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Une femme française peine à obtenir son guet et dénonce le Consistoire de Paris

Liorah Chetrit déplore qu'une "solution, destinée à me délivrer mon guet en Israël, se trouve subitement remise en cause avec acharnement, par le grand rabbin Michel Gugenheim"

Illustration : Affiche créée par l’artiste de rue DODO pour Yom HaAguna, soulignant le sort des femmes enchaînées, le 24 février 2021. (Crédit : Yad LaIsha)
Illustration : Affiche créée par l’artiste de rue DODO pour Yom HaAguna, soulignant le sort des femmes enchaînées, le 24 février 2021. (Crédit : Yad LaIsha)

Liorah Chetrit, jeune femme française âgée de 31 ans, a lancé ce mois-ci une pétition sur le site change.org afin de pouvoir obtenir son guet, son divorce religieux. Elle a pour le moment obtenu près de 2 100 signatures.

Mariée en novembre 2015 civilement et religieusement, elle a deux enfants de quatre et deux ans.

Dans sa missive, elle dénonce notamment l’attitude du Consistoire de Paris et du service des divorces – et de ses rabbins – à son égard.

« Je lance cette pétition aujourd’hui pour obtenir votre soutien dans le combat que je mène pour recouvrer ma liberté, obtenir mon guet et enfin pouvoir envisager de refaire ma vie », a-t-elle écrit.

« En août 2020, alors que j’étais enceinte de 7 mois, mon mari a pris, seul, l’initiative d’une procédure de divorce civile. Sa démarche a été entamée en avril 2021 et nous sommes séparés de corps depuis mai 2021. Dans l’espoir d’aboutir à un divorce à l’amiable rapidement et d’obtenir le guet libérateur, j’ai accepté toutes ses conditions : une pension alimentaire minimale de 120 € par enfant ; les modalités de garde qu’il proposait ; l’abandon de mes droits sur la Ketouba », précise-t-elle.

« En parallèle, je me tourne le 16 juillet 2021 vers le Consistoire de Paris pour obtenir mon guet malgré le manque de coopération de mon mari avec qui je suis déjà en instance depuis plusieurs mois. »

Elle explique alors que ce fut « le début d’une longue épreuve, pénible et sans espoir, aggravée par une attitude, hostile et sans cœur, du service des divorces », représenté par le rabbin Betzalel Lévy et le grand rabbin de Paris Michel Guggenheim.

Elle reproche ainsi à l’institution de lui imposer de fournir, pour l’ouverture du dossier, « un formulaire de consentement de mon mari et moi-même et d’autres documents propres à chacun, impossibles à obtenir quand on a un mari récalcitrant ! »

S’en est suivi ensuite « une convocation unique sur Zoom, intervenue seulement en juin 2022 après avoir insisté et relancer sans relâche le service des divorces ».

« Mon mari ne s’est même pas donné la peine de se présenter à cette convocation et a juste expliqué son désaccord par téléphone, car il souhaite garder le guet jusqu’à l’obtention du divorce civil, évidemment comme moyen de pression sur moi », a-t-elle écrit. « J’ai été stupéfaite et choquée du manque cruel de considération, lorsque le rabbin Betzalel Lévy m’informe qu’il ne pourra rien faire de plus pour moi et que je me dois de patienter la fin de ma procédure en civil, bien qu’elle n’ait aucune date de fin, pour revenir vers lui. »

Elle regrette aussi surtout « l’impossibilité de communiquer et d’échanger sur [sa] situation préoccupante, avec le service des divorces du Consistoire de Paris ».

« Non seulement ils ne répondent pas à mes sollicitations envoyées par tous les canaux – mails, WhatsApp et téléphone –, mais ils n’en accusent même pas réception. Le summum a été franchi quand le rabbin Betzalel Lévy m’a répondu, en date du 8 août, pour me dire qu’il était en vacances et que je devrais attendre septembre pour qu’il m’écoute, malgré mes supplications sur l’urgence de ma situation. »

Enfin, Liorah Chetrit dénonce vivement et précisément le comportement du grand rabbin de Paris.

« Le pire de tout : une solution vient d’être trouvée pour débloquer ma situation, soutenue et encouragée notamment par Katie Ayache Bisraor, avocate spécialisée pour les femmes Agounot, le grand rabbin de France Haim Korsia, le rabbin du Raincy-Villemomble-Gagny Moché Lewin, et le président de la communauté de Sarcelles, Moïse Kahloun. »

« Cette solution, destinée à me délivrer mon guet en Israël, se trouve subitement remise en cause avec acharnement, par le grand rabbin Michel Gugenheim, qui ose s’opposer formellement, par courrier, alors qu’il est en vacances et qu’il ne m’a jamais entendu, à ce que j’obtienne mon guet. Mais il ne s’arrête pas là : le rabbinat de Paris empêche même le tribunal rabbinique israélien d’appliquer toute action qu’il a l’habitude de mettre en place pour inciter un mari récalcitrant à délivrer sa femme ! Après avoir si longtemps négligé ce dossier, le tribunal rabbinique de Paris ose bloquer sans raison mon dossier et me maintient en otage de mon mari ! »

Se disant « outrée et scandalisée de cette attitude cruelle et incompréhensible à mon encontre », elle a ainsi souhaité lancer une pétition, à destination de tous, pour faire connaître sa situation et demander le soutien de l’opinion « dans ce légitime combat contre mon mari et le Beth Din de Paris qui le soutient, en me maintenant volontairement enchainée ».

Le 24 août, elle a posté un nouveau message, remerciant les signataires de la pétition et précisant « qu’une solution intermédiaire venait d’être proposée par le Beth Din pour avancer dans ma libération, à savoir qu’il doit signer le guet en Israël et l’attestation du guet, ne me sera transmise officiellement qu’à la fin du divorce civil ».

« Le Beth Din de Paris a enfin réagi à cette proposition et ne s’oppose plus désormais aux mesures administratives appliquées en Israel. Pour autant, mon mari reste récalcitrant et refuse de donner son accord. »

Régulièrement, des femmes juives peinent à obtenir leur divorce religieux.

Dans de nombreux cas, le guet est retenu par un mari récalcitrant et conditionné à d’importantes sommes d’argent, à l’abandon de droits à pension alimentaire, de biens, etc, dans ce qui, selon les défenseurs, équivaut à une extorsion et à une forme d’abus.

En Israël, où le mariage et le divorce sont exclusivement supervisés par l’autorité religieuse de l’État, le grand rabbinat, les divorces sont effectués conformément à la loi juive, ce qui signifie que l’homme doit donner un guet, ou acte de divorce, et la femme doit l’accepter. S’il refuse, esquive les autorités ou est dans l’incapacité de le délivrer, la femme reste « enchaînée » au mariage aux yeux des autorités religieuses et, par extension, de l’État.

Les tribunaux rabbiniques israéliens sont habilités à appliquer des sanctions très sévères à l’encontre des maris jugés récalcitrants, y compris l’interdiction de quitter le pays, le licenciement ou l’arrestation, bien que ces mesures ne soient que rarement prises.

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