Une molécule cérébrale pourrait déterminer un comportement anti-social
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Une molécule cérébrale pourrait déterminer un comportement anti-social

Pour des chercheurs de l’institut Weizmann, l’urocortine-3 pourrait participer à la détermination du commencement de nouvelles relations

Des Israéliens socialisent pendant la Nuit Blanche annuelle de Tel Aviv, le 30 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Des Israéliens socialisent pendant la Nuit Blanche annuelle de Tel Aviv, le 30 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Si vous détestez rencontrer de nouvelles personnes et avez une tendance à éviter les contacts visuels, vous pouvez maintenant essayer d’accuser une molécule particulière de votre cerveau pour vos tendances anti-sociales.

Cette même molécule pourrait aussi jouer un rôle dans votre capacité à vous aventurer en dehors de votre zone de confort et à entreprendre des actions sociales difficiles, comme déménager de chez vos parents, divorcer ou changer de travail ou d’appartement, selon une étude de l’institut Weizmann.

L’étude, publiée cette semaine dans Nature Neurosciences, suggère qu’une molécule impliquée dans la régulation du stress dans le cerveau pourrait aider à déterminer la volonté d’un individu à quitter la sécurité de son groupe social et à commencer de nouvelles relations.

Dans une étude réalisée sur des souris, les chercheurs ont identifié un mécanisme de stress qui semble agir comme un « interrupteur social » : il entraîne les souris à augmenter leurs interactions avec des « amis » et des « connaissances » ou, au contraire, à réduire ces interactions et à chercher à plutôt rencontrer des étrangers.

Puisque un système de stress similaire agit dans le cerveau humain, les découvertes suggèrent qu’un mécanisme similaire pourrait réguler la manière font les humains affrontent des difficultés sociales.

Des perturbations de ce mécanisme pourraient être responsables des difficultés d’adaptation sociale des individus souffrant d’anxiété sociale, ainsi que d’autisme, de schizophrénie, ou d’autres pathologies, ont déclaré les chercheurs.

« La plupart des contacts sociaux impliquent un certain niveau de stress ou d’anxiété sociale, même quand nous interagissons avec des personnes que nous connaissons bien, par exemple, pendant un repas avec la famille élargie », a déclaré le Dr Yair Shemesh, co-auteur de l’étude au département de neurobiologie de Weizmann. « En fait, du point de vue de l’évolution, des niveaux modérés d’appréhension sociale sont essentiels pour la sécurité et le succès de l’engagement social. »

Des souris et des hommes

Les scientifiques ont utilisé deux expériences comportementales pour étudier comment les souris affrontaient l’interaction avec d’autres souris.

L’une était un « labyrinthe social », dans lequel les souris pouvaient choisir d’interagir via un filet avec des souris familières ou étrangères, ou même d’éviter toute interaction. L’autre était une arène spéciale, dans laquelle un groupe de souris était suivie par caméra, et les observations analysées avec un algorithme informatique créé à cet effet. Ces installations ont permis aux chercheurs d’étudier les différents types d’interactions, comme l’approche, le contact, l’attaque, ou la chasse, parmi les souris pendant plusieurs jours.

« Dans les environnements sociaux, les intérêts d’un individu affrontent souvent les besoins et attentes du groupe », a déclaré le professeur Alon Chen, qui dirige le laboratoire. « L’individu doit donc maintenir ce que l’on appelle une balance socio-émotionnelle : entre le traitement des signaux sociaux et sa réponse émotionnelle à une telle pression. »

Les résultats ont montré qu’un mécanisme moléculaire impliqué dans la gestion du stress dans le cerveau des souris détermine leur comportement envers les autres souris.

Le mécanisme implique une petite molécule de signalisation ; l’urocortine-3, et son récepteur, situé à la surface des neurones. L’urocortine-3 et son récepteur sont des facteurs de libération de la corticotropine, ou système CRF, qui joue un rôle central dans la gestion du stress. Ces deux molécules sont majoritairement exprimées dans une région du cerveau appelée amygdale médiane, connue pour être associée au comportement social chez les souris.

Les souris qui ont des niveaux élevés d’urocortine-3 dans le cerveau cherchent activement des contacts avec de nouvelles souris, ignorant même leur propre groupe. Mais quand l’activité de l’urocortine-3 et de son récepteur est bloquée dans leurs cerveaux, les souris choisissent de se socialiser principalement au sein du groupe, évitant les contacts avec les étrangers.

« Dans la nature, les souris vivent en groupe, et les défis sociaux qu’elles affrontent au sein du groupe diffèrent des relations avec les intrus. Il est par conséquent logique qu’un mécanisme cérébral produise différents types d’adaptations sociales dans ces deux situations », a déclaré Oren Forkosh, co-auteur de l’étude.

« Chez les humains, ce mécanisme pourrait être impliqué quand nous pensons à déménager de chez nos parents, à divorcer ou à changer de travail ou d’appartement. »

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