Une petite île de judaïsme dans la politique hawaïenne
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Une petite île de judaïsme dans la politique hawaïenne

Minuscule mais loyal, le contingent juif du plus jeune Etat américain a un sentiment d'identité unique et fort

Linda Lingle a été gouverneure de Hawaii pendant deux mandats entre 2002 et 2010, et est le politicien juif le plus connu d'Hawaii. (Wikimedia Commons)
Linda Lingle a été gouverneure de Hawaii pendant deux mandats entre 2002 et 2010, et est le politicien juif le plus connu d'Hawaii. (Wikimedia Commons)

BIG ISLAND, Hawaii – Dans son enfance à Pittsburgh, en Pennsylvanie, Josh Green devait souvent déchiffrer son héritage pour ses camarades de classe non-juifs. En tant que sénateur d’Etat à Hawaii, la même responsabilité lui est incombé.

« J’étais le seul enfant juif dans mon école et les gens se tournaient vers ma famille pour qu’ils leur expliquent le judaïsme et les Grandes Fêtes », se souvient Green, qui a grandi dans un environnement réformé et vit maintenant à Kailua-Kona à Hawaï. « A Hawaii, il y a très peu de connaissances sur le judaïsme et je me retrouve souvent comme je le faisais dans mon enfance quand je dois expliquer notre foi à mes collègues. »

Green, qui est un élu du parti démocrate et responsable de la majorité dans l’État, est l’un des rares politiciens ayant une ascendance juive exerçant des fonctions dans l’archipel du Pacifique. Peut-être que l’élu juif le plus connu d’Hawaii fut l’ancienne gouverneure républicaine, Linda Lingle, qui est à présent conseillère du gouverneur (non-juif) de l’Illinois Bruce Rauner.

Les élus actuels d’Hawaï ayant des liens juifs incluent le sénateur d’Etat démocrate Russell Ruderman et le sénateur d’Etat républicain ainsi que le leader de la minorité Sam Slom. Au moins deux autres élus, la représentante Nicole Lowen, et le sénateur J. Kalani English sont nés de pères juifs. Un autre parlmentaire d’Hawaii, le sénateur démocrate Brian Schatz représente « l’Etat de l’Aloha » à Washington.

« Nous plaisantons et kibitzons (terme venant du yiddish pour ‘bavarder’) un peu, l’un avec l’autre, » a dit Ruderman au Times of Israel. « Nous ne sommes pas liés spécifiquement d’une manière juive. C’est plus qu’une identité culturelle. »

Russell Ruderman parlant de l'agriculture biologique lors d'une réunion à la mairie le 12 décembre 2013. (Capture d'écran YouTube)
Russell Ruderman parlant de l’agriculture biologique lors d’une réunion à la mairie le 12 décembre 2013. (Capture d’écran YouTube)

Comme beaucoup de membres de la tribu sous divers horizons, ces politiciens partagent la culture juive comme un point de référence commun à des degrés divers. En dehors du sénateur d’État English, presque toutes sont des greffes continentales dans le Pacifique.

Chacun met l’accent sur des questions spécifiques dans leur travail législatif, et de temps en temps se tournent vers Israël pour s’en inspirer. Certains d’entre eux ont aussi un autre emploi, allant de la médecine à l’industrie des aliments naturels. Et ces professions contribuent parfois à leur travail parlementaire.

Pour Green, un professionnel de la santé, le chevauchement entre ses responsabilités est tout à fait évident.

« Je crois que les gens ont besoin de quelqu’un qui se batte pour eux, qui comprenne leurs plus grands difficultés », dit Green, un médecin d’urgence. « Je… vois des gens dans des moments de stress extrême et de besoin. Cela m’aide dans mon travail de sénateur ».

Dans le cadre de son Weltanschauung, le judaïsme joue également un rôle dans l’approche de Green.

« J’intègre mes croyances et mon travail médical dans ma fonction de législateur – mais je le fais de façon très discrète et fais attention d’accueillir des gens de toutes confessions et de toutes origines dans mes efforts pour aider les gens », dit Green, qui prévoit de rendre visite à sa lointaine famille à Haïfa dans l’avenir avec sa femme et ses enfants.

‘J’intègre mes croyances dans ma fonction de législateur’

Avec 18 ans de service derrière lui, Slom est le politicien doté de la plus grande ancienneté parmi eux. Il est également le seul républicain.

Originaire d’Allentown, en Pennsylvanie et ayant étudié à l’université de Hawaii, Slom a grandi dans un milieu réformé et a reçu son diplôme en droit de la LaSalle University Law School. Jusqu’à ce qu’il ait pris sa retraite il y a deux ans, il a dirigé Smart Business Hawaii, la plus grande organisation pour les petites entreprises dans l’Etat.

Son engagement politique remonte à 1996, quand il a travaillé pour la première campagne de Lingle pour être gouverneure dans laquelle elle a été vaincue par un écart de 1 % dans l’élection la plus serrée dans l’histoire hawaïenne.

Elle a finalement acquis de la distinction en étant pendant deux mandats à la fois la première femme gouverneure de Hawaii et le premier juif à ce poste de 2002 à 2010. Elle a également été la première élue républicaine de l’Etat depuis 1962, année à laquelle William Quinn avait quitté ses fonctions.

« Les gens nous demandaient si elle allait interdire Noël », a confié Slom au Times of Israel. Bien qu’il ait d’abord repondu sérieusement à ses opposants, après un certain temps, il est rentré dans leur jeu. « Je leur ai dit oui, elle va interdire Noël, mais elle va instituer Hanoukka à sa place et ce sera mieux parce que cela dure huit jours. »

Sam Slom a été impliqué dans la politique hawaïenne depuis 1996 quand il a travaillé sur la campagne de Linda Lingle pour le poste de gouverneur. (Autorisation)
Sam Slom a été impliqué dans la politique hawaïenne depuis 1996 quand il a travaillé sur la campagne de Linda Lingle pour le poste de gouverneur. (Autorisation)

Malgré le statut de Slom comme seul républicain parmi les 25 sénateurs d’Etat, Ruderman suggère qu’il y a beaucoup d’autres conservateurs sous l’étiquette démocrate « simplement parce qu’ils veulent jouer dans l’équipe gagnante. Dans tout autre Etat, ils seraient républicains … Il y a probablement quelques démocrates qui sont plus conservateurs que Sam Slom, l’unique républicain ».

Bien qu’il n’y ait pas de statistiques officielles sur le nombre de Juifs vivant dans l’Etat, l’archipel abrite un nombre surprenant de Juifs.

« Il y a une communauté juive assez forte ici même si nous n’avons pas de synagogue », dit Ruderman. « Les gens viennent ici et ne voyant aucune synagogue, ils s’imaginent qu’il ne doit y avoir aucun Juif. »

Ruderman s’est installé dans l’île il y a 18 ans depuis la Region de la Baie de San Francisco. Se décrivant comme « non laïc et non orthodoxe », il assiste à l’occasion à des événements organisés par une shul indépendante, Kona Beth Shalom, qui ne possède pas de bâtiment à elle.

En tant que Juifs nés en Terre Sainte sous le mandat britannique, les parents de Ruderman parlaient hébreu dans la jeune enclave juive. Bien que lors de sa dernière visite en Israël avec ses parents et sa sœur il n’avait que 10 ans, il aimerait revenir. Son hébreu est « un peu rouillé », reconnaît-il, mais il peut parler « k’tzat, » un peu.

Les grands-parents russes de Ruderman avaient nommé leur fille Aviva d’après leur ville d’adoption, Tel-Aviv. Et Ruderman, qui est le père d’une fillette de 4 mois avec sa femme philipino-américaine, a récemment poursuivi la tradition en nommant leur fille Aviva.

Ruderman dit : « Nous avons gardé son nom vivant à cet égard. »

Ruderman crédite ses parents de lui avoir donné un sens de l’éthique enraciné dans le judaïsme.

‘Je porte en moi un certain sentiment de fierté que je ne me prosternerai devant personne, hormis devant Dieu’

« Je porte en moi un certain sentiment de fierté que je ne me prosternerai devant personne, hormis devant Dieu et qui dicte la façon dont je me conduis en politique », dit Ruderman. « La forme que cela prend n’est pas de ne pas se prosterner physiquement, mais pas de ne pas se prosterner devant les tyrans qui veulent que vous vous prosterniez devant eux. Et je ressens un fort sentiment d’être éthique dans mon travail et dans mes relations politiques. Mes parents m’ont enseigné leur version du judaïsme qui a beaucoup à voir avec la façon de traiter autrui avec respect ».

Ruderman joue dans deux groupes musicaux, un groupe latino appelé El Leo, et un groupe reprenant les hits de Grateful Dead appelé Terrapin Station d’après une célèbre chanson des Dead.

Se décrivant lui-même comme écologiste libéral étreignant les arbres, Ruderman possède également trois magasins prospères d’aliments naturels appelés Island Naturals. L’agriculteur Michael Manor né en Israël salue Ruderman pour son rôle de leadership pour aider les petits agriculteurs.

Michael Manor avec un panier de légumes cultivés dans sa ferme biologique. (Photo: Lisa Klug / Times of Israel)
Michael Manor avec un panier de légumes cultivés dans sa ferme biologique. (Photo: Lisa Klug / Times of Israel)

« Russell Ruderman a fait plus pour aider les agriculteurs biologiques d’Hawaï que tout le ministère de l’agriculture de l’Etat, et il n’y a pas que Russell. Il y a également les gérants dans ses magasins », dit Manor, qui vend sa production à Island Naturals depuis que la société a été lancée en 1998. » Ils ont joué un rôle pour permettre aux agriculteurs de cultiver quelque chose qu’ils peuvent vendre et pour les encourager ».

Se tourner vers Israël pour l’inspiration sur les questions d’eau est important pour le sénateur English, qui est originaire de terres agricoles luxuriantes à Hana dans l’île Maui.

J. Kalani English siège au Sénat d'Hawaii depuis 2000. Il a visité Israël il y a 10 ans. (Autorisation)
J. Kalani English siège au Sénat d’Hawaii depuis 2000. Il a visité Israël il y a 10 ans. (Autorisation)

« La permaculture et le dessalement sont deux domaines pour lesquels Hawaii accorde une attention particulière en Israël », dit English, qui siège au Sénat depuis 2000 et s’est rendu dans l’Etat juif il y a environ une décennie.

« Je me sentais très à l’aise quand je suis allé en Israël parce que je ressentais beaucoup de similitudes. Nous avons le respect pour nos ancêtres et nous avons cette idée que la lignée et les détenteurs de la lignée sont importants ».

La mère d’English a confié son fils à ses propres parents pour être élevé à Maui, ce qu’il a décrit comme une tradition courante appelée « hanai, » une forme d’adoption.

« Pour les Hawaïens, nous sommes très conscients de notre héritage, de nos ancêtres », dit English, qui n’a pas connu pas son père, mais seulement sa mère. « Elle a dû faire en sorte que je comprenne que mon père était un Juif russe. Il n’y avait jamais rien de caché ».

Le maintien d’un sens de l’héritage est tout aussi important pour la représentante Lowen, dont la sœur est mariée à un Israélien et a une double nationalité américaine et israélienne. Lowen a grandi sans être affiliée à un courant particulier du judaïsme et a déménagé à plusieurs reprises parce que son père travaillait dans le service diplomatique du département d’Etat américain, une carrière qui inspire son propre service dans la fonction publique.

« Nous avons beaucoup voyagé et nous sommes beaucoup déplacés, donc je n’ai pas eu une éducation religieuse cohérente », confie Lowen. « Je suis en quelque sorte une personne laïque mais je m’identifie vraiment à l’histoire de ma famille juive et cela a toujours été important pour moi. »

La représentante d'État Nicole Lowen a des liens forts  avec son côté juif et des membres de sa famille ont été assassinés dans la Shoah. (Autorisation)
La représentante d’État Nicole Lowen a des liens forts avec son côté juif et des membres de sa famille ont été assassinés dans la Shoah. (Autorisation)

Originaire de Long Island, son père lui a raconté des histoires de la famille tels que le grand-père de Lowen, Ernest Jacob Wile, qui a été président du Temple Rodeph Shalom à Manhattan – une des plus anciennes synagogues aux Etats-Unis. D’autres membres de la famillle ont péris dans la Shoah.

Né en 1932, son père évoquait l’époque de la guerre et avait en Allemagne un cousin, Gustav, qui correspondait avec la famille.

« Il envoyait des lettres et disait au début que tout allait bien, puisque cela n’allait pas bien et « pouvez-vous m’envoyer des chaussures ? », Puis les lettres ont cessé d’arriver », se souvient-elle.

« Je m’identifie avec la moitié de moi qui est juive mais c’est plus une identification que nous partageons tous avec la famille en Europe qui a péri dans l’Holocauste, » dit Lowen. « À Hawaii, nous sommes des minorités de tant de façons différentes », dit-elle en montrant les nombreux insulaires du Pacifique, les Asiatiques et les autres ethnies qui composent la population.

« Il n’y a pas de majorité à Hawaii, » approuve English. « Tout le monde est un mélange et un composite et tout le monde est très tolérant envers les croyances et le mode de vie de chacun. Voilà pourquoi Hawaï est un endroit accueillant et tolérant ».

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