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Une page se tourne avec le procès de l’attentat de la rue Copernic à Paris

La communauté juive attend que justice soit rendue, malgré l'absence d'Hassan Diab, auteur présumé de l'attentat de 1980 à Paris qui a fait 4 morts et 46 blessés

Cette photo d'archives montre des pompiers debout près de l'épave d'une voiture et d'une motocyclette après un attentat à la bombe contre la synagogue de la rue Copernic, causant la mort de quatre personnes prise rue Copernic à Paris, le 3 octobre 1980. (Crédit : AFP/STF)
Cette photo d'archives montre des pompiers debout près de l'épave d'une voiture et d'une motocyclette après un attentat à la bombe contre la synagogue de la rue Copernic, causant la mort de quatre personnes prise rue Copernic à Paris, le 3 octobre 1980. (Crédit : AFP/STF)

PARIS, France (JTA) – Si la salle d’audience était bondée, lundi, la chaise du prévenu, elle, est restée vide, lors de l’ouverture d’un procès qui fera date dans l’histoire juive française, quelque 43 années après l’attentat à la bombe de la synagogue que Hassan Diab est accusé d’avoir orchestré.

Un premier mandat d’arrêt pour l’attentat de 1980, qui a fait quatre morts et 46 blessés, avait déjà été délivré à Diab, un universitaire libanais vivant au Canada, en 2008.

Et, non seulement, le procès ne commence que maintenant, mais Diab a décidé de ne pas être présent, suscitant des critiques tant de la part des procureurs que des Juifs de France, qui espèrent pouvoir trouver un semblant de réponse après des décennies de traumatisme.

« La décision de Hassan Diab de ne pas se présenter devant votre tribunal est une grande honte pour votre juridiction », a déclaré le procureur général le premier jour du procès, lors d’une discussion sur l’opportunité de délivrer un mandat d’arrêt, une décision qui impliquerait l’annulation du procès.

« Quel être humain prendrait une autre décision que celle-là ? », a répondu l’avocat de Diab, William Bourdon, à propos du choix de son client de ne pas venir en France pour y être jugé. « Cette décision est humainement respectable. Elle n’est en aucun cas un signe de lâcheté. »

La synagogue libérale de la rue Copernic, cible de l’attentat à la bombe, se trouve au cœur d’un quartier résidentiel aisé, dans le 16e arrondissement de Paris. Un visiteur ne saurait deviner aujourd’hui que le plafond a été brisé en mille morceaux, que le sol a été taché de sang. Hormis la plaque commémorative à l’entrée, rien n’indique que la synagogue a été le théâtre d’un attentat terroriste meurtrier.

Et pourtant, les peurs et les angoisses sont tangibles lors du procès. Ces peurs sont le résultat direct de l’attentat que l’on appelle aujourd’hui l’attentat de la rue Copernic, qui a eu lieu le 3 octobre 1980, et qui est considéré comme le premier attentat antisémite mortel commis en France depuis la Shoah.

Une série d’attaques antisémites tant contre des cibles communautaires que des individus ont contribué à exacerber chez de nombreux Juifs français un sentiment de peur, à la fois par rapport à leur vulnérabilité personnelle mais aussi au regard de l’engagement de l’État à assurer leur sécurité.

L’avocat français de l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT) David Pere (G), Corinne Adler, une victime âgée de 13 ans à l’époque, et l’avocat français de l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT) Antoine Casubolo Ferro assistent à l’ouverture du procès par contumace de Hassan Diab, accusé de l’attentat à la bombe de 1980 contre la synagogue de la rue Copernic, au Palais de Justice de Paris, le 3 avril 2023. (Crédit : Bertrand Guay/AFP)

Si certaines poursuites pour des agressions potentiellement antisémites n’ont pas toujours satisfait les Juifs de France, le long et pénible chemin qui a mené au procès de Diab témoigne d’une grande diligence de la part de nombreuses personnes impliquées dans cette affaire.

Bernard Cahen, avocat de la synagogue et de l’une des victimes, aujourd’hui octogénaire, a juré qu’il mènerait l’affaire jusqu’au bout.

« Quelle que soit l’issue, cette affaire dure depuis bien trop longtemps », a-t-il déclaré lors d’une interview à la Jewish Telegraphic Agency, ajoutant sur le ton de la plaisanterie : « Tout le monde s’étonne que je sois encore là pour représenter mes clients. »

Cette photo d’archives montre Hassan Diab, arrêté en novembre 2008 pour son rôle présumé dans un attentat contre une synagogue de Paris en 1980, alors qu’il arrive au palais de justice de Paris, le 24 mai 2016. (Crédit : Bertrand Guay/AFP)

Cahen représente Monique Barbé, qui a perdu son mari dans l’attentat alors qu’elle avait 37 ans. Aujourd’hui âgée de près de 80 ans et vivant dans le sud de la France, Monique Barbé ne viendra pas au procès.

« Je n’en ai pas la force. Mais j’ai hâte que tout cela se termine », a-t-elle déclaré à la JTA.

Quelque 300 fidèles assistaient à l’office du Shabbat et célébraient cinq bar mitzvot ce vendredi soir lorsque, à 18h35, une bombe a explosé juste à l’extérieur de la synagogue. La porte a été soufflée, le plafond de verre s’est effondré sur les fidèles ; des bancs en bois ont été projetés à travers la pièce.

Une piétonne observe les dégâts après l’explosion d’une bombe à la synagogue de la rue Copernic à Paris, le 4 octobre 1980. (Crédit : Jean Claude-Delmas/AFP)

À l’extérieur de la synagogue, la scène était encore plus horrible. Dans son livre sur l’affaire, le journaliste français Jean Chichizola décrit « des voitures jetées sur la chaussée comme des jouets d’enfants », « des flammes léchant les étages supérieurs des immeubles adjacents » et « des vitrines explosées tout au long de la rue ».

Une zone de guerre dans laquelle gisaient quatre corps. La journaliste de la télévision israélienne Aliza Shagrir, 44 ans, fauchée par l’explosion alors qu’elle passait par là ; Philippe Boissou, 22 ans, qui passait à moto, également mort sur le coup ; le chauffeur Jean-Michel Barbé, retrouvé mort dans sa voiture, stationnée juste devant la synagogue où il attendait des clients qui assistaient à l’office ; et Hilario Lopes-Fernandez, un employé d’hôtel, se trouvant près de là, grièvement blessé et qui va mourir de ses blessures deux jours plus tard.

Les enquêteurs ont rapidement pu établir que la bombe avait été placée dans la sacoche d’une moto de marque Suzuki garée devant la synagogue. La bombe était censée exploser au moment où les fidèles sortaient de l’édifice, pour causer davantage de morts. Mais la cérémonie avait commencé avec quelques minutes de retard.

Dans un premier temps, l’attentat a été revendiqué par un homme proche d’un groupe néo-nazi. Ce dernier a induit les enquêteurs en erreur pendant des mois avant d’avouer qu’il n’avait rien à voir avec l’attentat. L’attentat a finalement été attribué à un groupe extrémiste du Moyen-Orient, le Front populaire de libération de la Palestine – Opérations spéciales, et les enquêteurs ont allégué que Diab était celui qui avait posé la bombe. Après l’émission d’un mandat d’arrêt en 2008, il a été extradé du Canada en 2014, mis en examen à Paris avant d’être incarcéré.

Toutefois, à la surprise générale, un non-lieu a été prononcé en 2018, permettant à Diab de rentrer au Canada en homme libre. Les procureurs ont fait appel, ce qui a donné lieu à un autre retournement de situation surprenant. En 2021, le tribunal a confirmé la décision antérieure, ordonnant que Diab soit finalement jugé.

« C’est une blessure béante pour la communauté juive. Ici, en France, les gens n’oublient pas cet horrible attentat », a déclaré l’historien Marc Knobel à JTA. « N’oublions pas combien nous avons été choqués et blessés à l’époque. »

En effet, l’indignation qui a suivi immédiatement l’attentat a été féroce. Les principaux syndicats français ont appelé à une grève nationale en signe de solidarité avec les Juifs, tandis que les ministres du gouvernement ont promis une réponse rapide et ont déployé des policiers sur d’autres sites juifs. Pendant ce temps, les Juifs ont protesté dans les rues, certains jurant de prendre la sécurité en main, lors d’une manifestation qui préfigurait des tensions de longue date au sein du judaïsme français.

Des manifestants descendent les Champs-Élysées pour protester contre l’explosion d’une bombe à la synagogue de la rue Copernic à Paris, qui a tué quatre personnes et en a blessé 30 autres, le 4 octobre 1980. (Crédit : Jean Claude-Delmas/AFP)

Plus de quarante ans plus tard, Monique Barbé revient sur cette tragédie qui a changé sa vie à jamais.

« Cela a détruit ma vie. Pendant très longtemps, j’ai vécu dans un état d’épuisement nerveux », dit-elle. « Vous vous rendez compte, j’ai dû aller identifier le corps de mon mari. Au poste de police, on m’a rendu sa carte d’identité à moitié brûlée et son alliance abîmée. C’est tout ce qu’il restait. »

Mais elle s’interroge sur la portée exacte de l’attentat et du procès pour des personnes dont les liens sont plus lointains que les siens.

« Je pense que ce procès est nécessaire, mais à l’exception de ceux qui ont perdu leurs proches, je ne vois pas pourquoi quelqu’un y penserait encore aujourd’hui, car cela fait si longtemps », a déclaré Mme Barbé. « De plus, il y a eu tellement d’attaques terroristes depuis. »

Jean-François Bensahel, président de la synagogue Copernic, estime, lui, que ce procès revêt une grande importance, même pour ceux qui n’étaient pas nés au moment de l’attentat.

« Il est gravé dans l’histoire de notre communauté », a-t-il déclaré lors d’une interview. « Nous ne comprenons pas pourquoi Hassan Diab a décidé de ne pas se présenter au procès, mais rien n’est encore joué. Je veux croire que la justice sera rendue. »

Selon Bensahel, les effets les plus durables de l’attentat vont au-delà du procès, comme en témoignent les dispositifs de sécurité renforcés désormais familier à tous ceux qui fréquentent les institutions juives françaises.

« Malheureusement, les synagogues en France (et dans beaucoup d’autres pays) sont toutes sous protection, même s’il est complètement contre-intuitif d’avoir des mesures de sécurité dans un lieu de culte où l’on aspire généralement à la paix », a-t-il déclaré. « Cela montre bien que quelque chose ne va pas dans le monde. »

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