Une unité psychiatrique pour le COVID-19 ouvre en Israël – une première mondiale
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Une unité psychiatrique pour le COVID-19 ouvre en Israël – une première mondiale

Hantés par une catastrophe survenue en Corée du sud, des médecins ont ouvert une structure spéciale - et embauché des acteurs pour simuler différents scénarios pour les soignants

Photo d'illustration : Les lits d'une nouvelle unité de soins pour les cas graves du coronavirus au centre médical Sheba (Autorisation)
Photo d'illustration : Les lits d'une nouvelle unité de soins pour les cas graves du coronavirus au centre médical Sheba (Autorisation)

Avec des médecins portant des combinaisons de protection qui ont été renforcées pour parer une éventuelle agression des malades, un hôpital israélien a ouvert ce qu’il a qualifié de toute première unité de soins pour les malades psychiatriques touchés par le coronavirus.

Après que le COVID-19 s’est propagé à travers une unité psychiatrique en Corée du sud – infectant 100 personnes – les personnels du centre médical Sheba, à Ramat Gan, ont décidé que l’Etat juif avait le besoin urgent d’un plan permettant de prendre en charge les malades hospitalisés pour des problèmes de santé mentale et qui seraient atteints par le virus.

« La situation que nous visons à prévenir ne relève pas de la science-fiction, elle est arrivée en Corée du sud et également en Chine », a déclaré au Times of Israel Mark Weiser, chef de la division psychiatrique de Sheba.

« Nous avons pu constater la rapidité avec laquelle le coronavirus avait pu se propager dans une unité de soins psychiatriques et alors même que les patients ne sont pas nécessairement âgés, ils représentent une catégorie à risque dans la mesure où ils se trouvent dans divers états et qu’un grand nombre d’entre eux prennent des antipsychotiques », ajoute-t-il.

Il y a déjà quatre malades qui ont été pris en charge au sein de l’unité qui a ouvert ses portes jeudi et qui peut accueillir jusqu’à 16 patients.

Des employés préparent de nouvelles unités suite à la propagation de la pandémie de coronavirus au centre médical Sheba de Ramat Gan, le 17 mars 2020 (Crédit : Flash90)

Entrant dans un territoire inexploré jusqu’à présent, le personnel a dû imaginer tous les scénarios possibles – une tâche tellement difficile qu’il a fallu faire appel à des acteurs pour simuler toutes les situations différentes possibles.

« Nous avons fait appel à des comédiens et nous avons simulé tout ce qui pouvait arriver, nous avons laissé les soignants s’occuper des acteurs et tirer les leçons de leurs expériences avec eux », explique Weiser. « Par exemple, nous portions des combinaisons de protection et nous avons découvert qu’elles se déchiraient trop facilement quand un acteur devenait violent ».

Mark Weiser, professeur de psychiatrie à l’école Sackler de médecine, à l’université de Tel Aviv et psychiatre en chef au centre médical Sheba (Autorisation)

Il a déclaré que tenter d’isoler les malades psychiatriques atteints par le coronavirus dans les unités habituelles de prise en charge pouvait s’avérer désastreux, de nombreux patients de ce type se trouvant dans l’incapacité de suivre les règles de distanciation sociale.

« Nos unités sont surpeuplées et les malades ont des psychoses, des manies, leur jugement est détérioré », dit Weiser. « On peut leur demander de rester à distance les uns des autres et de ne pas se toucher mais souvent, ils n’y arrivent pas et ils n’observent pas les règles de distanciation sociale », ajoute-t-il.

Mais placer les patients psychiatriques dans des unités classiques réservées aux malades du COVID-19 peut être risqué, spécialement s’ils deviennent agressifs.

« Certains d’entre eux peuvent se comporter de manière dérangée et être violents », ajoute Weiser, expliquant que toute l’unité sera mise en place en tenant compte de ces réalités.

Se référant à une leçon apprise auprès des acteurs au sujet des blouses des soignants, il explique : « On redoute que nos combinaisons de protection soient déchirées alors nous avons adapté nos vêtements en ajoutant une autre couche – souvent une blouse indéchirable – sur la combinaison, et nous mettrons des lunettes sous le masque de protection ».

Depuis la gauche : Le professeur Sigal Sadetsky, chef des services publics de santé au ministère de la Santé ; le directeur-général du ministère, Moshe Bar Siman-Tov,et le ministre de la Santé Yaakov Litzman aux abords du Laboratoire central du ministère de la Santé au centre médical Sheba de Ramat Gan, le 4 février 2020 (Crédit : Flash90)

La majorité du temps, les médecins prennent place dans une salle de contrôle et discutent avec les malades via une structure de chat en vidéo. Cette technologie permet aussi aux patients de prendre des médicaments et autorise les évaluations légalement nécessaires si les malades se sont trouvés dans l’obligation d’être hospitalisés dans d’autres établissements.

Pour Weiser qui évoque sa nouvelle unité de soins, « le résultat, c’est que ce que nous faisons, c’est offrir des soins médicaux optimaux tout en nous protégeant face à l’infection et en prenant en compte les droits juridiques et humains ».

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