase avec les communautés dont ils s’occupent. En décembre, tout en continuant d’interdire les mariages mixtes célébrés par leurs rabbins, les dirigeants du mouvement massorti ont présenté des excuses officielles pour avoir, pendant des décennies, discrédité les mariages entre Juifs et non-Juifs, et se sont engagés en faveur de nouvelles mesures d’intégration au sein des synagogues massortim.

Mais pour les défenseurs des familles interconfessionnelles, il reste encore beaucoup à faire.

« Il est faux de croire qu’il suffit d’être chaleureux et accueillant. Il y a encore beaucoup à apprendre, et autant à faire », souligne Keren McGinity, éducatrice et chercheuse spécialisée dans les relations interconfessionnelles. « 18Doors joue un rôle important, en ce qu’elle participe activement au travail à accomplir, en particulier la formation du clergé. »

Keren McGinity a elle-même connu un licenciement dans le domaine de la promotion de l’inclusion interconfessionnelle. Elle était en effet spécialiste des questions interconfessionnelles à la United Synagogue of Conservative Judaism avant que son poste ne soit supprimé, l’année dernière.

Si elle se dit optimiste sur le caractère temporaire des difficultés financières de 18Doors, elle estime néanmoins que le secteur caritatif juif doit évoluer.

« Ce qui m’inquiète, c’est le peu de moyens financiers affectés aux couples et aux familles interconfessionnels », confie McGinity.

Si aucune autre institution n’a l’envergure nationale de 18Doors, d’autres organisations s’occupent néanmoins de certains aspects de la vie familiale interconfessionnelle. Parmi elles, PJ Library, un programme d’alphabétisation juive destiné aux enfants, Embark at Mem Global, un programme conçu pour les couples interconfessionnels et d’origines mixtes âgés de 20 à 39 ans, ou encore Honeymoon Israel, qui propose des voyages en Israël à de « jeunes couples issus de tous horizons ».

Beijen a assuré que 18Doors entendait préserver son programme phare de formation du clergé sur 18 mois, le Rukin Rabbinic Fellowship, qui forme les guides spirituels qui accompagnent les familles interconfessionnelles.

Bromberg, l’ancienne PDG du groupe, explique que 18Doors vient en aide à des familles comme la sienne : sa femme est catholique et elles ont des enfants ensemble. Aujourd’hui consultante auprès d’autres organisations à but non lucratif, elle déclare que les réductions budgétaires imposées à 18Doors représentent à la fois une perte considérable et un problème urgent.

« Il s’agit de collaborateurs de longue date. C’est la communauté juive dans son ensemble qui sera privée du savoir institutionnel et des relations qu’elle entretenait grâce à 18Doors, à cause du licenciement de ces personnes », ajoute-t-elle.

« Pour les familles comme la mienne, la question qui se pose est la suivante : les familles mixtes et interconfessionnelles sont-elles une priorité dans la vie juive ? », s’interroge Bromberg.

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