Une rencontre entre Galant et une ministre autrichienne brise le boycott du FPÖ
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Une rencontre entre Galant et une ministre autrichienne brise le boycott du FPÖ

Karin Kneissl a noté que l'entretien, survenu lors d'un forum international, n'était pas officiel

Yoav Galant, ministre du Logement, à Beit Shemesh, le 3 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Yoav Galant, ministre du Logement, à Beit Shemesh, le 3 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le ministre du Logement Yoav Galant a rencontré lundi la ministre des Affaires étrangères autrichienne Karin Kneissl, devenant le premier responsable du gouvernement israélien à entrer en contact avec une représentante du parti pour la Liberté d’extrême-droite (FPÖ).

Kneissel a posté sur Twitter une photo prise avec Galant, notant que tous les deux se sont entretenus de manière non-officielle lors d’une réunion de l’Union pour la Méditerranée qui s’est tenue à Barcelone.

Elle a noté avoir « échangé ses points de vue sur l’université Hébraïque de Jérusalem ». Kneissel y a étudié les relations internationales dans le passé et elle parle un peu l’hébreu.

Israël boycottait le FPÖ – la formation est membre de la coalition au pouvoir en Autriche – en raison de son histoire. Ce mouvement d’extrême-droite a été longtemps un refuge pour les néo-nazis. Il défend actuellement des politiques ouvertement xénophobes.

Depuis l’accession du FPÖ au Parlement, lors des élections autrichiennes de 2017, Israël a pris soin de ne garder un contact officiel avec la formation qu’au niveau du service civil, évitant toute interaction avec les ministres, dont Kneissl.

Kneissl n’est pas membre du FPÖ mais elle y est affiliée. C’est la formation qui l’a désignée au poste de ministre des Affaires étrangères au sein du gouvernement actuel.

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Malgré l’inclusion du parti de la Liberté au sein du gouvernement, l’Autriche et Israël se sont significativement rapprochés depuis l’élection du jeune chancelier autrichien Sebastian Kurz.

Au mois de septembre, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rencontré Kurz en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.

Netanyahu a expliqué que Kurz l’avait informé des démarches prises par le gouvernement autrichien pour renforcer les liens avec la communauté juive du pays et pour préserver la communauté et son histoire. Il l’a également salué pour ses initiatives pour lutter contre l’antisémitisme, notamment pour avoir mis un terme à la parution d’un magazine d’extrême-droite appelé Die Aula.

En amont de la rencontre, la radio israélienne avait indiqué que les deux hommes évoqueraient probablement le boycott du FPÖ par Israël. Le reportage avait précisé que l’Etat juif mettrait probablement fin à son boycott de Kneissl. Par la suite, nulle information n’est venue confirmer que les deux hauts-responsables avaient en effet évoqué le sujet.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre le chancelier autrichien Sebastian Kurz, le 26 septembre 2018 à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies (Crédit : Avi Ohayun/GPO)

Les Juifs autrichiens sont vivement opposés au parti, affirmant qu’il n’a pas suffisamment fait pour se distancer de son passé antisémite et qu’il continue à promouvoir des positionnements problématiques.

Fondé en 1956, il a émergé de la Fédération des indépendants – qui avait connu une existence brève – un mouvement lancé après la Deuxième guerre mondiale par d’anciens nazis qui avaient perdu leur droit de vote. Son premier chef avait été un ex-officier de la Waffen SS et son dernier avait été Joerg Haider, fils controversé d’un haut-responsable du parti nazi.

Haider, de triste mémoire, avait salué la politique « disciplinée » en matière d’emploi sous le Troisième Reich. Il avait également qualifié les vétérans SS de « respectables » et décrit les camps de concentration comme des « camps de sanction ». Il est mort en 2008 dans un accident de voiture.

Sous la gouvernance de son nouveau chef, Heinz-Christian Strache, actuel vice-chancelier autrichien, le parti a tenté de prendre des distances face à ces positionnements pro-nazis et il est devenu un farouche défenseur d’Israël.

Au mois de décembre, Strache avait déclaré que Vienne « aspire à un contact honnête, durable et amical » avec l’Etat juif, affirmant que son parti d’extrême-droite serait « un partenaire essentiel dans la lutte contre l’antisémitisme en Europe ».

Des signes de ce dégel étaient clairement apparus lors de la visite en Israël de Kurz, au mois de juin.

Au cours de ce séjour, il avait juré de prendre la défense de l’Etat juif en Europe, qui adopte souvent une position anti-israélienne.

« Nous, Autrichiens, savons à la lumière de notre propre histoire que nous avons une responsabilité particulière à assumer vis-à-vis d’Israël et du peuple juif », avait dit Kurz. « Je peux vous assurer que l’Autriche combattra toutes les formes d’antisémitisme en Europe avec détermination, qu’il s’agisse de l’antisémitisme existant ou du nouvel antisémitisme qui a été importé ».

Raphael Ahren a contribué à cet article.

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