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Une synagogue profanée qui avait abrité des raves rendue aux Juifs d’Argentine

Après 20 ans de négligence, l'un des plus anciens lieux de culte juifs de Buenos Aires revient à la communauté grâce aux efforts infatigables d'un rabbin local

  • Le rabbin Shneur Mizrahi, à gauche, aide  Ricardo Aisen à prier avec des phylactères dans la synagogue du quartier de La Boca de Buenos Aires, qui vient d'être rendue à la communauté juive (Crédit : Daniel Silicaro)
    Le rabbin Shneur Mizrahi, à gauche, aide Ricardo Aisen à prier avec des phylactères dans la synagogue du quartier de La Boca de Buenos Aires, qui vient d'être rendue à la communauté juive (Crédit : Daniel Silicaro)
  • L'extérieur de la synagogue qui a été récupérée par la communauté juive dans le quartier La Boca de Buenos Aires (Crédit : Daniel Silicaro)
    L'extérieur de la synagogue qui a été récupérée par la communauté juive dans le quartier La Boca de Buenos Aires (Crédit : Daniel Silicaro)
  • Des graffitis antisémites dessinés sur les murs  de la synagogue qui a été récupérée par la communauté juive dans le quartier La Boca de Buenos Aires (Crédit : Daniel Silicaro)
    Des graffitis antisémites dessinés sur les murs de la synagogue qui a été récupérée par la communauté juive dans le quartier La Boca de Buenos Aires (Crédit : Daniel Silicaro)
  • Le rabbin Shneur Mizrahi de Buenos Aires  de la synagogue du quartier de La Boca de Buenos Aires, qui vient d'être rendue à la communauté juive (Crédit : Daniel Silicaro)
    Le rabbin Shneur Mizrahi de Buenos Aires de la synagogue du quartier de La Boca de Buenos Aires, qui vient d'être rendue à la communauté juive (Crédit : Daniel Silicaro)
  • L'intérieur de la synagogue du quartier de La Boca de Buenos Aires, qui vient d'être rendue à la communauté juive (Crédit : Daniel Silicaro)
    L'intérieur de la synagogue du quartier de La Boca de Buenos Aires, qui vient d'être rendue à la communauté juive (Crédit : Daniel Silicaro)
  • Une paire de phylactères dans la synagogue du quartier de La Boca de Buenos Aires, qui vient d'être rendue à la communauté juive (Crédit : Daniel Silicaro)
    Une paire de phylactères dans la synagogue du quartier de La Boca de Buenos Aires, qui vient d'être rendue à la communauté juive (Crédit : Daniel Silicaro)
  • Des caricatures antisémites de Juifs morts agressant une femme dessinés aux murs de  la synagogue du quartier de La Boca de Buenos Aires, qui vient d'être rendue à la communauté juive (Crédit : Daniel Silicaro)
    Des caricatures antisémites de Juifs morts agressant une femme dessinés aux murs de la synagogue du quartier de La Boca de Buenos Aires, qui vient d'être rendue à la communauté juive (Crédit : Daniel Silicaro)

BUENOS AIRES — Après plus de vingt ans de négligence, l’une des plus anciennes synagogues de la capitale argentine est revenue à la communauté qui l’avait fondée.

Construit en 1907, ce lieu de culte est situé dans le quartier La Boca, où s’étaient installés les tous premiers immigrants juifs à Buenos Aires.

La façade originale est restée presque intacte, à l’exception des graffitis couvrant l’extérieur de la synagogue. A l’intérieur, des dessins antisémites sordides ont été peints sur tous les murs.

La congrégation avait disparu peu après la mort de son rabbin, il y a vingt ans. Elle a ensuite été rapidement occupée par des squatteurs qui l’ont profanée, créant un club underground appelé la Maison des étoiles – probablement une référence moqueuse à l’étoile de David. Le club y avait ensuite régulièrement organisé des rave-parties, avec de la musique, sur fond de consommation de stupéfiants et d’alcool.

« Avant, quand je descendais la rue, je ne pouvais pas en croire mes yeux. Alors je me suis décidé à commencer à enquêter, et il s’est avéré que d’importantes fêtes étaient organisées dans ce lieu saint », explique le rabbin Shneur Mizrahi, qui est à la tête d’une maison Habad avoisinante.

Les voisins, ainsi que des membres de la communauté juive locale, se sont souvent querellés avec les nouveaux occupants. Ils ont, en retour, été menacés de violences.

L’extérieur de la synagogue qui a été récupérée par la communauté juive dans le quartier La Boca de Buenos Aires (Crédit : Daniel Silicaro)

« Certains jeunes juifs m’avaient dit qu’ils avaient aperçu des croix gammées et des photos de Hitler dans le bâtiment. Une femme, non juive, nous avait aussi apporté des photos qui montraient clairement ce qu’il se passait là-bas. Il fallait que nous fassions quelque chose », dit Mizrahi.

A l’intérieur de la synagogue, Mizrahi montre au Times of Israel l’espace situé directement devant l’arche sacrée, où des groupes rock et punks se produisaient. Il y avait également deux sections VIP dans ce « club » – le premier juste derrière l’arche et le deuxième à l’étage, dans la section réservée aux femmes.

Mizrahi explique s’être d’abord manifesté auprès de la police et des procureurs locaux, sans réponse de leur part. Alors l’année dernière, pour Hanoukka, Mizrahi a organisé un service dans le parc du quartier et y a invité Carolina Romero, présidente du bureau communautaire de La Boca. Il lui a expliqué la situation et lui a demandé son aide.

Carolina Romero a été émue lorsqu’elle a pénétré dans la synagogue pour la toute première fois.

« Quand j’ai entendu l’histoire de cet endroit, j’ai su que je ne pouvais pas laisser une chose pareille se dérouler au sein de ma communauté, je me suis donc impliquée. Un grand nombre de bâtiments sont squattés mais celui-ci a une signification particulière », confie-t-elle au Times of Israel.

Une paire de phylactères dans la synagogue du quartier de La Boca de Buenos Aires, qui vient d’être rendue à la communauté juive (Crédit : Daniel Silicaro)

Elle explique avoir écrit personnellement et à la main des plaintes aux membres des autorités municipales et avoir assuré un suivi régulier de l’évolution de la situation pour accélérer l’enquête.

« J’ai vraiment la conviction que Dieu nous est venu en aide : cette restitution n’est pas une coïncidence », ajoute-t-elle.

Les policiers sont enfin entrés dans le bâtiment le 6 juillet denier – le jour même où Mizrahi était allé prier pour la synagogue, à New York, sur le tombeau du rabbin Mendel Schneerson, leader de la communauté hassidique ‘Habad-Loubavitch.

Ricardo Aisen, à gauche, aux côtés du rabbin Shneur Mizrahi, dans la synagogue du quartier de La Boca de Buenos Aires, qui vient d’être rendue à la communauté juive (Crédit : Daniel Silicaro)

Au moment de l’entretien entre le Times of Israel et Mizrahi, à l’intérieur de la synagogue, Ricardo Aisen fait son apparition et se présente. Cet homme âgé de 71 ans fréquentait la synagogue quand il était enfant. C’est la première fois qu’il revient dans le lieu de culte depuis 40 ans.

« J’avais huit ans quand je suis entré pour la première fois dans cette synagogue et à treize ans, j’y ai fait ma bar mitzvah. Je peux me rappeler de tout rien qu’en fermant les yeux », confie Ricardo Aisen.

Ses yeux se brouillent de larmes lorsqu’il se souvient : « C’était une synagogue ashkénaze et, à l’étage, il y avait un office séfarade qui accueillait beaucoup de gens. Mes meilleurs souvenirs, ce sont Rosh Hashana et Yom Kippour, parce que toute la communauté juive de La Boca se retrouvait ici pour prier. »

Aisen désigne l’endroit où son père se tenait habituellement pour la prière et se rappelle de l’importance qu’il accordait à la conservation des traditions juives.

Des graffitis antisémites et des dessins nazies sur les murs de la synagogue du quartier de La Boca de Buenos Aires, qui vient d’être rendue à la communauté juive (Crédit : Daniel Silicaro)

Arpentant le bâtiment, Aisen s’indigne de l’étendue des dégâts.

« Nous, les Juifs, devons être forts et garder la foi », dit-il. « Cette récupération montre la manière dont nous pouvons résister aux vents forts, cette capacité à toujours guérir de la douleur ».

Avant de partir, Mizrahi aide Aisen à mettre des phylactères et, avec neuf autres hommes, forme le quorum religieux nécessaire pour procéder aux prières de l’après-midi.

Selon le rabbin Tzvi Grunblatt, directeur du mouvement ‘Habad-Loubavitch en Argentine, c’est la seconde synagogue que la communauté a pu se réapproprier dans le quartier. Mizrahi s’est démené pour y parvenir, ajoute le rabbin.

« Nous avions presque perdu espoir parce que les choses n’avançaient pas, mais après une année et demi, l’expulsion a enfin eu lieu », dit-il.

Les membres de la communauté juive sont venus faire leurs prières du matin à la synagogue dès le lendemain de l’expulsion des squatteurs.

« J’ai eu le sentiment qu’après des années de fêtes nocturnes et d’activités antisémites, nous illuminions les âmes de tous ceux qui avaient prié ici », continue Grunblatt.

Des graffitis sur le mur de la synagogue du quartier de La Boca de Buenos Aires, qui vient d’être rendue à la communauté juive près d’un podium utilisé pour la prière (Crédit : Daniel Silicaro)

Grunblatt explique au Times of Israel que le mouvement réfléchit à un certain nombre de possibilités pour le bâtiment. Il restera un lieu de culte et pourrait peut-être accueillir un musée présentant une exposition permanente sur l’immigration juive en Argentine. Il pourrait également aider à loger les routards israéliens en quête d’un lieu de séjour temporaire.

« Cette histoire me rappelle ce qu’avaient fait les ‘Habad-Loubavitch en Union soviétique dans les années 1960 et 1970, quand un grand nombre de synagogues qui servaient comme boîtes de nuit ou cinémas ont été récupérées », dit Grunblatt.

« Le message à retenir, c’est que l’histoire juive ne se perdra jamais. On peut occuper nos bâtiments et même les profaner, mais si nous nous obstinons, il n’y a rien qui puisse nous échapper pour toujours », conclue-t-il.

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