Une équipe de l’université hébraïque prouve l’occupation précoce des grottes
Rechercher

Une équipe de l’université hébraïque prouve l’occupation précoce des grottes

Les archéologues étudiant la grotte de Wonderwerk ont trouvé des indications sur une activité humaine, là-bas, qui aurait eu lieu presque un million d'années avant les estimations

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

La grotte de Wonderwerk en Afrique du sud. (Crédit : Michael Chazan à l'université de Toronto)
La grotte de Wonderwerk en Afrique du sud. (Crédit : Michael Chazan à l'université de Toronto)

Les chercheurs disent avoir confirmé une de leurs théories : les êtres humains auraient été actifs dans une caverne d’Afrique du Sud bien plus tôt qu’on ne le pensait. Ils ont ainsi estimé, par des travaux de datation, que la grotte de Wonderbrek aurait été occupée il y a déjà 1,8 million d’années, a fait savoir dans un communiqué émis lundi l’université Hébraïque de Jérusalem.

Cette évaluation faite par une équipe réunissant géologues et archéologiques de l’université, en collaboration avec l’université de Toronto, recule ainsi l’occupation préhistorique par les êtres humains de cette grotte du désert de presque un million d’années.

Si les êtres humains antiques sont connus pour avoir utilisé et fabriqué des outils basiques en pierre – une industrie connue sous le nom d’Oldowayen – il y a presque 2,5 millions d’années, cette activité était supposée avoir lieu à l’air libre. Wonderwerk, qui signifie « Miracle » en afrikaneer, est la preuve la plus ancienne que ce type d’outil était également utilisé à l’intérieur d’une grotte.

Les résultats de cette étude ont été publiés dans le journal Quaternary Science Reviews.

« Nous pouvons dorénavant dire avec certitude que nos ancêtres humains fabriquaient des outils en pierre simples dans la grotte de Wonderwerk il y a 1,8 million d’années », déclare dans le communiqué émis lundi l’auteur de l’étude, le professeur Ron Shaar, de l’Institut des sciences de la Terre de l’université Hébraïque. « Wonderwerk est unique parmi les anciens sites de l’Oldowayen et c’est une première en Afrique de l’Est, précisément parce que c’est une grotte et qu’il ne s’agit pas d’un lieu en plein air ».

Le professeur Ron Shaar de l’Institut des sciences de la terre de l’université hébraïque dans la grotte de Wonderwerk en Afrique du sud. (Crédit : Michael Chazan à l’université de Toronto)

Il y a plus d’une décennie, les membres de l’équipe, avec à leur tête le chercheur Michael Chazan, de l’université de Toronto, avaient d’abord estimé que la grotte avait pu être occupée il y a environ deux millions d’années – une estimation qui avait été rejetée par tous les spécialistes, selon Liora Kolska Horwitz, des Collections nationales d’histoire naturelle de l’université Hébraïque.

Dans leur dernière étude, les chercheurs ont utilisé des analyses de laboratoire de pointe pour découvrir des traces, depuis effacées, des rayons cosmiques et l’alignement ancien du champ magnétique de la Terre pour parvenir à dater l’entrée des différentes couches de sédiment dans la grotte, qui s’étend sous le versant d’une colline, à 140 mètres de profondeur. Ils ont aussi minutieusement étudié les petits fragments issus de l’activité humaine qui se s’étaient intégrés dans les strates.

Les chercheurs ont ainsi pu identifier la période où les habitants des grottes avaient, il y a plus un million d’années, cessé d’utiliser des entailles de pierre aiguisées et autre outils de découpage de ce type pour utiliser les toutes premières haches à main. Ils ont aussi été en mesure de découvrir quand les ancêtres préhistoriques avaient commencé à utiliser délibérément le feu – une découverte d’une signification particulière, a noté le communiqué, d’autres exemples de premiers feux en plein air étant moins fiables en raison du rôle possible tenu par les feux de broussailles, qui ont pu entraîner des restes calcinés.

Wonderwerk offre toute une gamme de vestiges de feux – des charges carbonisées, des sédiments et de la cendre.

Le processus de datation des dépôts retrouvés dans les grottes dans l’étude de l’évolution humaine est en soi un défi, et l’équipe a analysé une couche épaisse, de 2,5 mètres, qui s’est avérée contenir des outils de pierre, des restes d’animaux et de feux.

Ils ont utilisés deux méthodes pour ce faire : le paléomagnétisme et la datation par enfouissement.

Parmi les minéraux qui ont pu être retrouvés dans la terre, le fer – un élément qui est influencé par les champs magnétiques. Les particules de terre gagnent alors un alignement magnétique conforme à celui de la terre, et les chercheurs qui ont examiné les échantillons prélevés sur le sol de la grotte ont pu trouver des indications sur l’orientation du champ magnétique de la Terre au moment où ils se trouvaient dans la caverne.

La grotte de Wonderwerk en Afrique du sud. (Crédit : Michael Chazan à l’université de Toronto)

« Nous avons minutieusement enlevé des centaines de petits échantillons de sédiment des murs de la grotte et nous avons mesuré leur signal magnétique », a expliqué Shaar. « Nos analyses en laboratoire ont montré que certains de ces échantillons étaient magnétisés au sud au lieu du nord – qui est la direction, aujourd’hui, du champ magnétique ».

Environ tous les 500 000 ans, le champ magnétique change de direction, se déplaçant d’un pôle à l’autre.

« Dans la mesure où le moment exact de ces ‘renversements’ magnétiques est reconnu dans le monde entier, cela nous a donné des indications sur l’âge et sur l’ordre des couches dans la caverne », a continué Shaar.

Un autre membre de l’équipe, le professeur Ari Matmon, directeur de l’Institut des sciences de la Terre au sein de l’université Hébraïque, a examiné pour sa part les particules de quartz qui ont donné des indications sur l’époque de leur arrivée dans la grotte, grâce à certains isotopes qu’ils contiennent qui se développent lorsque le quartz est exposé à des rayons cosmiques à l’extérieur – disparaissant avec le temps lorsqu’ils restent à l’intérieur de la caverne.

« Dans notre laboratoire, nous avons pu mesurer les concentrations spécifiques d’isotopes dans ces particules et en déduire combien de temps s’était écoulé depuis que ces grains de sable avaient été placés dans la caverne », a indiqué Matmon dans un communiqué.

Ces découvertes ont de « vastes implications », a continué l’université, car elles constituent « une avancée importante qui nous permettra de comprendre le rythme de l’évolution humaine sur le continent africain ».

« Avec un calendrier fermement établi pour la grotte de Wonderwerk, nous pourrons continuer à étudier la connexion entre évolution humaine et changement climatique, ainsi que l’évolution du mode de vie de nos ancêtres, les premiers êtres humains », a poursuivi le communiqué.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...