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Une responsable de l’ONU mise en cause pour ses publications antisémites

Francesca Albanese, responsable de l'enquête permanente sur Israël au Conseil des droits de l'Homme, a reconnu une "erreur" lorsqu'elle a évoqué "le lobby juif"

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

La rapporteuse spéciale des Nations unies, Francesca Albanese, s'adressant à l'ONU, en octobre 2022. (Crédit : YouTube)
La rapporteuse spéciale des Nations unies, Francesca Albanese, s'adressant à l'ONU, en octobre 2022. (Crédit : YouTube)

Une avocate à la tête de l’enquête permanente qui a été lancée par le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies sur le traitement des Palestiniens par Israël avait déclaré au cours du conflit qui avait opposé, en 2014, l’État juif et le Hamas à Gaza que « le lobby juif » contrôlait les États-Unis.

Francesca Albanese, une avocate italienne, a été désignée au début de l’année rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens. Ce « rapporteur » est un expert indépendant nommé par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU qui a pour mission d’enquêter sur les droits humains dans les territoires palestiniens, de publier des rapports publics et de travailler aux côtés des gouvernements et d’autres groupes sur la question.

Albanese, qui dit maintenant regretter cette allusion au « lobby juif », est depuis longtemps une critique fervente de l’État juif. La mission israélienne, à Genève, s’était d’ailleurs officiellement opposée à sa nomination, affirmant qu’elle affichait une partialité évidente et défavorable aux Israéliens.

Un réexamen de ses posts parus sur les réseaux sociaux, de ses interventions dans les médias et de ses discussions avec des groupes activistes a permis de découvrir qu’en plus de dénoncer « un lobby juif », Albanese a aussi sympathisé avec des organisations terroristes. Elle a également rejeté les inquiétudes d’Israël concernant sa sécurité, elle a comparé les Israéliens aux nazis et elle a accusé l’État juif de crimes de guerre potentiels.

Aujourd’hui, elle se réfère à Israël comme à une entreprise coloniale d’implantation et elle estime que les Juifs israéliens, comme le mandat britannique pré-État sont et ont été des intrus, des étrangers qui ont soumis une population palestinienne indigène. Dans son tout premier rapport officiel, cette année, elle a vivement rejeté le paradigme du conflit, décrivant simplement Israël comme « l’oppresseur » et légitimant « la résistance palestinienne ». Elle ne reconnaît que rarement le terrorisme palestinien.

En 2014, dans une lettre ouverte publiée sur sa page Facebook, elle avait fustigé les États-Unis et l’Europe pour leur conduite durant l’opération Bordure protectrice, une guerre qui avait opposé Israël et les groupes terroristes de la bande de Gaza, cette année-là.

« L’Amérique et l’Europe – la première soumise au lobby juif et l’autre aux prises avec un sentiment de culpabilité entraîné par la Shoah – restent en marge et elles continuent à condamner les opprimés, les Palestiniens, qui se défendent par les seuls moyens qu’ils ont en leur possession (des missiles détraqués) au lieu de faire assumer à Israël ses responsabilités en matière de droit international », avait écrit Albanese.

Photo d’illustration : Une fusée éclairante de l’armée sur la bande de Gaza, le 23 juillet 2014. (Crédit : Nati Shohat/Flash90/File)

Elle n’était pas employée aux Nations unies à ce moment-là mais elle avait travaillé pour l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), l’agence des Nations unies chargée d’aider les Palestiniens déplacés et leurs descendants, selon son profil LinkedIn. La lettre qui avait été publiée visait à collecter des fonds pour l’organisation.

Au moment de la publication de cet article, la publication citée ci-dessus – qui n’a jamais été signalé dans le passé – se trouvait encore sur sa page Facebook personnelle, visible par le public, sur un profil qui la présente comme enquêtrice des Nations unies.

Dans un autre post publié cette année-là – dont l’audience a été modifiée après que le Times of Israel est entré en contact avec son bureau – Albanese faisait référence au lobby israélien et à « la cupidité » du pays. Une publication qui s’adressait à la BBC en raison de sa couverture du conflit – même si cette dernière est souvent critique de l’État juif.

« Le lobby israélien coule clairement dans vos veines et dans tout ce que vous êtes et on se souviendra que vous avez été du côté de Big Brother dans ce cauchemar orwellien qui a été causé, une fois encore, par la cupidité d’Israël. Vous devriez avoir honte à la BBC », avait-elle écrit.

Et l’année dernière, elle avait fait référence aux lobbies juif et pro-israélien qui, selon elle, influencent les ventes d’armes israéliennes et réduisent au silence les critiques de l’État juif.

Suite à ces révélations, des personnalités ont dénoncé cet usage du trope du « lobby juif » par Albanese. Parmi elles a figuré l’envoyée spéciale à la lutte contre l’antisémitisme du département d’État américain, Deborah Lipstadt, qui l’a qualifié « d’inacceptable ».

« Il est scandaleux qu’une experte des droits de l’Homme nommé [au Conseil des droits de l’Homme] sur la question d’Israël, de la Cisjordanie et de Gaza puisse ainsi répéter des tropes antisémites et remettre de cette façon en question la légitimité d’Israël en tant que membre des Nations unies », a commenté Lipstadt. « Et il est totalement inacceptable que de tels propos soient tenus par un membre nommé à une Commission d’enquête ».

Elle a estimé que la rhétorique « d’un antisémitisme flagrant » d’Albanese « sape la crédibilité et les capacités de la rapporteuse spéciale aux droits de l’Homme de l’ONU concernant la prise en charge la question des droits humains dans le contexte d’Israël et des territoires palestiniens ».

Le bureau du Premier ministre et des officiels du Canada, de Grande-Bretagne et d’un certain nombre de pays ont également fait part de leur indignation.

La représentante américaine au Conseil des droits de l’Homme, Michèle Taylor, a déclaré que « nous avons été profondément choqués par les propos antisémites tenus par une rapporteuse spéciale aux droits de l’Homme de l’ONU, des déclarations qui ont été récemment découvertes ».

« Les références au ‘lobby juif’ sont un trope ancestral ; c’est une référence scandaleuse, inappropriée, dangereuse, qui sape les valeurs des Nations unies », a-t-elle ajouté.

La mission israélienne à l’ONU, à Genève, a appelé l’instance mondiale à s’attaquer à l’antisémitisme dans ses rangs.

« L’antisémitisme est une malveillance persistante qui infecte le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies depuis beaucoup trop longtemps », a dit un communiqué émis par la mission. « Les propos tenus par la rapporteuse spéciale Francesca Albanese, qui émergent aujourd’hui, sont une nouvelle souillure qui vient ternir la crédibilité de cette instance et ils sont un autre exemple de l’impunité qui règne aujourd’hui en ce qui concerne la haine antijuive et les propos antisémites qui peuvent être tenus par les responsables des Nations unies. »

« Il est grand temps que les Nations unies prennent des actions concrètes pour s’attaquer à l’antisémitisme systémique qui règne au sein du Conseil des droits de l’Homme et dans ses mécanismes », a-t-elle continué.

La mission a affirmé que l’absence de sanction prises dans le sillage des déclarations faites par les officiels de l’instance « ne font qu’offrir une légitimité à l’antisémitisme et mettent en danger le peuple juif ».

L’ambassadeur israélien à l’ONU, Gilad Erdan, a fait savoir que les déclarations d’Albanese n’étaient « pas une surprise ».

« Sa haine à l’égard de l’État juif est palpable dans tous ses discours et dans tous ses rapports qui, nous le savons tous, se basent sur son idéologie antisémite », a confié Erdan au Times of Israel. « J’appelle le secrétaire-général à démontrer aujourd’hui son engagement en faveur de la lutte contre l’antisémitisme en passant à l’acte parce que les mots ne suffisent plus ».

Kathy Manning, représentante démocrate de la Caroline du nord à la Chambre américaine et co-présidente du groupe de travail bipartisan dans la lutte contre l’antisémitisme, a estimé pour sa part que la rhétorique employée par Albanese était « complètement inacceptable et franchement choquante ».

Elle a souligné le fait qu’Albanese avait fait le serment, dans sa candidature au poste de rapporteuse spéciale, qu’il n’y avait aucun élément -actuel ou passé – qui pourrait porter atteinte à son autorité et à sa crédibilité morales.

« Elle a fait des déclarations mensongères dans son dossier de candidature qui, je le pense, remettent en question son aptitude au poste », a dit Manning au Times of Israel.

« Il y a aussi un code de conduite pour ce type de fonction et je pense qu’elle l’a violé », a continué Manning, qui avait déjà condamné la partialité anti-israélienne à l’ONU dans le passé. « Je pense que sa capacité à faire ce travail doit être réexaminée parce qu’elle a montré qu’elle est clairement tendancieuse ».

Pour sa part, Jason Greenblatt, ancien envoyé au Moyen-Orient de Trump, a estimé qu’Albanese devait être limogée.

Les organisations juives américaines – notamment l’ADL (Anti-Defamation League), Bnai Brith International et l’AJC ont condamné les écrits antisémites d’Albanese. Le Centre Simon Wiesenthal a, de son côté, réclamé son départ.

Hors des frontières américaines, le responsable de la communauté juive de Rome a condamné Albanese, une compatriote.

Les références faites aux Juifs et aux lobbies juifs qui auraient un pouvoir disproportionné sont considérées comme antisémites parce qu’elles reprennent des tropes ancestraux et des théories du complot laissant entendre que les Juifs, dans l’ombre, contrôleraient le monde. Un grand nombre de ces préjugés présentent aussi les Juifs comme cupides.

« Parler d’un lobby juif qui serait uniforme et immensément puissant nourrit ce stéréotype du pouvoir juif et alimente l’idée qu’il y aurait une influence néfaste des Juifs qui manipuleraient les gouvernements en coulisse », commente Susan Heller Pinto, vice-présidente du bureau de politique internationale au sein de l’ADL (Anti-Defamation League).

« Quand elle dit que l’Amérique est soumise au lobby juif, cela renforce l’image d’un lobby juif tout-puissant et d’une Amérique dont les actions et les politiques seraient déterminées par ce lobby juif – et c’est antisémite », ajoute Heller Pinto. « Ce sont des déclarations généralisées. Ce n’est pas la critique politique d’une action israélienne, c’est une caractérisation générale qui reprend des tropes antisémites très, très anciens ».

Le Conseil des droits de l’Homme à Genève débat d’une résolution condamnant les actions d’Israël sur le plateau du Golan, le 22 mars 2019. (Capture d’écran : UN WebTV)

Au début de l’année, une enquêteur et membre à la Commission d’enquête de l’ONU sur le conflit avait présenté ses excuses après des propos similaires sur le « lobby juif » qui avaient entraîné l’indignation.

Contactée par courriel par le Times of Israel, Albanese a tenté de prendre ses distances face à ses publications passées.

« Certains mots que j’ai pu utiliser pendant l’offensive israélienne dans la bande de Gaza, en 2014, étaient fâcheux, inexacts et offensifs sans que ce soit par ailleurs mon intention », a-t-elle expliqué par le biais de son bureau. « Tout le monde fait des erreurs. Je ne me reconnais pas dans ces mots que je n’utiliserais plus aujourd’hui et que je n’aurais pas dû utiliser en tant que rapporteuse spéciale des Nations unies. »

« Une fois cette clarification effectuée, nous ne devons pas nous laisser distraire face aux pratiques d’État hors-la-loi qui entraînent la souffrance de millions d’individus et qui contreviennent quotidiennement aux droits humains dans les territoires palestiniens occupés », a-t-elle ajouté. « C’est la mission qui m’a été affectée et qui doit rester au cœur de notre attention ».

Code de conduite

Dans sa candidature au poste de rapporteuse spéciale, Albanese avait dû déclarer qu’il n’y avait « aucun élément, actuel ou passé, qui pourraient remettre en question » son autorité et sa crédibilité morale et qu’elle n’avait « aucun point de vue, aucune opinion susceptibles d’influencer » la manière dont elle mènerait ses enquêtes.

Un rapporteur spécial n’est pas payé pour son travail et il est nommé pour un mandat de trois ans, renouvelable une fois. Le code de conduite du Conseil des droits de l’Homme souligne que les rapporteurs doivent faire preuve d’objectivité et éliminer « les doubles standards et la politisation », et qu’ils doivent agir avec « intégrité, ce qui signifie – en particulier mais pas uniquement – qu’ils agiront avec probité, impartialité, équité, honnêteté et bonne foi ».

Les précédents rapporteurs sur la question palestinienne étaient également des opposants farouches à Israël, seul pays à faire l’objet d’une enquête permanente. Une série de rapporteurs ont occupé le poste consacré aux territoires palestiniens depuis 1993.

Albanese a aussi comparé, dans le passé, l’État juif à l’Allemagne nazie, ce qui est considéré comme profondément offensant à l’égard d’Israël et ce qui est aussi considéré comme un affront pour les victimes de la Shoah.

Dans un post de 2015 découvert par le Times of Israel, elle avait partagé une image qui, selon elle, montrait un soldat nazi et un homme Juif et, à côté, un soldat israélien et un Palestinien. Et dans un entretien accordé aux médias italiens, elle avait comparé la Nakba – le mot palestinien signifiant « catastrophe », qui désigne la création d’Israël – à la Shoah, des propos qui avaient été alors signalés par le groupe pro-israélien UN Watch.

« Sur la première image, un soldat nazi, un chien et un homme à terre – un Juif. Sur l’autre, un soldat israélien, un chien et un homme à terre – un Palestinien », avait-elle écrit en légende de sa publication.

Comparer Israël à l’Allemagne nazie est considéré comme antisémite, selon la définition largement acceptée de l’antisémitisme qui a été formulée par l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance). Une définition qu’Albanese a récemment condamnée.

Résistance armée

Albanese a aussi été très critique de l’État juif dans d’autres propos plus récents ou signalés dans le passé, rejetant de manière répétée les inquiétudes sécuritaires d’Israël – cela a notamment été le cas quand elle a pris la fonction de rapporteuse spéciale – et elle a justifié les violences commises à l’encontre du pays et de ses citoyens.

Le mois dernier, elle avait déclaré à un podcast que les préoccupations sécuritaires d’Israël relevaient « d’un mode de pensée paranoïaque »

« Israël ne peut pas revendiquer l’auto-défense alors que le pays occupe et commet des actes d’agression contre un autre pays », avait-elle estimé. « Ce sont les Palestiniens qui ont le droit à l’auto-défense ».

Dans un entretien accordé aux médias italiens, au début de l’année, elle avait accusé l’État juif d’être « très efficace dans l’adoption de l’équation : ‘résistance = terrorisme’. Mais une occupation nécessite clairement de la violence, et elle en génère ». Elle avait indiqué dans une autre interview que les violences palestiniennes étaient ‘inévitables’. »

Au début de l’année, après une flambée de violences entre les terroristes de Gaza et Israël, elle avait expliqué que « le droit à la résistance des Palestiniens est inhérent à leur droit d’exister en tant que peuple ». Elle avait aussi dit que le droit à la résistance armée, pour les Palestiniens, était « un débat nécessaire » qui avait été « relégué aux oubliettes ».

Dans un discours prononcé par visioconférence lors d’un rassemblement à Gaza, elle avait estimé que « s’opposer à cette occupation est un droit ». Le Times of Israel a traduit ces paroles à partir de l’arabe, l’enregistrement audio en anglais n’étant pas disponible.

« L’occupant ne peut pas affirmer qu’il se défend », avait-elle ajouté lors de cette allocution au sein de l’enclave, qui est dirigée par le groupe terroriste du Hezbollah depuis un coup d’état sanglant survenu en 2007.

Sept ans plus tôt, elle avait exprimé sa joie quand la Cour générale de l’Union européenne avait enlevé le Hamas de sa liste noire du terrorisme : « Deux bonnes nouvelles, l’une après l’autre, à la radio pendant que je faisais la sieste. Le normalisation des relations entre les États-Unis et Cuba et la suppression du Hamas de la liste des organisations terroristes. Est-ce que c’est un rêve ??? »

Ce post a été également supprimé. Le Times of Israel a contacté le bureau d’Albanese, demandant une réaction sur cette publication et sur plusieurs autres sans obtenir de réponse.

Elle a condamné au moins à une occasion les tirs de roquette palestiniens en direction d’Israël.

« Les tirs de roquette indiscriminés depuis Gaza ne sont pas une réponse acceptable aux bombardements illégaux d’Israël parce qu’ils blessent les civils et qu’ils sont donc eux aussi hors-la-loi », avait-elle estimé au début de l’année.

Des accusations de crimes majeurs

Elle rejette la présence israélienne en Cisjordanie, quelle qu’elle soit, en évoquant « une domination étrangère » qui, affirme-t-elle, « n’a aucune justification », « aucune raison » et s’apparente, selon elle, à un moyen de coloniser les territoires ».

Israël justifie sa présence en Cisjordanie, située sur des plateaux qui surplombent les plaines centrales du pays, en invoquant la sécurité. Il y a aussi des preuves largement étayées qui démontrent une présence juive, en Cisjordanie, qui remonte à des milliers d’années – ce que reconnaît l’UNESCO parmi d’autres instances.

En 2018, Albanese avait posté une capture d’écran d’une citation qu’elle attribuée à Ben Gurion, disant : « Nous abolirons la partition et nous nous étendrons à toute la Palestine ». Cette citation semble être la traduction d’un courrier contesté qui aurait été écrit par Ben Gurion à son fils, en 1937.

L’avocate avait écrit un commentaire établissant que « prendre toute la Palestine (et beaucoup plus, en fin de compte) a toujours été le plan des sionistes ».

Elle a aussi déclaré que l’État juif pouvait s’être rendu coupable de crimes majeurs, notamment de génocide, de nettoyage ethnique et de crimes contre l’humanité.

Des troupes israéliennes arrêtent un Palestinien recherché en Cisjordanie, tôt le 8 décembre 2022. (Crédit : Tsahal)

Elle avait affirmé cette année que « des dizaines » de journalistes avaient été tués dans le cadre du conflit depuis l’an 2000 – tous par Israël. Selon les propres statistiques des Nations unies, ces deux affirmations sont mensongères.

« Il y a cette pratique de meurtre délibéré qui continue et qui pourrait absolument s’apparenter à un crime contre l’humanité », avait-elle asséné.

Même si elle avait déclaré qu’elle était objective lorsqu’elle s’était portée candidate au poste de rapporteuse, elle avait reconnu devant un panel, l’année dernière, qu’elle avait douté sur sa capacité à assumer la fonction.

« Au plus profond de moi-même peut-être, je craignais de m’embarquer dans des recherches sur un sujet où mes points de vue personnels intimes étaient susceptibles de compromettre mon objectivité », avait-elle dit.

Et avant son arrivée à la barre de l’instance, au mois de mai, Israël avait déclaré que sa partialité la disqualifiait pour le poste.

« Les opinions exprimées dans de nombreux articles, lors de nombreux événements et dans les médias par la rapporteuse spéciale qui vient tout juste d’être nommée, avec des campagne de diffamation incessantes à l’encontre de l’État d’Israël, montrent qu’elle ne possède pas les aptitudes nécessaires pour prendre ce rôle », avait déclaré la conseillère juridique de la mission israélienne des Nations unies à Genève, Merav Marks, à ce moment-là.

Cette nomination avait aussi été dénoncée, au même moment, par l’AJC (American Jewish Committee).

Israël – parfois avec le soutien des États-Unis – accuse depuis longtemps le Conseil des droits de l’Homme de partialité anti-israélienne et le pays a généralement refusé de coopérer avec ses enquêteurs.

Des échos de Kothari

Les paroles d’Albanese sur le « lobby juif » ont fait écho aux déclarations récentes d’un autre responsable des Nations unies qui est lui aussi impliqué dans les investigations sur Israël.

Au mois de juillet, Miloon Kothari, membre de la Commission d’enquête sur les crimes israéliens présumés, avait indiqué que les réseaux sociaux étaient « largement contrôlés par le lobby juif ». Il s’était aussi interrogé sur la présence d’Israël sur les bancs de l’ONU.

La Commission d’enquête permanente de Kothari a été considérée comme férocement critique de l’État juif et les soutiens du pays soulignent qu’elle a presque entièrement ignoré le terrorisme et les violences palestiniennes.

La semaine dernière,49 membres du Congrès américain ont écrit une lettre à l’ambassadrice des États-Unis à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield, exprimant leur inquiétude sur la partialité affichée par la Commission, notamment en raison de Kothari et de sa dénonciation « du lobby juif ».

Les commissaires de l’ONU Navi Pillay, à gauche, et Miloon Kothari, au centre, discutent de leur enquête sur Israël et sur les Palestiniens aux Nations unies à New York, le 27 octobre 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

En réponse aux paroles prononcées par Kothari, le bureau du secrétaire-général des Nations unies, Antonio Guterres, a fait savoir « que l’antisémitisme n’a pas sa place dans le travail de l’ONU ».

« Israël est indiscutablement État-membre des Nations unies, et le pays est soumis aux mêmes droits et aux mêmes devoirs que les 192 autres qui constituent cette organisation », a déclaré un porte-parole de Guterres. Ce dernier avait par ailleurs dénoncé l’antisémitisme, le mois dernier, et il avait rencontré des responsables de la communauté juive pour discuter des préjugés.

Albanese n’est également pas la première rapporteuse spéciale à être accusée de recourir à des tropes antisémites. En 2011, le juriste américain Richard Falk, qui occupait cette fonction, avait été condamné pour avoir posté une caricature antisémite.

« Les agissement de Richard Falk à cette époque, en plus de certaines déclarations faites par les responsables de l’ONU, ne font qu’alimenter le manque de confiance porté aux Nations unies concernant leur capacité à se montrer équilibrées et constructives s’agissant des questions liées à Israël – et même des questions liées aux Juifs », déplore Heller Pinto, de l’ADL.

En défense de Kothari

Albanese avait défendu Kothari, qualifiant les critiques de ses propos « d’accusations grotesques d’antisémitisme » et disant qu’elles relevaient « d’une campagne de diffamation ».

Elle avait ajouté que les critiques de la Commission d’enquête « semblent être coordonnées. Je pense que cette possibilité mériterait d’être examinée rapidement et sérieusement ».

Elle avait mis aussi en doute l’implication de l’État juif aux Nations unies, qualifiant de « viles » les activités pro-israéliennes.

« Elles devraient entraîner des investigations appropriées au sein même de l’ONU », avait-elle estimé. « J’ai assisté personnellement à une violation du code de conduite de la part des autorités israéliennes, de l’ambassadeur israélien ».

Albanese avait indiqué, la semaine dernière, qu’elle avait été autorisée par Israël à se rendre en Cisjordanie et à Jérusalem-Est – mais des publications ultérieures laissent penser qu’Israël a interdit cette visite en raison de ses propos passés.

Le premier rapport qu’elle avait émis au mois d’octobre qualifiait Israël de régime « intentionnellement cupide, ségrégationniste et répressif ».

Les rapports établis par les enquêteurs des Nations unies sont importants à l’extérieur de l’organisation parce qu’ils sont repris par les médias et autres qui les diffusent à un public qui n’a probablement aucunement conscience des accusations de partialité lancées.

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