Une ex-journaliste au coeur de la joute pour le vote éthiopien en Israël
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Une ex-journaliste au coeur de la joute pour le vote éthiopien en Israël

Députée Kakhol lavan, Pnina Tamano-Shata veut "se battre pour être acceptée par la société israélienne et pour affirmer que nous ne sommes pas différents, que nous sommes égaux"

La première femme juive israélienne d'origine éthiopienne à être élue à la Knesset Pnina Tamano Shata, rend visite à des membres de la communauté éthiopienne le 4 février 2020, dans la ville côtière de Hadera. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
La première femme juive israélienne d'origine éthiopienne à être élue à la Knesset Pnina Tamano Shata, rend visite à des membres de la communauté éthiopienne le 4 février 2020, dans la ville côtière de Hadera. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

« Egalité ! » clame Pnina Tamano-Shata, première femme née en Ethiopie à siéger au Parlement israélien et qui hérite d’une mission de taille pour les élections : rallier les voix d’une minorité « discriminée » pour chasser du pouvoir le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Après deux duels au coude-à-coude lors des précédentes élections, Benjamin Netanyahu, chef du Likud (droite), et son rival Benny Gantz, à la tête de la formation Kakhol lavan (centre), misent sur des minorités pour gagner le « vote de plus » pouvant les départager lors du scrutin du 2 mars.

Et cette campagne de séduction bat son plein chez les quelque 140 000 Israéliens d’origine éthiopienne, dont 50 000 sont nés en Israël.

Collier de perles et veston beige, Mme Tamano-Shata, ex-journaliste de la première chaîne israélienne et aujourd’hui élue du parti Kakhol lavan, fait son entrée dans un petit café de Hadera, ville au nord de la métropole de Tel-Aviv où vivent des milliers d’Israéliens d’origine éthiopienne.

La première femme juive israélienne d’origine éthiopienne à être élue à la Knesset Pnina Tamano Shata, dans la ville côtière de Hadera. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Non loin, au pied d’un immeuble défraîchi d’un quartier populaire, des habitants observent nerveusement la ronde d’une voiture de police. La mort, en juin 2019, de Solomon Tekah, un Israélien d’origine éthiopienne de 19 ans, tué par un policier qui n’était pas en service, a suscité la colère au sein de la communauté.

Du Likud à Kakhol lavan

« Il y a plus d’Ethiopiens en prison, plus de brutalité policière, plus de pauvreté et un taux de suicide élevé » dans la communauté éthiopienne, tonne Mme Tamano-Shata, le poing serré, pour qui mettre fin aux « discriminations » est une priorité nationale.

Une voiture en flammes à Tel Aviv, après l’agression de son chauffeur lors d’une manifestation suite à la mort de l’Ethiopien Solomon Tekah, 19 ans, tué par balle par un policier quelques jours auparavant, à Kiryat Haim, le 2 juillet 2019. (Adam Shuldman/Flash90)

« Ma génération a hérité de la responsabilité de se battre sans relâche pour être acceptée par la société israélienne et pour affirmer que nous ne sommes pas différents, que nous sommes égaux », déclare à l’AFP l’élue de 38 ans, arrivée en Israël à l’âge de trois ans.

A l’époque, au début des années 1980, la famine sévit en Ethiopie. Sur les chaînes de télévision occidentales, le groupe Band Aid et des tubes comme « We are the world » inondent les écrans pour venir en aide aux enfants d’Ethiopie.

Avec sa mère enceinte, son père et ses soeurs, Pnina Tamano-Shata migre vers un camp au Soudan voisin, d’où des milliers de juifs éthiopiens seront ensuite, comme elle, secrètement exfiltrés vers Israël dans le cadre de « l’opération Moïse » (1984-1985).

« Depuis des générations, nous rêvions de Jérusalem. Je suis née dans un petit village sans électricité, et ma famille a compris que le temps était venu » de se rendre en Israël, explique-t-elle, énumérant la traversée du désert, la famine et l’insalubrité des camps soudanais.

Mais une fois en Israël, les difficultés continuent, déplore Avi Yossef, un juif éthiopien de 35 ans, né dans un camp de réfugiés au Soudan.

« Avant que les gens te connaissent, ils voient ta couleur (de peau) », dit-il. « Tu as toujours besoin de prouver qui tu es, même si tu parles parfaitement hébreu, que tu es juif et que tu as grandi ici ».

« Habituellement, on vote pour le Likud puisque c’est le parti qui a ramené les Ethiopiens en Israël. Mais aux dernières élections, on a voté pour le parti Kakhol lavan, où il y avait deux représentants de la communauté », poursuit-il.

« Présidente d’Israël »

Le député Gadi Yevarkan, alors du parti Kakhol lavan. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Ces dernières semaines, le Likud a coopté un ancien député « Kakhol lavan d’origine éthiopienne Gadi Yevarkan, en lui assurant un siège au Parlement et le gouvernement a autorisé le « rapatriement » de 400 Ethiopiens.

« Bibi (surnom du Premier ministre), les immigrants éthiopiens ne sont pas à vendre, hormis peut-être un », a répliqué une campagne du parti Kakhol lavan en référence à M. Yevarkan.

La communauté éthiopienne qui vote traditionnellement pour le Likud se sent « trahie » par « l’inaction » du gouvernement en matière d’égalité des chances, d’où le report récent de voix vers Kakhol lavan, explique Alon Burstein, chercheur ayant travaillé sur la politisation des Ethiopiens en Israël.

Selon lui, le vote de cette communauté pourrait être déterminant dans l’élection qui s’annonce une nouvelle fois serrée.

Le Likud et le parti Kakhol lavan doivent chacun « aller chercher deux sièges de plus », soit l’équivalent d’un peu moins de 2 % des voix, pour s’imposer, dit-il.

Un siège au Parlement représentant environ 40 000 voix, les 80 000 électeurs d’origine éthiopienne pourraient ainsi faire pencher la balance et permettre la formation d’une coalition gouvernementale.

Pnina Tamano-Shata, elle, rêve de devenir ministre dans le prochain gouvernement et, un jour même, « présidente d’Israël ».

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