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Une Saoudienne emprisonnée pour avoir « défié » la famille royale – document

La lourde peine imposée à Nourah al-Qahtani, révélée la semaine dernière, a été prononcée moins d'un mois après la visite du président américain Joe Biden dans le royaume pétrolier

Un homme marche devant une bannière montrant le roi saoudien Salman, à droite, et le prince héritier Mohammed bin Salman aux abords d'un centre commerciale à Jeddah, en Arabie saoudite, le 7 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil, File)
Un homme marche devant une bannière montrant le roi saoudien Salman, à droite, et le prince héritier Mohammed bin Salman aux abords d'un centre commerciale à Jeddah, en Arabie saoudite, le 7 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil, File)

Une Saoudienne a été récemment condamnée à 45 ans de prison pour avoir « défié » sur Twitter le roi et le prince héritier du pays, selon des documents judiciaires consultés mardi par l’AFP.

La lourde peine imposée à Nourah al-Qahtani, révélée la semaine dernière, a été prononcée moins d’un mois après la visite controversée du président américain Joe Biden dans le riche royaume pétrolier.

M. Biden avait rencontré en juillet le prince Mohammed ben Salmane (MBS), régulièrement critiqué par des ONG pour de graves violations des droits humains dans son pays.

Le texte du jugement, daté du 9 août, a été fourni à l’AFP par l’organisation Democracy for the Arab World Now (DAWN), fondée à Washington par le journaliste saoudien assassiné Jamal Khashoggi.

L’AFP n’a pas pu le vérifier de manière indépendante. Les autorités saoudiennes n’ont pas réagi aux demandes de commentaires sur cette affaire.

Selon le document, le tribunal a jugé que Nourah al-Qahtani, agée de 50 ans, avait « utilisé le réseau social Twitter pour contester la religion et la justice » du roi Salmane et du prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume.

Avec ses 600 abonnés, cette mère de cinq enfants a été condamnée pour avoir appelé « à participer à des activités troublant l’ordre public et menaçant la sécurité », publié « des tweets faux et malveillants », insulté « des symboles et des fonctionnaires de l’Etat » et demandé « la libération de détenus dans des affaires liées à la sécurité », indique le document.

« Faire peur aux Saoudiens »

Le compte de Mme Qahtani, tel qu’identifié dans le document judiciaire, affiche des tweets critiquant le gouvernement, et sa bannière comporte un hashtag appelant à une manifestation antigouvernementale.

Son dernier message est daté de juillet 2021, mois au cours duquel elle a été arrêtée avant d’être condamnée en première instance à six ans et demi de prison, et à une interdiction de voyager pour une durée similaire.

Le parquet a toutefois fait appel, réclamant une peine plus sévère au regard « de ses crimes », et obtenu sa condamnation à 45 ans de prison.

Le document judiciaire indique que l’avocat de Mme Qahtani a souligné que sa cliente n’avait pas de casier judiciaire et qu’elle n’avait rien fait d’autre que tweeter.

« Il n’y a aucune preuve qu’elle ait communiqué avec une entité terroriste », a déclaré l’avocat, tout en décrivant Nourah al-Qahtani comme « repentie ».

Salma Al-Chehab a été arrêtée en janvier 2021 alors qu’elle était en vacances en Arabie saoudite. (Crédit : Capture d’écran/ALQST)

Le 9 août, une autre citoyenne critique, Salma al-Chehab, avait été condamnée à 34 ans de prison pour avoir « aidé » des dissidents à « déstabiliser l’Etat » en relayant leurs tweets.

La peine infligée à Mme Qahtani « s’inscrit désormais dans un schéma », a déclaré Abdullah Alaoudh, directeur de recherche de DAWN pour la région du Golfe.

Selon lui, les autorités « ciblent les gens ordinaires pour envoyer une onde de choc et faire peur aux Saoudiens afin qu’ils s’abstiennent de critiquer le gouvernement, même sur des comptes Twitter anonymes ».

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