Une dérive en arrière des méduses dans la soupe évolutive
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Une dérive en arrière des méduses dans la soupe évolutive

Une équipe de l’université de Tel Aviv fait la rare découverte d’une évolution “extrêmement” régressive ; un organisme pluricellulaire a abandonné sa tête et ses muscles pour devenir un parasite microscopique des poissons

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Méduses  (Crédit : Shutterstock)
Méduses (Crédit : Shutterstock)

Pour la plupart des gens, « évolution » veut souvent dire progrès. Une personne particulièrement sensible ou attentionnée, par exemple, est évoluée. Nous imaginons la sélection naturelle comme une progression graduelle des amibes aux humains. Mais les biologistes savent depuis longtemps que des organismes peuvent très facilement perdre des fonctions et de la complexité au cours du temps.

Maintenant, les recherches menées par le professeur Dorothée Huchon de l’université de Tel Aviv ont montré qu’un cousin proche des méduses avait évolué en un parasite microscopique. Bien que l’évolution « régressive » soit bien connue en science – certaines espèces de poissons abyssaux ont perdu la vue et les serpents ont une fois eu des pieds – les myxozoa [comme ces parasites sont appelés] sont effectivement un cas extrême » a déclaré au Times of Israel la généticienne israélienne Eva Jablonka de l’université de Tel Aviv.

Huchon et une équipe internationale ont séquencé le génome des myxozoa, des parasites microscopiques qui infectent les poissons. Ils ont découvert que ces organismes sont des cnidaires – le groupe qui inclut les méduses, les coraux et les anémones de mer – hautement dégénérés.

Huchon dit que l’idée que les myxozoa ont des ancêtres méduses a été émise auparavant mais que son équipe l’a démontrée.

En d’autres termes, ce parasite – qui est unicellulaire pour la plus grande partie de sa vie – a perdu une tête, un système nerveux et des communications cellulaires dans son voyage évolutif.

Elle a ajouté que la majorité de la vie sur Terre est unicellulaire et qu’il est « seulement arrivé quelque fois dans l’évolution que des organismes deviennent pluricellulaires ». Evoluer d’un organisme pluricellulaire à un organisme unicellulaire est encore plus rare.

Le parent le plus proche des myxozoa est Polypodium hydriforme, un parasite qui infecte les œufs de caviar, a déclaré Huchon.

L’organisme sort et vit par lui-même puis retourne infecter un œuf. Elle pense que les myxzoa étaient aussi des méduses parasitiques et qu’au cours du temps ils ont évolués pour rester proche de leur hôte. Les parasites, a-t-elle noté, ont tendance à être plus efficace s’ils ont un petit génome, donc ils perdent les fonctions qui ne sont pas importantes.

Dorothée Huchon (Courtoisie)
Dorothée Huchon (Courtoisie)

Jablonka, qui est spécialisée en génétique et en philosophie de la biologie, dit que les recherches d’Huchon sont intéressantes parce que les myxozoa ne contiennent que quelques cellules nerveuses et pas de muscle.

« Habituellement les nerfs et les muscles vont ensemble, mais les myxozoa ont perdu leurs muscles. C’est très intéressant pour les biologistes », dit-elle.

En fait, a ajouté Jablonka, il y a une hypothèse selon laquelle les nerfs n’ont pas évolué qu’une seule fois mais à deux occasions différentes. Certaines créatures, comme les éponges, ont peut-être eu une fois un cerveau et l’ont perdu, a-t-elle fait remarquer.

L’idée que l’évolution est un processus de progrès est appelée par Jablonka une « intuition naïve » qui est née au 18e siècle.

« L’idée que nous nous améliorons avec le temps et que le sens de cette amélioration est de croître en complexité est naïve. Tous ceux qui ont travaillé à ce sujet, depuis Darwin et Lamarck, ont systématiquement compris que ce n’est pas vrai, dit-elle. Quand vous regardez un arbre de l’évolution, vous voyez toutes sortes de directions. Vous voyez des régressions, vous voyez des progressions, vous voyez de légères progressions, vous voyez des sauts. »

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