Une curieuse alliance est née au musée de Tel Aviv : tiendra-t-elle ?
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Une curieuse alliance est née au musée de Tel Aviv : tiendra-t-elle ?

Gantz aurait été plus à l'aise au siège de l'armée israélienne, mais il agi avec sagesse avant la manifestation anti-Netanyahu et pro-démocratie de samedi, promettant davantage

Des Israéliens prennent part à une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sous le slogan "Halte à la loi sur l'immunité - Bouclier défensif de la démocratie" à Tel Aviv, le 25 mai 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Des Israéliens prennent part à une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sous le slogan "Halte à la loi sur l'immunité - Bouclier défensif de la démocratie" à Tel Aviv, le 25 mai 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Pour la toute première fois dans l’histoire de la politique israélienne, une opposition s’est établie avant même que le nouveau gouvernement ne prête serment.

Israël a évidemment connu des manifestations plus importantes que le rassemblement massif qui a été organisé samedi soir aux abords du musée de Tel Aviv. Mais les historiens spécialisés dans les mouvements de protestation sociale au sein de l’Etat juif auront des difficultés à se souvenir d’une manifestation si vaste, organisée si peu de temps après les résultats d’un scrutin aux résultats si serrés.

Le parti Kakhol lavan est sorti, samedi soir, pour tenir la toute première promesse qu’il avait faite au lendemain des résultats électoraux, le 10 avril. Il a pris la tête d’une opposition plutôt curieuse qui s’étend à tout le spectre politique, depuis Ayman Odeh (Hadash-Taal), en passant par Tamar Zandberg (Meretz) et Avi Gabbay (Parti travailliste), jusqu’à Yoaz Hendel et Moshe Yaalon (Kakhol lavan).

Le leader de la formation Kakhol lavan, Benny Gantz, ancien chef d’Etat-major, se serait probablement senti beaucoup plus à l’aise au siège du ministère de la Défense que dans la rue. Il lui a fallu un certain temps pour revêtir son nouveau costume de chef de l’opposition – qui n’est pas vraiment taillé sur ses caractéristiques – mais il semble finalement apprendre assez vite son nouveau rôle. Il a, par exemple, agi avec sagesse lorsqu’il a imploré Odeh, dans l’après-midi de samedi, de rejoindre les rangs des autres intervenants lors du rassemblement.

Le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz lors d’une manifestation aux abords du musée de Tel Aviv consacrée aux initiatives prises par le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour prôner une loi qui lui permettrait d’échapper aux poursuites intentées à son encontre dans trois dossiers, le 25 mai 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Il était quelque peu étrange de voir Odeh s’exprimer depuis une tribune surplombée par une immense bannière affichant le slogan de cette nouvelle campagne, à la formulation qui n’était pas sans rappeler le vocabulaire utilisé habituellement par les responsables militaires : « Bouclier défensif de la démocratie ».

Odeh, pour sa part, n’a pas eu besoin d’utiliser de telles métaphores et a simplement dit : « Je suis ici aujourd’hui parce que je crois que le partenariat entre Juifs et Arabes est le seul moyen de promulguer l’espoir et le changement dans le pays et dans l’Etat. Je crois fermement que nous, citoyens arabes, nous ne pourrons pas le faire seuls mais que sans nous, c’est également impossible ».

Des milliers de personnes ont applaudi. Un grand nombre des participants à ce rassemblement portaient des tarbouches, des chapeaux turcs, faisant écho au président Recep Tayyip Erdogan et à ses dérives dictatoriales affirmées. Ce couvre-chef – et ses connotations turques – devrait visiblement devenir le symbole de ce nouveau mouvement de protestation.

Le dirigeant de Hadash-Taal Ayman Odeh s’exprime lors d’une manifestation contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahuaux abords du musée de Tel Aviv, le 25 mai 2019 (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90 )

« Nous ne laisserons pas l’Etat d’Israël devenir la propriété privée d’une famille royale ou d’un sultanat », a juré Gantz.

« Nous ne vous laisserons pas devenir Erdogan. Nous n’aurons pas ici un dictateur turc », a renchéri le numéro deux de sa formation Yair Lapid.

« Au lieu d’une démocratie libérale, en quête de paix et de droits, nous aurons une dictature religieuse, messianique, erdoganienne qui… bafoue tous nos droits », a déploré Zandberg, du Meretz.

Cet étrange cocktail d’opposition – constitué d’un parti centriste et sécuritaire doté d’excellentes compétences en termes d’organisation et qui voue une affection particulière aux slogans militaires ; de deux petits partis de gauche souffrant de crises de leadership et d’un parti arabe non-convaincu de la manière dont il doit agir dans ces circonstances – aura-t-il la capacité de prendre la tête d’un mouvement populaire de protestation qui saura s’attirer des soutiens allant au-delà du triangle formé par le boulevard Rothschild, le musée de Tel Aviv et la place Rabin ? Difficile à dire.

Les Israéliens participent à une manifestation anti-corruption organisée par les partis d’opposition aux abords du musée de Tel Aviv, le 25 mai 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Mais avant que la foule n’attire l’attention sur elle-même en entonnant la « Hatikva », Gantz a repris le micro et promis que cette manifestation n’était qu’une première étape dans la campagne de réveil de l’opposition.

Quittant le rassemblement, ce journaliste n’a pas aperçu le genre de pancartes imprudentes aux slogans mal conçus dont doit généralement s’excuser l’organisateur dès le matin suivant. Il est probable que le Premier ministre, dans sa résidence de la rue Balfour à Jérusalem, se penchera sur ces images et en sortira quelque chose.

Cet article est paru à l’origine sur le site en hébreu du Times of Israel, Zman.

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