« Une histoire impossible », selon les proches du Palestinien à la voiture-bélier
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« Une histoire impossible », selon les proches du Palestinien à la voiture-bélier

Hamdan al-Arda, 58 ans, a été abattu lorsqu'il a, selon l'armée, lancé sa voiture contre des soldats. Un ex-général indique qu'il n'a pas le profil "habituel" d'un terroriste

Hamdan al-Adra, 58 ans, d'Araba, près de Jénine. Il a été abattu alors qu'il aurait fait une tentative d'attaque à la voiture-bélier contre des soldats - un récit que la famille du Palestinien rejette (Capture d'écran : Twitter)
Hamdan al-Adra, 58 ans, d'Araba, près de Jénine. Il a été abattu alors qu'il aurait fait une tentative d'attaque à la voiture-bélier contre des soldats - un récit que la famille du Palestinien rejette (Capture d'écran : Twitter)

Les proches d’un Palestinien qui a été abattu la semaine dernière par des soldats israéliens – qui avaient affirmé qu’il avait tenté de projeter son véhicule en direction de soldats – ont expliqué ne pas croire l’accusation lancée à son encontre, alors même que les experts de la sécurité israéliens conviennent sur l’idée que l’accusé ne présente pas le profil traditionnel d’un terroriste.

L’armée a expliqué jeudi dernier que les soldats avaient tué un homme qui avait essayé de renverser avec sa voiture des militaires à al-Bireh, une ville adjacente à Ramallah. L’armée a noté qu’un soldat avait été légèrement blessé lors de l’incident.

Le porte-parole du ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne, Osama Najjar, a identifié l’individu comme étant Hamdan al-Arda, âgé de 58 ans, propriétaire d’une usine d’aluminium à al-Bireh et originaire d’Araba, un village situé à proximité de Jénine.

« Le récit de l’armée n’est pas vrai », a déclaré Firas al-Arda, le fils d’Hamdan, lors d’un entretien téléphonique accordé au Times of Israel. « Il était en train de revenir chez lui et il n’était pas quelqu’un à lancer à dessein sa voiture contre qui que ce soit ».

Firas a dit qu’il travaillait avec son père au sein de l’entreprise d’aluminium et qu’il avait quitté son lieu de travail jeudi peu de temps avant l’attaque à la voiture-bélier présumée.

« Habituellement, nous rentrons séparément », a-t-il expliqué. « Je suis rentré jeudi après-midi à la maison et il devait revenir peu de temps après moi ».

Hamdan, père de cinq enfants, travaillait à l’usine depuis une vingtaine d’années, selon Firas.

Une porte-parole de l’armée israélienne a expliqué n’avoir rien à ajouter à ce que les militaires avaient d’ores et déjà fait savoir concernant l’attaque à la voiture-bélier présumée. Elle a également refusé de dire si l’armée possédait des enregistrements vidéo de l’incident.

Une séquence publiée par le site d’information palestinien Quds semble montrer le véhicule de Hamdan quelques instants après qu’il a été abattu.

Mohammad al-Arda, l’un des cousins de Hamdan, a souligné que son parent ne s’intéressait guère à la politique et qu’il ne s’inquiétait que de son entreprise et de sa famille.

« Il est impossible qu’il ait essayé de renverser des soldats. Il n’était pas impliqué dans les affaires politiques et nationales », s’est exclamé Mohammad. « Il ne se préoccupait que de ses affaires et des siens ».

Shlomo Brom, général de brigade à la retraite de l’armée israélienne, a convenu que le profil de Hamdan ne correspondait pas à celui de la majorité des terroristes palestiniens.

« Il n’a pas le profil habituel [d’un terroriste] », a-t-il dit au Times of Israel. « La majorité d’entre eux sont jeunes et sans éducation ».

Peter Lerner, ancien porte-parole de l’armée israélienne, a partagé ce point de vue, tout en avertissant qu’il y avait toutefois des terroristes palestiniens au profil similaire à Hamdan.

« Je vais dire que ce type de profil n’est pas très répandu », a dit Lerner en évoquant les terroristes palestiniens plus âgés, ayant un travail et une famille. « Mais il faut reconnaître qu’il ne nous est pas inconnu non plus ».

Au cours des trois dernières années et demi, la majorité écrasante des terroristes palestiniens étaient âgés de moins de 30 ans.

Les soldats israéliens se retirent de Ramallah en Cisjordanie après avoir détruit une maison apparten,ant à un Palestinien accusé d’avoir tué un militaire, Ronen Lubarsky de l’unité Duvdevan, il y a quelques mois, le 15 décembre 2018 (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

Khalil al-Arda, autre proche de Hamdan et membre du conseil municipal d’Araba, a également expliqué que ce membre de sa famille ne s’intéressait qu’à son entreprise et à ses proches.

« Il se consacrait à l’amélioration de son statut financier et à passer du temps avec ses enfants », a-t-il dit. « Hamdan avait passé quinze ans en Arabie saoudite où il avait travaillé avant de revenir ici pour ouvrir sa boîte. Il n’avait pas d’affiliations politiques et d’ailleurs, ça ne l’intéressait pas. Il était aussi très proche de toute sa famille, à Araba. Il n’était pas quelqu’un à projeter sa voiture contre des soldats ».

Khalil a ajouté que l’attaque à la voiture-bélier présumée a eu lieu dans une zone industrielle relativement calme d’al-Bireh où, selon lui, il n’y a pas eu de témoins de l’incident en dehors des soldats.

Les trois membres de la famille Arda ont également démenti une information parue dans le quotidien Haaretz qui avait affirmé que Hamdan était malentendant.

Haaretz avait fait savoir que les proches de Hamdan avaient confié que ce dernier avait une audition altérée et qu’il avait probablement « dévié de sa course en étant surpris par la présence des militaires ».

Des centaines de Palestiniens d’Araba ont participé jeudi soir à une marche pour protester contre la mort de Hamdan.

Mohammad a demandé à Israël de rendre la dépouille du quinquagénaire à sa famille pour qu’il puisse être inhumé.

« Nous aimerions qu’il soit enterré dans les meilleurs délais. C’est important, dans notre tradition, de procéder aux funérailles rapidement après la mort », a-t-il expliqué. « Nous avons fait appel au bureau du coordinateur palestinien et il nous affirme qu’Israël n’a pas encore accepté de rendre le corps ».

Le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires [COGAT], branche du ministère de la Défense responsable de la liaison avec les Palestiniens, a renvoyé les questions portant sur la dépouille de Hamdan à l’armée, qui a pour sa part refusé tout commentaire sur le sujet.

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