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Une troupe israélienne revisite « Le Marchand de Venise » à Jérusalem

La troupe "Theater in the Rough" met en scène l'infâme Shylock à Jérusalem, dans le but de s'attaquer aux complexités et aux contradictions de l'oeuvre de Shakespeare

La troupe "Theater in the Rough" dans une production du "Marchand de Venise" de William Shakespeare, du 9 au 25 août. (Crédit : Avec l’aimable autorisation)
La troupe "Theater in the Rough" dans une production du "Marchand de Venise" de William Shakespeare, du 9 au 25 août. (Crédit : Avec l’aimable autorisation)

« Le Marchand de Venise » de Shakespeare arrive aux Bloomfield Gardens de Jérusalem, mettant en scène l’un des personnages les plus controversés de la littérature dans le but d’ouvrir le dialogue et de promouvoir le débat sur Shylock, le personnage juif du célèbre dramaturge.

Le personnage de Shylock, avare et apparemment assoiffé de sang, est une sorte d’énigme pour le public moderne. Le personnage a été interprété dans tous les sens, du méchant comique classique de Shakespeare à l’homme en proie aux jalousies et aux colères humaines, en passant par le stéréotype nazi du Juif.

« Je pense que d’une manière générale, le Marchand de Venise est une pièce qui nous a fait peur pendant de nombreuses années », a déclaré Natan Skop, producteur du Theater in the Rough, le collectif de théâtre de Jérusalem qui donne vie à cette production.

« Il y a aussi un problème lié à la façon dont la pièce est écrite, à savoir que, comme dans la plupart des oeuvres de Shakespeare, en particulier dans celle-ci, les personnages ne sont pas vraiment gentils et il est très difficile de s’attacher à l’un d’eux », a ajouté Skop.

Étant donné sa nature controversée, la question était de savoir si une production du « Marchand de Venise » pourrait être « acceptable » pour un public juif moderne.

Naturellement, Shylock n’est pas un personnage sans profondeur : si un homme qui vous a réprimandé pendant des années vous demande soudain un prêt pour qu’un ami puisse faire un voyage chimérique pour tenter d’épouser une héritière, ce qui est évidemment une demande absurde, ne serait-il pas tout aussi absurde de demander 500 grammes de chair en retour ?

La troupe « Theater in the Rough » dans une production du « Marchand de Venise » de William Shakespeare, du 9 au 25 août. (Crédit : Avec l’aimable autorisation)

« Nous voulions titiller l’ouverture d’esprit grâce à la façon dont le personnage de Shylock est dépeint. Et je pense que nous voulons que le public se dise : « Vous savez, c’est vrai que cela s’apparente, d’une certaine manière, à l’expérience collective juive de l’adversité » », a déclaré Skop, admettant que lorsqu’il ne s’agit que de Shylock, « nous ne sympathisons pas nécessairement avec lui, il n’est pas si gentil ».

« Ce genre de complexité ou de contradiction est quelque chose que nous apprécions, c’est pourquoi nous mettons en scène du Shakespeare », a-t-il ajouté.

La pièce a déjà touché le public israélien par le passé.

En 1936, une production de la pièce au théâtre Habima de Tel Aviv a été accueillie par un faux procès, une référence ironique à la fameuse scène du tribunal de la pièce.

Malgré les controverses, Skop estime que cette pièce est très pertinente par les temps qui courent.

« Elle traite d’un sujet d’actualité », a-t-il déclaré, en soulignant la pertinence des thèmes économiques brutaux abordés dans la pièce, comme le motif infâme qui justifie le demi kilo de chair.

Le sujet de l’antisémitisme dans la pièce a des similitudes avec l’actualité, a déclaré Skop, où ces tropes persistent et ont une résonance.

« Je pense que la pièce montre à quel point il est facile d’ostraciser quelqu’un ou de le transformer en un stéréotype et en un symbole de tout ce qui vous fait peur », a-t-il déclaré.

Aux représentations, s’ajouteront deux conférences qui exploreront le texte et son contexte. L’une tenue par Gila Fine, une spécialiste du Talmud qui a écrit sa thèse de maîtrise sur la pièce, et l’autre par Katherine Aron-Beller, maîtresse de conférences à l’Université hébraïque et à l’Université de Tel Aviv, qui est spécialisée dans l’histoire de l’antisémitisme et les premières relations judéo-chrétiennes modernes.

La pièce, gratuite et en anglais, est jouée du 9 au 25 août, chaque représentation commençant à 17h30. Pour plus d’informations sur les spectacles et les conférences, visitez le site Web de Theater in the Rough.

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