Une ‘boule de feu roulante’ a brûlé Rama’s Kitchen, sur les monts pastoraux de Judée
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Une ‘boule de feu roulante’ a brûlé Rama’s Kitchen, sur les monts pastoraux de Judée

‘Les vents sont tellement forts et ils n’arrêtent pas de souffler’, raconte Rama Ben Zvi, évoquant les bourrasques sèches et le feu qui ont englouti son restaurant bien-aimé en seulement 10 minutes

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Rama Ben Zvi devant les restes carbonisés de son restaurant campagnard célèbre, le Rama's Kitchen, dans le village de Nataf, le 27 septembre 2016. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Rama Ben Zvi devant les restes carbonisés de son restaurant campagnard célèbre, le Rama's Kitchen, dans le village de Nataf, le 27 septembre 2016. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

NATAF, Monts de Judée — L’odeur de bois brûlé et de cendres imprègne l’atmosphère au sommet de la colline de Nataf, un village pastoral de Judée qui a été partiellement englouti par les flammes dans l’après-midi de vendredi.

IL a suffi d’une heure pour qu’une “boule de feu roulante” se déplace à travers les monts, explique Rama Ben Zvi, propriétaire du Rama’s Kitchen, un célèbre restaurant de style campagnard connu pour ses menus saisonniers changeants, ses plats aux saveurs d’herbes aromatiques et qui surplombe le paysage pastoral des monts de Judée.

“C’est tellement simple”, dit Ben Zvi en secouant la tête, une paire de lunettes de lecture à montures oranges remontée sur ses cheveux gris. “Un homme a jeté la bouteille de l’autre côté de la barrière et, une heure après, tout avait brûlé ».

S’exprimant dimanche, Ben Zvi explique que le feu a été allumé par un jeune Palestinien qui a lancé un cocktail Molotov, même si cette information n’a pas encore été confirmée.

Nataf surplombe un regroupement de villages Palestiniens de Cisjordanie, situés à une distance qui ne fait pas plus de cinq kilomètres.

Le restaurant accueillait une fête de mariage lorsque l’incendie a débuté. C’était le dernier d’une série de feux qui ravageaient le pays depuis plusieurs jours.

Le village, qui avait déjà été évacué à plusieurs reprises, avait créé un groupe sur WhatsApp afin de coordonner les informations et les détails portant sur les éventuelles évacuations futures des habitants.

Le premier feu était survenu le mercredi, raconte Ben Zvi, alors que des ouvriers arabes préparaient un café sous les arbres et que l’appareil qu’ils utilisaient avait par inadvertance causé un feu de broussailles qui s’était rapidement propagé, brûlant une habitation.

Rama’s Kitchen (Crédit : Rama’s Kitchen)
Rama’s Kitchen (Crédit : Rama’s Kitchen)

A ce moment-là, la communauté avait eu l’ordre d’évacuer, mais Ben Zvi avait jugé ce commandement prématuré et était restée chez elle, calfeutrée dans sa salle de bains.

Elle avait annulé la réservation d’un groupe de journalistes étrangers qui devait venir à Rama’s Kitchen dans le cadre du festival Open Restaurants, à Jérusalem et dans ses environs. Jeudi, elle a malgré tout accueilli un autre groupe dans le cadre du même événement.

Vendredi, elle rencontrait son chef lorsque les responsables des pompiers locaux lui ont dit de fermer à nouveau son établissement en raison d’un incendie à proximité, et de partir. Les invités du mariage, qui venaient juste de finir leur dessert, se sont dispersés mais Ben Zvi n’avait pas prévu pour sa part de quitter le lieu.

Il y avait des avions bombardiers d’eau dans le ciel et elle a pensé qu’ils gardaient le contrôle face aux flammes.

“L’incendie était au moins à cinq kilomètres”, dit-elle, désignant les collines qui s’étendent au-delà des tables carbonisées et des armatures des chaises en métal qui ont échappé au désastre.

Rama a été la seule à ne pas mesurer la gravité des brasiers alentours.

L’une de ses filles lui avait demandé de se saisir des objets de valeur de l’habitation et, sous la contrainte seulement, elle s’est emparée des photos de famille et d’un livre qui lui était cher.

Un responsable local de la lutte anti-incendie, qui est aussi pour elle un ami et un voisin, l’a averti du sérieux de la situation et lui a dit : « Rama, sors de là », se souvient-elle.

« J’ai dit que je n’irai nulle part. Il a insisté, il m’a poussée dans la voiture en sachant que j’entrerai par une porte et que je sortirai par l’autre. Et il est resté là, à s’assurer que j’entrerai bien dans la voiture”.

C’est seulement lorsque Ben Zvi a atteint le bout de la route sale partant du restaurant qu’elle s’est retournée et a vu les flammes, réalisant d’un seul coup combien son chauffeur avait eu raison.

C'est tout ce qu'il reste du restaurant Rama’s Kitchen, le 27 novembre 2016. Le feu qui dévasté l'endroit a tout brûlé en l'espace de dix minutes seulement (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
C’est tout ce qu’il reste du restaurant Rama’s Kitchen, le 27 novembre 2016. Le feu qui dévasté l’endroit a tout brûlé en l’espace de dix minutes seulement (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

“Les vents sont tellement forts, les vents de l’est, et ils ne cessent pas de souffler”, explique-t-elle.

« Le feu a alors changé de direction et il a commencé à s’approcher du restaurant. J’ai vu une langue de feu venir lécher le restaurant et là, j’ai compris que c’était la fin pour Rama’s Kitchen.”

Le restaurant a brûlé en 10 minutes seulement.

“Avec le vent, vous savez, le feu se déplace tellement vite, à 50 kilomètres/heure », s’exclame-t-elle. « Ce n’est pas qu’il a tout brûlé. Vous pouvez voir des îlots de verdure que le feu n’a pas touchés. Il a sauté et sauté et sauté encore. Il y a un arbre dans le restaurant, et les flammes ont touché l’arbre et le restaurant est en bois sec. »

Certains employés palestiniens du restaurant et plusieurs voisins ont, d’une manière ou d’une autre, sauvé l’habitation de Ben Zvi, dit-elle, désignant la maison située à quelques mètres du restaurant.

“Ils ont sauvé la maison de Rama », explique-t-elle. « Je ne sais pas ce qu’ils ont fait mais le feu n’a pas touché la maison. Les arbres à côté de la maison ont brûlé mais la maison n’a pas été touchée ».

L’époux de Ben Zvi était absent lorsque la tragédie est survenue – il se rendait en Suisse. Il a rapidement fait demi-tour et il est revenu.

Entre-temps, Ben Zvi et ses filles, ainsi que leurs voisins de Nataf, ont passé la nuit de vendredi au sein de la communauté voisine de Yad Shmona, où une chambre parmi les chambres à louer du village leur a été adjugée à chacun. D’autres habitants leur ont amené des vêtements, des brosses à dent et à dîner.

“Les vagues de soutien et les accolades nous ont aidé”, raconte Ben Zvi. « Les femmes faisaient du porte à porte et vraiment, le système de soutien est incroyable ».

Le devant de Rama’s Kitchen, où un tuyau rouge partage l'espace avec un figuier, qui sera remis le printemps prochain, dit Rama Ben Zvi (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Le devant de Rama’s Kitchen, où un tuyau rouge partage l’espace avec un figuier, qui sera remis le printemps prochain, dit Rama Ben Zvi (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Lorsqu’elle est revenue à Nataf dans la matinée de dimanche, elle n’a retrouvé que peu de choses sur le site du restaurant, hormis le four de brique qui servait à faire cuire le pain.

Tout le reste a été calciné, et ce qui n’a pas été brûlé a été recouvert d’une fine couche de poudre blanche ou rougeâtre – les traces des substances utilisées par les soldats du feu.

Le magasin de jardinage voisin, dont Ben Zvi est copropriétaire, n’a été que partiellement brûlé. Là-bas, les rangées d’herbe sont couvertes d’une couche fine de blanc sortie du tuyau des pompiers.

Certaines plantes ont été épargnées, les fleurs rouges de plantes aromatiques sont encore brillantes et pointues, les plantes araignées rayées, vertes et blanches, drapent encore les cache-pots à proximité.

“Nous replanterons”, affirme l’une des propriétaires, sa longue tresse grisonnante pendant sur son épaule. “Vous voyez ? Certaines plantes sont encore en vie. C’est un signe”.

C’est dimanche après-midi à Nataf, et Ben Zvi a passé la majorité de sa journée à démarcher les agents et les experts. Ces derniers tentent de rapidement constituer le dossier du restaurant.

Il y a des détails plus vulgaires à gérer également, comme trouver un nouveau chargeur de téléphone et les conversations avec les nombreux voisins et étrangers qui viennent offrir leur aide ou proposer à manger.

Elle a reçu une visite du président Reuven Rivlin au début de la journée, et explique qu’elle était en train de se préparer pour cette rencontre lorsque l’on lui a dit : “Il y a Bibi au téléphone”.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a téléphoné pour présenter ses condoléances et rassurer Ben Zvi sur la rapidité des indemnisations dans la mesure où il s’agit d’un attentat terroriste, dit-elle.

“Vous savez, je ne suis tellement pas ce genre de personne”, s’exclame-t-elle. « Mais Bibi m’a dit que les choses iraient très vite. Ils disent que les choses iront très vite de manière à ce que tout le monde puisse retrouver très vite son quotidien ».

Cela fait 25 ans que Ben Zvi et son époux se sont installés à Nataf, et cela fait 21 ans qu’ils ont ouvert le Rama’s Kitchen.

“Je suis forte mais je n’ai pas encore eu un moment à moi”, dit-elle. « Je n’ai aucune idée sur rien maintenant ».

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