Une Philippine et son fils handicapé mental menacés d’expulsion libérés
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Une Philippine et son fils handicapé mental menacés d’expulsion libérés

Precy Koanka et son fils de 12 ans ont été renvoyés chez eux jusqu'à ce que le ministère de l'Intérieur statue sur leur cas. Une 2e famille philippine a demandé à rester en Israël

Ofrecina (Precy) Koanka et son fils ayant des troubles cognitifs Michael James, connu sous le nom de MJ, 12 ans. (Capture d'écran)
Ofrecina (Precy) Koanka et son fils ayant des troubles cognitifs Michael James, connu sous le nom de MJ, 12 ans. (Capture d'écran)

Un tribunal d’examen des motifs de détention en matière d’immigration a accepté dimanche de libérer une travailleuse philippine et son fils souffrant de troubles cognitifs qui se trouvent illégalement dans le pays, en attendant que le ministère de l’Intérieur réponde définitivement à leur demande pour raisons humanitaires de demeurer en Israël.

Il y a une semaine, les agents de l’immigration ont organisé un raid à l’aube à Yehud, au centre d’Israël chez Ofrecina (Precy) Koanka et son fils Michael James, alias MJ, 12 ans. Les deux ont été placés en détention dans des locaux de l’aéroport Ben Gurion avant leur expulsion vers les Philippines.

Né en Israël, Michael étudie dans un programme d’éducation spécialisée et devait entrer en cinquième à la rentrée. Selon un appel interjeté par l’avocat de la famille, le trouble cognitif de Michael signifie qu’il sera incapable d’apprendre une nouvelle langue s’il est expulsé.

Les parents et les enfants de l’école Hillel de Ramat Gan ont manifesté devant le tribunal dimanche matin pour demander la libération d’un camarade de classe philippin de 10 ans, Khean Esta, que les agents d’immigration ont également incarcéré avant son expulsion vers les Philippines.

פורסם על ידי ‏‎UCI United Children of Israel‎‏ ב- יום ראשון, 28 ביולי 2019

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Haya Mena (ci-dessus), avocate et membre du conseil municipal de Ramat Gan, a demandé l’annulation de l’ordre d’expulsion contre Geraldine Esta, Khean et Kathryn, cinq ans, et l’autorisation de rester en Israël, également pour des raisons humanitaires.

Le juge Ilan Halabaga a demandé à l’État d’expliquer comment sa décision de détenir et d’expulser les familles était dans l’intérêt supérieur des enfants nés et élevés en Israël.

L’avocate Shiran Tourjeman, représentant l’État, a répondu que les familles n’étaient pas obligées de rester en détention. Ils sont libres de quitter le pays et peuvent faire appel pour rester en Israël une fois qu’ils seront aux Philippines, a-t-elle dit.

La date du jugement qui décidera de l’avenir de la famille Esta reste indéterminée.

Les dossiers de Koanka et d’Esta sont considérés comme des tests pour des dizaines d’autres enfants de travailleurs illégaux, nés en Israël et qui ont grandi au sein de l’Etat juif, et qui courent dorénavant le risque d’être expulsés.

Des critiques généralisées

Des images filmées par les responsables de l’immigration montrant ces derniers entrant dans l’habitation de la famille Esta, à Ramat Gan, plaçant en état d’arrestation Géraldine, en larmes, lui demandant de faire rapidement ses bagages et l’emmenant accompagnée de ses deux enfants, hagards, dans une structure fermée ont été âprement critiquées.

Tous trois ont été enfermés dans une structure de détention de l’Autorité de la population et de l’immigration à l’aéroport Ben Gurion avant d’être transférés à la prison Givon, à Ramle. Les amis de Khean, qui fréquentent comme lui l’école Hillel de Ramat Gan, ont manifesté aux abords des deux structures, la semaine dernière.

Dans une note intitulée « Lettre depuis la prison » qui a été publiée jeudi sur Facebook, Khean écrit que « je suis Israélien et je ne veux pas aller aux Philippines. Je veux rester en Israël et je vous aime. Je ne veux pas m’en aller. »

Esta est arrivée en Israël en 2004 pour travailler comme aide-soignante. Mais elle est tombée enceinte en 2009 de Khean et elle a dû quitter son travail, qui impliquait de soulever de lourdes charges.

Comme un grand nombre de travailleuses étrangères qui se trouvent encore illégalement dans le pays, elle a fait face à des régulations compliquées qui stipulent que les femmes dans son cas sont tenues de renvoyer les bébés dans leurs pays d’origine, sous peine de ne pouvoir renouveler leurs visas et d’être arrêtées si elles ne quittent pas volontairement le pays.

Un grand nombre d’entre elles font le choix de néanmoins rester en acceptant des emplois subalternes – dans le but d’offrir à leurs enfants une vie meilleure que celle qu’ils vivraient aux Philippines.

Plusieurs personnalités publiques se sont insurgées contre ces expulsions.

Parmi elles, Nitzan Horowitz et Mossi Raz du parti du Meretz, l’ex-Premier ministre Ehud Barak, le maire de Yehud-Monson, Yeela Michal Maklis, le maire de Ramat Gan, Carmel Shama-Hacohen — ancien député sous l’étiquette du Likud – et l’actrice Yael Abecassis.

Le site Ynet a fait savoir dimanche dans un article en hébreu que tandis que le législateur issu des rangs de l’Union des partis de droite Bezalel Smotrich préférait expulser les travailleurs étrangers, le leader de cette même alliance, Rafi Peretz, avait déclaré à la municipalité de Ramat Gan qu’il prévoyait de demander au ministre de l’Intérieur Aryeh Deri de « prendre sérieusement en considération » le maintien des enfants dans le pays en raison des « circonstances particulières » de leur appartenance à la société israélienne.

La moitié de tous les aides-soignants sont des Philippins

Environ 60 000 aides-soignants – la majorité sont des femmes – sont actuellement employés en Israël, selon la Hotline pour les employés migrants, une organisation de défense des droits. La moitié d’entre eux sont originaires des Philippines. Un plus petit nombre est arrivé du Népal (15 %), mais aussi d’Inde, du Sri Lanka et de Moldavie (10 % chacun), les autres provenant de divers pays d’Europe orientale.

A l’origine, tous avaient été recherchés par les autorités israéliennes soucieuses de s’occuper d’une population croissante de personnes âgées qui, grâce aux avancées médicales, vivent plus longtemps. Ils étaient entrés légalement dans le pays, en payant souvent d’importants frais illégaux pour bénéficier de ce privilège.

Une aide domestique philippine et une Israélienne âgée à Tel Aviv. Illustration. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

En 2006 et en 2009, le ministère de l’Intérieur avait menacé d’expulser des centaines d’enfants nés en Israël dont les parents philippins n’avaient plus de visas de travail en bonne et due forme. L’indignation publique suscitée par cette menace avait entraîné, en 2010, la « décision humanitaire » de permettre à environ 1 000 enfants en âge d’aller à l’école, nés jusqu’en 2004, à rester dans le pays.

La majorité d’entre eux a depuis fait son service au sein de l’armée et a obtenu la citoyenneté israélienne.

Même s’il n’y a eu aucun changement dans la loi, l’Autorité de la Population, de l’Immigration et des Frontières, qui dépend du ministère de l’Intérieur, aura largement honoré cette décision pendant neuf ans.

Puis, ce printemps, les responsables de l’immigration ont commencé à avertir les aides-soignants dont les visas avaient expiré qu’ils devaient se préparer à être expulsés pendant l’été.

Selon l’organisation United Children of Israel, une association établie par des mères philippines et leurs soutiens israéliens pour lutter contre les expulsions, entre 1 000 et 1 200 enfants nés au sein de l’Etat juif et en âge d’aller à l’école risquent actuellement d’être renvoyés du territoire israélien.

Ainsi, 36 aides-soignantes qui se trouvent illégalement dans le pays et leurs enfants nés en Israël ont d’ores et déjà signé des ordonnances d’expulsion, promettant de quitter définitivement le pays entre le 15 juillet et le 1er août. Parmi elles, 25 sont originaires des Philippines, deux du Népal, l’une d’entre elle est d’Inde et une autre encore de Moldavie. Parmi les femmes philippines, une mère – qui n’a pas été identifiée – et son bébé de 11 mois qui ont été également arrêtés au cours de l’opération menée au domicile de Khean.

Dimanche, des manifestants se sont rassemblés devant le ministère de l’Intérieur à Tel Aviv. Mercredi, les élèves philippins de l’école Hillel et d’autres établissements du secteur de Tel Aviv se sont rendus à Jérusalem pour manifester aux abords de la résidence du Premier ministre (Ci-dessous : Des camarades d’école de Khean manifestent devant la structure de détention de l’aéroport Ben Gurion).

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פורסם על ידי ‏‎UCI United Children of Israel‎‏ ב- יום שלישי, 23 ביולי 2019

Un mouvement de protestation majeur aura également lieu au musée de Tel Aviv, le 6 août.

Des enfants philippins nés en Israël manifestent contre les expulsions aux abords de la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem, le 24 juillet 2019 (Crédit : Sue Surkes)

Soutien public

L’organisation United Children of Israel a collecté des messages de soutien de la part de membres du public qui affirment qu’ils ne peuvent pas imaginer leur vie, ou celle de leurs parents âgés, sans les soins aimants fournis par les employées philippines.

« Comme un grand, très grand nombre d’autres personnes en Israël, mon père a aussi eu la chance de bénéficier des soins d’une personne sage et sensible, qui nous est chère, et qui venait des Philippines », écrit Kobi Peterziel sur Facebook, en hébreu et en anglais. « Je ne peux pas imaginer la vie de mon père (et, je dois l’admettre, la nôtre) sans elle ».

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פורסם על ידי ‏‎UCI United Children of Israel‎‏ ב- יום חמישי, 25 ביולי 2019

« Et nous sommes des centaines de milliers. L’Etat d’Israël aurait dû étudier tous les moyens possibles de montrer sa reconnaissance à la communauté philippine si dévouée pour la contribution incroyable qu’elle a apportée aux personnes âgées en Israël (et non, le faible salaire versé n’est pas une expression appropriée de cette gratitude). Et au lieu de ça, l’Etat leur court après, eux et leurs enfants. C’est tellement terrible, tellement ingrat, tellement inhumain ! », ajoute-t-elle.

La vaste majorité des commentaires postés sur Facebook viennent soutenir le maintien des enfants dans le pays. Un Israélien suggère que les aides-soignants se mettent en grève plutôt que de manifester « devant des bureaux vides ». Un autre écrit que « ces images me donnent ce même sentiment que ce qu’ont pu ressentir les enfants juifs lorsque les nazis les ont découverts en clandestinité ». Les Juifs, continue-t-il, devraient le savoir mieux que quiconque. Certains suggèrent même de cacher les enfants courant le danger d’être expulsés.

Un communiqué de l’Autorité de la Population, de l’Immigration et des Frontières avait déclaré que tandis que les travailleurs avaient été arrêtés parce qu’ils se trouvaient illégalement dans le pays, une décision de principe avait été prise de permettre à leurs enfants de terminer l’année scolaire de manière appropriée, « par égard pour eux et par volonté de les accommoder ».

Après cela, les mères devaient honorer les accords signés en quittant volontairement le pays, avait poursuivi l’Autorité, qui avait ajouté que « nous déplorons les tentatives incessantes d’exploiter notre décision ».

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