Une représentation du théâtre national en Cisjordanie déclenche un tollé
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Une représentation du théâtre national en Cisjordanie déclenche un tollé

Des artistes protestent contre le premier spectacle de Habima à Kiryat Arba ; le ministère de la Culture soupçonné d'avoir exercé une pression

Le centre culturel de l'implantation juive de Kiryat Arba, en Cisjordanie, le soir de son inauguration, le 19 septembre 2011. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le centre culturel de l'implantation juive de Kiryat Arba, en Cisjordanie, le soir de son inauguration, le 19 septembre 2011. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le théâtre national d’Israël se produira dans l’implantation de Kiryat Arba en Cisjordanie pour la première fois le mois prochain. Cette programmation a entraîné des critiques contre la troupe dans un contexte conflictuel, après les mesures du gouvernement pour que les spectacles culturels se rapprochent de la ligne nationaliste.

Le théâtre national Habima présentera « Une histoire simple », basée sur un texte de S. Y. Agnon, dans l’implantation située à proximité de Hébron le 10 novembre.

Des critiques ont affirmé qu’en présentant le spectacle à Kiryat Arba, l’organisation cédait à la pression de la ministre de la Culture Miri Regev (Likud), qui a affronté les institutions culturelles avec ses positionnements de droite.

Regev, qui avait menacé de retirer les financements aux artistes exprimant une position pro-palestinienne, a présenté des aides financières pour les groupes culturels qui se produisent en Cisjordanie, affirmant qu’elle voulait rendre la culture accessible à tous.

La ministre de la Culture et des Sports Miri Regev en conférence de presse à Jérusalem, le 31 août 2015 (Crédit : Marc Israël Sellem/Pool)
La ministre de la Culture et des Sports Miri Regev en conférence de presse à Jérusalem, le 31 août 2015 (Crédit : Marc Israël Sellem/Pool)

La ministre de la Culture propose 10 % d’aides supplémentaires pour ceux qui se produiront au-delà de la Ligne verte, et les institutions qui refusent de se rendre en Cisjordanie sont susceptibles de perdre un tiers de leur budget.

La performance à Kiryat Arba sera la première de Habima, même si la troupe a déjà joué en Cisjordanie auparavant, notamment pour un spectacle inaugurant la nouvelle salle culturelle de l’implantation d’Ariel, en 2010, qui avait été très critiqué.

Haim Weiss, célèbre professeur de littérature de l’université Ben-Gurion du Néguev, a écrit sur Facebook [lien en hébreu] qu’en jouant à Kiryat Arba, le théâtre Habima donnait une « légitimité à l’entreprise de colonisation en général, et particulièrement aux plus violentes et extrêmes d’entre elles. »

"Une histoire simple", par le théâtre national d'Israël Habima. (Crédit : capture d'écran YouTube)
« Une histoire simple », par le théâtre national d’Israël Habima. (Crédit : capture d’écran YouTube)

« La présence du théâtre, des employés et des acteurs, participe au processus de normalisation de l’occupation », a-t-il écrit.

D’autres artistes ont rejoint les protestations de Weiss, dont le dramaturge et metteur en scène Joshua Sobol, qui a déclaré à Haaretz que « Hébron et Kiryat Arba ne font pas partie d’Israël. Par conséquent, les institutions israéliennes ne devraient pas subir de pression pour s’y produire. »

En réponse au tollé, Habima a déclaré que la direction du théâtre rejetait « toute tentative de boycott culturel de tout endroit où vivent des citoyens israéliens. Le théâtre Habima est le théâtre national de l’Etat d’Israël. »

Le conseil municipal de Kiryat Arba a répondu sur sa page Facebook qu’il rendait « hommage au théâtre Habima qui rejoint les nombreux artistes et institutions qui ont pris part à la culture sioniste, qui relie toute la société israélienne. »

Pour sa part, Regev a écrit que « c’est une vision qui devient réalité. C’est ainsi que le théâtre national devrait agir. »

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