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Une équipe israélienne parvient à accélérer la croissance de la viande de culture

Les chercheurs travaillaient sur la guérison des blessures lorsqu'ils ont réalisé que leurs découvertes pourraient aider les producteurs de viande artificielle

Illustration : Deux échantillons de viande cultivée en laboratoire dans des boîtes de Pétri séparées. (Crédit : microgen/iStock by Getty Images)
Illustration : Deux échantillons de viande cultivée en laboratoire dans des boîtes de Pétri séparées. (Crédit : microgen/iStock by Getty Images)

Des scientifiques israéliens affirment avoir trouvé un moyen d’accélérer considérablement la production de viande cultivée en laboratoire et d’en réduire potentiellement le coût.

Des entreprises du monde entier s’efforcent d’introduire des produits de viande artificielle produits en masse, à partir de cultures cellulaires in vitro de cellules animales. Mais les coûts de production élevés, notamment à cause de la durée du processus de culture de la viande, ont freiné les progrès dans ce domaine.

Lundi, une équipe de l’Institut des sciences Weizmann a publié dans la revue Developmental Cell des travaux de recherche examinés par des pairs, montrant que le processus peut être accéléré par une « voie biochimique » qui détermine le rythme auquel les cellules se transforment en viande artificielle.

Agissant comme une pédale d’accélérateur pour la production de viande artificielle, cette découverte pourrait permettre aux producteurs d’accélérer le rythme auquel les cellules se transforment en viande, et potentiellement de gagner des semaines sur un processus qui prend actuellement près d’un mois.

Une côte de boeuf produite à partir de cellules de viande cultivées en laboratoire par la start-up israélienne Aleph Farms. (Crédit : autorisation : Aleph Farms/Technion Institute of Technology)

« Cette voie, ou processus de signalisation biochimique, a le potentiel d’améliorer ces deux aspects », a déclaré le professeur Eldad Tzahor, qui a dirigé les recherches avec le docteur Tamar Eigler.

Sans contrôle, le processus de croissance des cellules souches déclenché pour produire de la viande de culture produit de grandes quantités de nouveaux muscles. Le défi consiste à contrôler le processus afin que les cellules parviennent à maturité et se transforment en fibres.

La solution courante aujourd’hui est d’arrêter momentanément la croissance des cellules souches musculaires et d’attendre que la réserve de muscle existante se transforme en fibres, mais Tzahor et son équipe affirment que leur solution élimine ce besoin.

Les scientifiques se sont intéressés à la viande artificielle de manière fortuite alors qu’ils menaient leurs recherches médicales en cours sur les cellules souches musculaires appelées myoblastes, qui, chez l’homme, sont essentielles à la récupération après une blessure. Ces mêmes cellules, provenant d’animaux, sont utilisées comme semence pour la production de viande artificielle.

Des techniciens produisent de la viande de « poulet de culture »dans les locaux de la startup de technologie alimentaire SuperMeat àNess Ziona, le 18 juin 2021. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Tzahor a découvert que le processus de maturation des cellules, nécessaire pour déclencher les processus essentiels à la production de viande de culture comestible, s’accélère lorsqu’une enzyme appelée ERK est bloquée. Dans ce cas, une autre enzyme fait en sorte que les cellules commencent à fusionner plus rapidement de petites fibres, ce qui active à son tour une autre enzyme, la CaMKII. Cette seconde enzyme déclenche la fusion et la maturation massives des myoblastes.

Les chercheurs ont constaté, lors d’expériences, que leur voie entraîne la fusion et la maturation de myoblastes cultivés provenant de plusieurs espèces d’animaux d’élevage, notamment des poulets, des vaches et des moutons.

Tzahor et son équipe ont créé une startup, ProFuse Technology, afin de commercialiser les résultats de leurs travaux auprès de l’industrie de la viande artificielle. Il a déclaré qu’il s’agissait d’un parcours surprenant pour une recherche qui a commencé dans le but d’aider les humains après des blessures, sans penser à l’alimentation.

Prof. Eldad Tzahor de l’Institut des Sciences Weizmann. (Crédit : Institut Weizman)

Les myoblastes se forment dans l’embryon, mais une infime partie de ces cellules reste au sommet des fibres musculaires tout au long de notre vie, même si leur nombre diminue avec l’âge. Lorsqu’un muscle est blessé, ce sont ces cellules souches qui sont responsables de sa réparation et de sa régénération.

Pour amorcer le processus de réparation, ces cellules doivent cesser de se diviser afin d’arriver à maturité et commencer à fusionner entre elles et avec le tissu musculaire lésé.

« Comprendre ce qui régule la fusion des myoblastes est crucial pour comprendre la réparation des muscles », a déclaré Eigler. « Sans fusion, il n’y a pas de régénération. »

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