Une romance avec un Palestinien à l’origine de l’incendie d’une maison ?
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Une romance avec un Palestinien à l’origine de l’incendie d’une maison ?

Alors que la police enquête, les Israéliens locaux rejettent les accusations de l'habitante d'implantation qui assure avoir été avisée de quitter la communauté

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

L'avant-poste de Lehava Yitzar dans le nord de la Cisjordanie, le 15 novembre 2015 (Crédit : Olivier Fitoussi /Flash90)
L'avant-poste de Lehava Yitzar dans le nord de la Cisjordanie, le 15 novembre 2015 (Crédit : Olivier Fitoussi /Flash90)

La police a ouvert une enquête dans une attaque incendiaire présumée survenue l’année dernière dans un avant-poste du nord de la Cisjordanie, un dossier dans lequel une jeune Israélienne clame que ses voisins ont mis le feu à son habitation après avoir appris l’histoire d’amour qu’elle vivait avec un homme palestinien.

Confirmant des informations diffusées mercredi par la chaîne publique Kan, un responsable proche de l’enquête a expliqué au Times of Israel que les autorités s’intéressaient à tous les scénarios possibles dans l’enquête sur cet incendie volontaire présumé. Aucun suspect n’a été pour le moment identifié.

Les responsables ont expliqué que la femme, âgée d’une vingtaine d’années, s’était installée dans la communauté sauvage isolée et qui n’a pas été nommée en 2017 et qu’un an plus tard, elle avait rencontré un Palestinien originaire d’un village près de Ramallah, qui était ouvrier dans le secteur de la construction sur un site proche de son avant-poste.

Le responsable a refusé de donner des détails permettant d’identifier le jeune couple, expliquant que le faire pourrait les mettre en péril, ainsi que leurs familles, cette relation n’étant pas acceptée au sein de leurs communautés religieuses respectives. Le Palestinien vit dans la zone A où l’entrée est interdite aux Israéliens par l’armée et l’avant-poste où vivait la jeune israélienne fait exclusivement appel aux services de travailleurs Juifs, en plus d’interdire l’entrée à tous les Palestiniens. Le couple ne peut pas non plus vivre en Israël même, l’homme ne disposant pas des permis nécessaires pour traverser la Ligne verte.

Une partie de l’implantation de Tekoa E dans le sud de la Cisjordanie en janvier 2019 (Paix maintenant).

Au début de leur relation, la jeune femme avait clairement établi qu’elle n’épouserait pas l’homme à moins qu’il ne se convertisse au judaïsme – une condition acceptée par le musulman palestinien, selon le responsable.

Mais après plusieurs mois, la famille du jeune homme avait eu connaissance de cette relation secrète et menacé de le tuer. Il avait alors fui l’habitation familiale près de Ramallah, et s’était installé dans la maison que sa petite amie israélienne avait elle-même construit dans la communauté isolée du nord de la Cisjordanie.

La jeune femme s’est souvenue d’avoir régulièrement caché le Palestinien dans une interview exclusive accordée à Kan, dans laquelle sa silhouette a été floutée et sa voix modifiée.

« C’était une période très difficile, chaque fois qu’il fallait que je le cache… Il y avait en permanence des déclarations contre les Arabes (venant des voisins). Il y avait une haine vraiment intense. Mais dans la maison, nous avions le silence et je me sentais réellement en sécurité », a-t-elle confié.

« On n’a pas pu trouver une autre solution. Il n’y avait aucun autre endroit qui permettait que nous restions ensemble », a-t-elle ajouté.

Après deux mois environ de vie commune, la femme a partagé son secret avec une amie proche en espérant qu’il ne serait pas révélé. La rumeur s’est rapidement propagée et une équipe de la sécurité de l’avant-poste est arrivée un jour sur son seuil, demandant à ce qu’elle lui remette son petit ami palestinien.

L’équipe a arrêté le jeune homme pour effraction « après l’avoir d’abord brutalisé », a dit le responsable proche de l’enquête. L’Israélienne a été elle aussi brièvement placée en détention avant d’être relâchée ainsi que son petit ami.

Kan a diffusé l’enregistrement téléphonique d’un appel entre la femme et l’un des résidents de l’avant-poste après l’arrestation. Ce dernier lui notifie qu’elle n’est plus la bienvenue au sein de la communauté et la met en garde contre un éventuel retour.

Lorsque la femme avait tenté ultérieurement de retourner dans la communiqué pour y récupérer ses affaires, les résidents avaient placé plusieurs barrages routiers sur la voie d’accès, a-t-elle raconté à Kan.

Vue de l’avant-poste de Havat Gilad en Cisjordanie, 10 janvier 2018 (Miriam Alster/Flash90)

« Les gens avec qui je vivais – des amis – avaient complètement perdu l’esprit. Même un criminel, un meurtrier, un violeur ou quelqu’un dont les crimes ont été bien plus graves sont autorisés à retourner dans leurs habitations », a-t-elle déploré.

En plus d’interdire son entrée dans la communauté, la femme a précisé que les autorités de l’avant-poste lui ont interdit de louer ou de vendre sa propre maison dans laquelle elle avait investi environ 200 000 shekels.

Au mois de septembre, la femme a porté plainte pour les menaces proférées par les résidents.

Au début du mois de décembre, elle a reçu un appel téléphonique du coordinateur de la sécurité de la ville qui l’informait que son habitation avait été totalement incendiée.

« Je sais que c’est un incendie volontaire. La maison n’était connectée ni au gaz, ni à l’électricité », a-t-elle expliqué à Kan, indiquant que l’incident était survenu la nuit qui avait précédé une rencontre prévue avec les responsables de la communauté pour trouver un compromis sur son habitation.

La femme a porté à nouveau plainte pour l’incendie. Une porte-parole de la police israélienne a confirmé qu’une enquête avait été ouverte concernant l’incident.

Un nouvel avant-poste construit près de l’implantation d’Adam, à l’est de la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 19 avril 2017 (Autorisation/La paix maintenant)

A ce jour, le jeune couple vit séparément mais le responsable qui s’est entretenu avec le Times of Israel a affirmé qu’ils étaient encore en contact.

« Je voudrais seulement pouvoir me rendre avec lui aux services de prière du vendredi… à mes côtés en tant que mon petit ami, en tant que mon futur mari », a-t-elle dit, en larmes. « Le plus triste est de réaliser que nous ne pourrons être acceptés nulle part ».

En réponse au reportage de Kan, les responsables de l’avant-poste ont émis un communiqué disant que « la communauté condamne toute tentative de lier son nom ou celui de ses résidents à l’incendie qui a dévasté le bâtiment. La femme nous a tous mis en grand danger lorsque, pendant plusieurs mois, elle a abrité le résident d’un village hostile en mentant, pendant tout ce temps, sur son identité ».

« Malgré tout cela, lorsque son identité a été découverte, nous avons tenté de l’aider et l’avons renvoyée à des professionnels. Malheureusement, cette femme a refusé cette aide et elle a décidé de harceler les habitants », a continué ce communiqué. Le responsable qui s’est entretenu avec le Times of Israel a noté que les « professionnels » auxquels les autorités de l’avant-poste faisaient référence étaient notamment les membres de l’organisation anti-mixité Lehava. Le groupe extrémiste, que certains députés ont tenté de désigner comme organisation terroriste, a fréquemment appelé à ce que des mesures soient prises contre les individus non-juifs et LGBT afin de sauver « les filles d’Israël ».

Lorsqu’elle a refusé leur aide, les leaders communautaires ont jugé qu’elle n’était plus en mesure d’habiter dans l’avant-poste.

Selon eux, les habitants se sont efforcés d’éteindre l’incendie.

Tout en confirmant qu’une enquête avait été ouverte sur l’incident du mois de décembre pour des présomptions d’incendie volontaire, une porte-parole de la police s’est refusée à commenter davantage le dossier.

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