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Une lettre des Archives US révèle l’ampleur du scandale qui éclabousse Trump

L'ex-président américain a conservé des documents liés à certains des secrets les plus sensibles et pourrait avoir obstrué l'enquête qui a suivi, selon un courrier qui a fuité

Une lettre de la responsable des Archives nationales américaines Debra Steidel Wall écrite à l'équipe d'avocats de l'ex-président Donald Trump, photographiée le 23 août 2022. (Crédit : AP Photo/Jon Elswick)
Une lettre de la responsable des Archives nationales américaines Debra Steidel Wall écrite à l'équipe d'avocats de l'ex-président Donald Trump, photographiée le 23 août 2022. (Crédit : AP Photo/Jon Elswick)

Après avoir quitté la Maison Blanche au mois de janvier 2021, l’ancien président américain Donald Trump a emmené avec lui des centaines de pages de documents classifiés hautement sensibles liés à des questions de sécurité nationale qu’il a conservés dans son club privé de Floride, a montré une lettre envoyée par les Archives nationales aux avocats de Trump, cette année.

Le courrier, cité par le New York Times dans un article publié mardi, donne une première indication de l’ampleur et de la sensibilité des documents conservés par l’ancien président sans qu’il en ait été autorisé à son départ de la Maison Blanche.

Il confirme que Trump a conservé des documents liés aux Special Access Programs, qui sont considérés comme les secrets parmi les plus sensibles du gouvernement américain – ce qui pourrait potentiellement le rendre coupable de crime pénal, selon le rapport.

Ces programmes sont habituellement liés à des opérations excessivement délicates menées à l’étranger, à des technologies réservées ou à des capacités particulières détenues par les États-Unis.

L’existence de la missive, adressée à l’avocat de Trump, Evan Corcoran, et écrite par la responsable des archives américaines Debra Steidel Wall, a été révélée lundi soir par John Solomon, qui assure la liaison entre Trump et les archives.

Datée du 10 mai, elle explique aussi la décision prise par le département de la Justice d’ouvrir une enquête de sécurité nationale sur la détention, par Trump, de secrets gouvernementaux – ce qui a entraîné un raid des agents du FBI dans la propriété de Mar-a-Lago de l’ancien président, au début du mois.

Elle décrit « la communication en cours » entre les responsables des archives et les avocats de Trump au sujet des documents présidentiels manquants – ce qui avait amené Trump à renvoyer quinze boîtes d’informations hautement sensibles et de documents appartenant aux Special Access Programs au mois de janvier.

Ces boîtes contenaient plus de 150 documents classifiés, un nombre si important qu’il a aidé à déclencher l’ouverture de l’enquête pénale.

La lettre indique également néanmoins que les avocats sont parvenus à encore retarder le processus d’évaluation des dommages entraînés par la disparition de ces documents de la Maison Blanche en demandant plus de temps pour évaluer la possibilité qu’ils étaient été protégés par « le privilège du pouvoir exécutif », une affirmation qui a été finalement rejetée par Wall, selon le courrier.

Il vient donc saper un grand nombre des affirmations faites actuellement par l’équipe qui assure la défense de Trump – elle a notamment estimé que les officiels fédéraux auraient dû demander les documents qui leur auraient été remis à n’importe quel moment, et ils ont expliqué que les documents étaient protégés par une ordonnance exécutive, une assertion qui a été rejetée par le gouvernement.

La lettre pourrait ainsi peindre une image très différente de celle avancée par les avocats de Trump concernant la volonté apparente de l’ancien président de coopérer avec les archives et avec le département de la Justice dans ce dossier.

Et elle pourrait finalement laisser penser que Trump a intentionnellement obstrué l’enquête sur les documents.

Les agents des services secrets à une entrée de la propriété de l’ancien président américain Donald Trump à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, le 8 août 2022. (Crédit : AP/Terry Renna)

Lundi, les avocats de Trump ont demandé à un juge fédéral de mettre un terme au réexamen par le FBI des documents saisis à Mar-a-Lago jusqu’à ce qu’un acteur plus neutre puisse être délégué à l’inspection des registres.

La requête a été incluse dans une plainte fédérale – le premier dépôt de la part de l’équipe de Trump dans les deux semaines qui se sont écoulées depuis la perquisition.

La plainte évoque d’ailleurs cette perquisition du 8 août, au cours de laquelle le FBI a dit avoir retrouvé onze séries de documents classifiés à Mar-a-Lago, en évoquant « une initiative étonnamment agressive ». Elle a aussi attaqué le mandat de perquisition, selon elle très large, prétendant que Trump avait droit à une description plus détaillée des registres saisis, notant que le FBI et le département de la Justice le traitaient depuis longtemps « de manière inéquitable ».

« La force de la loi est un bouclier qui protège l’Amérique. Elle ne saurait être utilisée comme arme pour des desseins politiques », ont écrit les avocats, lundi. « Et nous cherchons donc une aide judiciaire dans le sillage du raid inutile et sans précédent » à Mar-a-Lago.

Trump lui-même a affirmé que « TOUS les documents avaient été déclassifiés » – même s’il n’a montré aucune preuve venant soutenir cette affirmation – et il a dit que les dossiers « avaient été illégalement saisis à mon domicile ».

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