Une dénonciation de complot anti-Netanyahu retarde la promotion d’une procureure
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Une dénonciation de complot anti-Netanyahu retarde la promotion d’une procureure

Liat Ben-Ari, la procureure de district chargée d'enquêter sur les soupçons de corruption visant le Premier ministre, devait être promue procureure d'État lundi

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, dirige la réunion hebdomadaire du cabinet du Premier ministre à Jérusalem, aux côtés du secrétaire du cabinet, Tzahi Braverman, le 17 mars 2019. (Amit Shabi / Pool / Autorisation)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, dirige la réunion hebdomadaire du cabinet du Premier ministre à Jérusalem, aux côtés du secrétaire du cabinet, Tzahi Braverman, le 17 mars 2019. (Amit Shabi / Pool / Autorisation)

La procureure dirigeant les enquêtes contre le Premier ministre, soupçonné de corruption, a vu sa promotion retardée cette semaine, après l’envoi d’un courrier anonyme clamant que celle-ci relevait d’un complot pour maintenir la pression juridique sur Benjamin Netanyahu.

Dimanche, le Commissaire de la fonction publique, Daniel Hershkowitz, a notifié au procureur général, Avichai Mandelblit, et au procureur d’État, Shai Nitzan, qu’il gelait temporairement la promotion prévue de Liat Ben-Ari, dans l’attente de l’examen des affirmations de la lettre.

Liat Ben-Ari, chargée des crimes économiques et fiscaux dans le district de Tel Aviv, a dirigé plusieurs enquêtes pour corruption de premier plan contre des personnalités politiques, dont les Premiers ministres, Ehud Olmert et Netanyahu. Elle a ainsi été procureure en chef dans l’affaire Holyland impliquant Ehud Olmert.

Elle était considérée comme favorite pour le poste de procureur général adjoint au parquet financier, et la commission de nomination devait s’exprimer lundi sur sa candidature par un vote.

Mais dimanche, Daniel Hershkowitz a reçu un courrier anonyme prétendument rédigé par des « procureurs inquiets », qui assurait que sa nomination relevait d’une tentative politiquement motivée de forcer le procureur général, Avichai Mandelblit, à mettre en examen Benjamin Netanyahu.

Liat Ben-Ari (Capture d’écran : YouTube)

« Pendant plus d’un an, le poste [de procureur général adjoint au parquet financier] est resté vacant », peut-on lire dans la lettre, d’après une copie obtenue par la Douzième chaîne.

« Puis, six mois avant le départ à la retraite du procureur d’État, Shai Nitzan, il se souvient qu’il doit pourvoir le poste. Rien ne peut justifier qu’un procureur d’État sur le départ puisse nommer un adjoint qui ne sera même pas son adjoint. Toute nomination serait suspecte et illégitime », ajoute le courrier.

Ce dernier lie explicitement son opposition à la promotion de Liat Ben-Ari aux enquêtes visant Netanyahu, estimant que Shai Nitzan, qui a défendu une approche plus agressive dans les enquêtes, tente de s’assurer que les poursuites continuent après son départ grâce à Liat Ben-Ari.

« Le mandat d’un procureur d’État étant de six ans et celui d’un adjoint, de huit ans, Shai Nitzan veut choisir un adjoint pour les deux procureurs qui lui succéderont », d’après la lettre. « Il est clair qu’un tel acte — nommer un adjoint peu avant son départ à la retraite — ne serait toléré pour n’importe quel autre fonctionnaire. Mais chez les procureurs d’État, pas besoin d’attendre, un ministre ou un [nouveau] procureur d’État, car il y a du copinage. Le procureur d’État nomme ses héritiers, et les ministres ne servent que de décoration ».

Le procureur d’Etat Shai Nitzan assiste à une réunion du Comité des affaires intérieures à la Knesset à Jérusalem, le 21 novembre 2017. (Yonatan Sindel / Flash90)

Le document anonyme fait état d’un complot contre Avichai Mandelblit et Benjamin Netanyahu.

« Shai Nitzan veut que Liat Ben-Ari reste dans le système, car elle et lui défendent une ligne dure contre le Premier ministre », accuse la lettre. Le successeur de Liat Ben-Ari au district de Tel Aviv sera « quelqu’un en qui elle a confiance, qui suivra la même approche ». Le résultat final, avertit-elle : « le procureur général », qui a le dernier mot sur une mise en examen du Premier ministre, « ne pourra pas s’opposer à autant de gens — même s’il est en désaccord avec eux ».

Benjamin Netanyahu répète depuis quelques mois qu’un « faible » Avichai Mandelblit est soumis à la pression des procureurs et médias « de gauche » qui veulent le voir inculpé. La lettre semble semble reprendre cette accusation.

Un officiel du ministère de la Justice non identifié a dénoncé la lettre lundi, indiquant à la Douzième chaîne qu’elle envoyait un message « dangereux » au système judiciaire, puisque « la raison pour laquelle cette nomination précise et ce procureur en particulier sont ciblés est claire — elle adopte une approche sévère contre le Premier ministre » dans les enquêtes de corruption.

Daniel Hershkowitz a fait savoir à Avichai Mandelblit et Shai Nitzan que sa décision de geler la promotion visait « à les protéger d’accusations selon lesquelles cette nomination sert leurs intérêts. Répondez à ces récriminations, et nous pourrons reprendre le processus de désignation ».

Avichai Mandelblit avait annoncé en février son intention de mettre en examen le Premier ministre dans les trois enquêtes dont il fait l’objet, dans l’attente d’une audition préalable.

Benjamin Netanyahu, lui, nie toutes les allégations à son encontre. Il assure que l’enquête, et la recommandation consécutive de la police de l’inculper, ainsi que la décision du procureur général d’y donner suite, relèvent d’une chasse aux sorcières et d’une vendetta politique menées par l’opposition, les médias, la police et le bureau du procureur d’État.

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