Une enseignante de Boston à l’honneur pour son combat contre le négationnisme
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Une enseignante de Boston à l’honneur pour son combat contre le négationnisme

La commémoration du 1er mai aborde le souvenir de l'Holocauste alors que l'incrédulité face au génocide nazi augmente chaque jour un peu plus auprès des jeunes et dans le monde en général

La commémoration de Yom HaShoah, à Boston, le 1er mai 2016, au Mémorial de l'Holocauste de la Nouvelle Angleterre. (Crédit photo : Matt Lebovic/Times of Israel)
La commémoration de Yom HaShoah, à Boston, le 1er mai 2016, au Mémorial de l'Holocauste de la Nouvelle Angleterre. (Crédit photo : Matt Lebovic/Times of Israel)

BOSTON – Lorsque la professeur Mary Beth Donovan a préparé ses élèves à lire le journal d’Anne Frank, il y a 10 ans, elle a choisi une sélection des célèbres vidéos tournées lors de la libération des camps nazis en 1945. Étonnamment, après avoir regardé les films, certains des étudiants de Donovan ont commencé à se référer au génocide et Anne Frank comme étant des événements « faux » n’ayant pas eu lieu.

Notant que la majeure partie de sa classe avait écouté la conversation en « spectateurs silencieux », Donovan savait qu’elle faisait face à un défi. La professeur de quatrième à la Grammar School Tenney, dans la ville ouvrière de Methuen, au nord de Boston, s’est rendu compte que les élèves avaient besoin d’une connexion entre leurs propres vies et celle des victimes de l’Holocauste qui leur apparaissaient lointaine et hors de propos.

La réponse de Donovan à cette négation de l’Holocauste de la part de sa classe, et son travail sur le long terme pour enseigner durablement l’Holocauste à l’école, lui ont valu le premier « Leadership in Holocaust Education Award » (récompense pour sa gestion de l’éducation de l’Holocauste) de la communauté juive de Boston qui lui a été décerné lors de la commémoration annuelle de Yom HaShoah, le 1er mai.

Organisé par le Conseil des relations de la communauté juive, le rassemblement a eu lieu au Faneuil Hall sur le Freedom Trail de Boston, près du Mémorial de l’Holocauste de la Nouvelle Angleterre.

Pour lutter contre le déni dans sa classe, Donovan a enquêté sur les survivants locaux qui pourraient parler avec les élèves du génocide. Elle a trouvé plusieurs articles sur le survivant Israël « Izzy » Arbeiter dans la région de Boston, l’ancien président de l’association aux membres de moins en moins nombreux des survivants de la Nouvelle-Angleterre. L’activiste de 91 ans s’est adressé à des centaines de groupes au cours des années, de Boston à Berlin, et semblait un choix solide pour convaincre les étudiants de Donovan de la véracité de la Shoah.

La commémoration de Yom HaShoah, à Boston, le 1er mais 2016, au Faneuil Hall. (Crédit photo : Matt Lebovic/The Times of Israel)
La commémoration de Yom HaShoah, à Boston, le 1er mais 2016, au Faneuil Hall. (Crédit photo : Matt Lebovic/The Times of Israel)

Arbeiter a rencontré des étudiants pour partager avec eux son expérience d’Auschwitz-Birkenau et du travail forcé, ainsi que les détails de l’assassinat de sa famille à Treblinka, où il s’est rendu plusieurs fois. Il a également montré aux étudiants le nombre tatoué sur son bras à l’arrivée à Auschwitz, sans doute le plus marquant pour les jeunes, et a essayé de leur donner une compréhension de la déshumanisation impliquée dans le génocide.

« Ils ont passé leurs doigts avec hésitation le long des chiffres », a déclaré Donovan. L’éducatrice a dit que, grâce au témoignage, ses élèves avaient été en mesure de « trouver leur histoire dans l’histoire de M. Arbeiter », explique-t-elle.

« Je savais que mes paroles ne seraient jamais assez puissantes pour effacer ce soupçon de déni », a rappelé Donovan, aujourd’hui directrice de l’école.

Au cours de la dernière décennie, en plus d’accueillir Arbeiter, elle a aidé des centaines d’étudiants de Methuen à soumettre des essais pour le concours annuel de rédaction en mémoire de l’Holocauste, nommé en son honneur.

La commémoration de Yom HaShoah, à Boston, le 1er mais 2016, au Faneuil Hall. (Crédit photo : Matt Lebovic/The Times of Israel)
La commémoration de Yom HaShoah, à Boston, le 1er mais 2016, au Faneuil Hall. (Crédit photo : Matt Lebovic/The Times of Israel)

Faisant l’éloge de Donovan qui a favorisé la « pensée critique et de compassion dans les jeunes esprits », un membre du comité de l’événement, Jack Arbeiter, a remercié les 70 étudiants et le personnel de l’école d’avoir assisté à la commémoration – bien qu’ils aient dû pour cela rater le match d’ouverture de la saison de baseball.

« Beaucoup de nos enfants ont choisi d’être ici aujourd’hui du fait d’une promesse qu’ils ont faite », a déclaré Donovan sous les applaudissements. « Ces leçons se sont installées dans les fondations du bâtiment de notre l’école », a-t-elle ajouté.

Arbeiter, sa femme Anna, leur fils Jack et les autres membres de la famille ont assisté à la commémoration d’hier, avec plus de 200 membres de la communauté. Mis à part les menaces existentielles contre Israël et la croissance de la négation de l’Holocauste, de moins en moins de personnes sont au courant de ce qui a eu lieu au cours de la Seconde Guerre mondiale, selon le co-président du comité de l’événement, Rick Mann, qui a ouvert l’événement.

La commémoration de Yom HaShoah, à Boston, le 1er mais 2016, au Faneuil Hall. (Crédit photo : Matt Lebovic/The Times of Israel)
La commémoration de Yom HaShoah, à Boston, le 1er mais 2016, au Faneuil Hall. (Crédit photo : Matt Lebovic/The Times of Israel)

Citant une étude de 2013, Mann a dit qu’à peine la moitié des adultes du monde ont entendu parler de l’Holocauste, et qu’un tiers d’entre eux ne croient pas qu’il a eu lieu comme décrit.

Mann a fait référence à l’évaluation désastreuse de la situation du chroniqueur du Boston Globe, Jeff Jacoby, dans le journal de la semaine dernière.

« Aussi décourageants que soient ces chiffres, ils sont voués à augmenter », écrivait Jacoby. « Alors que la génération des survivants de l’Holocauste disparaît, alors que les négationnistes répandent leur poison, alors que l’indifférence envers l’histoire laisse des séquelles inévitables, le souvenir du génocide juif par les nazis se dissipera », écrivait-il.

Comme Mann l’a dit à son auditoire, « ceci est la raison pour laquelle nous nous réunissons aujourd’hui et devons continuer à le faire et pour toujours ».

La commémoration de Yom HaShoah, à Boston, le 1er mais 2016, au Faneuil Hall. (Crédit photo : Matt Lebovic/The Times of Israel)
La commémoration de Yom HaShoah, à Boston, le 1er mais 2016, au Faneuil Hall. (Crédit photo : Matt Lebovic/The Times of Israel)

En plus de plusieurs performances et remarques de dignitaires, la survivante Eva Fleischmann Paddock a parlé du fait d’être l’un des 669 enfants sauvés sur le Kindertransport envoyé de la Tchécoslovaquie en Angleterre. Résidente de longue date de la région, Paddock est l’un des rares enfants Kindertransport dont les parents ont survécu à l’Holocauste.

Suite à l’ « Hymne des partisans », les participants ont traversé la rue pour se rendre au Mémorial de l’Holocauste de la Nouvelle-Angleterre, le Kaddish des endeuillés a été scandé et les noms des victimes de la Shoah récités par les adolescents.

Depuis plusieurs années, le groupe Boston’s 3G (troisième génération) – les petits-enfants des survivants – organise un « Frozen Memorial » pour rendre hommage aux victimes. En approchant les passants et brandissant des pancartes pour les médias sociaux, les membres de la « 3G » sensibilisent au centre même de ce que l’on a qualifié de zone touristique la plus visitée du pays.

Le Mémorial de l'Holocauste de la Nouvelle Angleterre, le 1er mai 2016. (Crédit photo : Matt Lebovic/The Times of Israel)
Le Mémorial de l’Holocauste de la Nouvelle Angleterre, le 1er mai 2016. (Crédit photo : Matt Lebovic/The Times of Israel)

Depuis la construction, non loin, du Mémorial New England Holocaust en 1995, des millions de touristes ont obtenu des informations sur le génocide à travers des textes, des témoignages abondants et la chronologie du monument.

Une capsule temporelle, enterrée près de l’entrée, contient les noms des membres des familles assassinés des survivants locaux. Les tours de 16 mètres environ – chacune nommée d’après l’un des six camps de la mort – sont remarquablement éclairées et planent au-dessus des fosses aux allures de tombes. De leurs ruines fumantes, un brouillard s’élève régulièrement.

Hier, quelques petits 4G – les enfants de la 3G – pouvaient être repérés, portant les chemises bleues du groupe, plaçant des Rochers du souvenir peints à la main le long des tours et posant pour des photos. Avec le décès de plusieurs survivants chaque année, ces témoins des derniers témoins oculaires seront les gardiens de la mémoire de l’Holocauste.

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