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Boston : une université secouée par une série d’incidents antisémites et racistes

L'établissement offre une récompense de 10 000 $ pour des informations sur les personnes impliquées dans la campagne de graffitis haineux amorcée après la commémoration de la Shoah

Logo du lycée Curry en 1998. (Frank O’Brien/The Boston Globe via Getty Images via JTA)
Logo du lycée Curry en 1998. (Frank O’Brien/The Boston Globe via Getty Images via JTA)

BOSTON (JTA) – Depuis près d’un mois, une petite université d’arts libéraux située à quelques kilomètres de Boston est secouée par une série d’incidents haineux, notamment des graffitis antisémites et des propos racistes menaçants. L’établissement offre une récompense de 10 000 dollars pour toute information qui permettrait de faire arrêter et condamner les personnes impliquées.

Les incidents survenus à l’université Curry, située à Milton, une banlieue du sud de Boston, ont commencé le 27 janvier de cette année, Journée internationale de commémoration de la Shoah, avec des dessins de croix gammées et des graffitis racistes.

De nombreux incidents similaires ont été signalés au cours des semaines suivantes. A la suite de menaces proférées à l’encontre la communauté noire de l’établissement pour la date du 22 février, l’administration a choisi d’organiser tous ses cours à distance la semaine dernière.

Selon le journal étudiant, quelque 200 personnes auraient pris part à deux manifestations distinctes et à une marche, à la fin de la semaine dernière, en soutien aux étudiants juifs et noirs de Curry.

« Nous allons nous en sortir. Nous ne plierons pas devant ceux qui menacent ou qui, par leurs actions, diffusent la peur dans notre communauté », a écrit le président de l’école, Kenneth K. Quigley, Jr., dans un message à la communauté de l’université Curry la semaine passée.

Peggy Shukur, directrice adjointe de la brance de l’Anti-Defamation League (ADL) en Nouvelle-Angleterre, a souligné le montant exceptionnel de la récompense offerte pour des informations relatives à ce crime haineux. (L’ADL offre souvent des récompenses elle-même.)

« Cela souligne le sérieux avec lequel l’établissement traite la question », a-t-elle déclaré à la Jewish Telegraphic Agency.

Le service de police de Milton enquête également sur les incidents et assure la sécurité des lieux au moyen de patrouilles renforcées sur le campus, réservé aux seuls professeurs, personnels et étudiants jusqu’à mercredi.

Les incidents les plus récents ont été découverts les 14 et 15 février, dans les toilettes et la buanderie d’une résidence, selon le courriel de Quigley cité pour la première fois par le Boston Globe. Une copie des communiqués a été obtenue par la JTA.

En plus de l’incident visant la communauté noire, survenu dans le contexte plus large d’une série d’alertes à la bombe à l’échelle du pays tout entier contre des établissements historiquement noirs, un second incident a été enregistré, constitué d’un dessin de croix gammée accompagné de propos haineux et racistes.

Quigley s’est déclaré inquiet que l’établissement soit ainsi déshonoré par des symboles de haine et des menaces.

« Nous ne le dirons jamais assez : la haine n’a pas sa place ici et nous prendrons toutes les mesures possibles pour identifier le ou les auteurs et protéger la sécurité de notre communauté », a-t-il précisé dans un communiqué public.

Le bureau de Shukur a dans un premier temps été informé des incidents antisémites par un membre de la communauté Curry qui les avait lui-même signalés à l’ADL. L’ADL avait travaillé avec Curry sur la formation et les programmes anti-préjugés liés aux incidents antisémites des années précédentes.

Au cours des 36 heures suivants les événements, l’ADL dit avoir reçu trois autres signalements d’incidents et avoir été contactée par la police locale.

« Étudiants et professeurs ont peur et sont perturbés dans leurs apprentissages. En l’existence de menaces, ils sont très inquiets à l’idée de venir en classe », a déclaré Shukur, citant un membre du corps professoral avec lequel elle a été en contact, ainsi que les administrateurs du campus.

Le membre du corps professoral lui aurait dit que le fait d’être sous le coup d’une menace associée à une date précise [le 22 février] « avait un effet dissuasif sur l’apprentissage ».

Shukur n’avait pas connaissance d’une signification particulière de la date du 22 février, a-t-elle déclaré à JTA.

Le Président du College Curry Kenneth Quigley avec Karen Daley au College Curry à Milton, Massachusetts, le 21 mai 2017. (Nancy Lane/MediaNews Group/Boston Herald via Getty Images via JTA)

Dans le journal du campus, un étudiant juif s’est dit préoccupé par sa sécurité.

« Je suis juif », a déclaré Elijah Pichler, étudiant de première année, au Currier Times, le journal étudiant du campus. « Je ne me sens pas en sécurité et protégé ici à Curry en ce moment à cause des croix gammées dessinées par des jeunes de mon âge, des propos haineux et commentaires écrits sur de nombreux murs, principalement dans le NCRH [le North Campus Residence Hall], le Student Center et dans le Miller Field House. »

Selon le rabbin Fred Benjamin, de la congrégation Beth Shalom des Blue Hills à Milton, qui fait également partie de la Milton Interfaith Clergy Association, la succession d’incidents interpelle et inquiète la communauté juive de Milton et cela se répercute même au sein de la communauté interconfessionnelle. Des réunions virtuelles se sont d’ailleurs tenues au sujet de la situation à Curry.

« Nous sommes unis pour offrir notre soutien à ceux qui font face à cette terrible série d’événements », a déclaré Benjamin à JTA. « Nous sommes tous peinés pour les étudiants et l’ensemble de la communauté. »

Il y aurait moins de 100 étudiants juifs déclarés sur le campus, a déclaré le rabbin, dont la congrégation entretient des liens de longue date avec les étudiants juifs de Curry, sans compter des professeurs, du personnel et des administrateurs.

Benjamin dit avoir entendu le parent d’un étudiant exprimer une vive inquiétude.

Au-delà de l’enquête sur le campus, la police de Milton a renforcé sa présence aux environs de la synagogue pour renforcer sa sécurité.

« Nous sommes soulagés de savoir que les autorités prennent les choses très au sérieux et apprécions grandement les ressources mobilisées », a-t-il déclaré.

Vendredi, le rabbin participera à un rassemblement virtuel à l’échelle de l’établissement pour offrir son soutien à la communauté.

Selon Miriam Berkowitz Blue, directrice exécutive du Hillel Council of New England qui fournit un soutien en personnel ainsi que d’autres services aux étudiants juifs dans les petits établissements, il existe un groupe Hillel dirigé par des étudiants sur le campus Curry.

Elle n’a pas été contactée par des étudiants de Curry, mais prévoit de solliciter les professeurs précédemment en contact avec le Conseil Hillel afin d’offrir un soutien aux étudiants.

« Pour les étudiants, se sentir en danger sur le campus est un crève-cœur », a déclaré Berkowitz Blue. « C’est notre mission première de nous assurer, non seulement qu’ils se sentent en sécurité, mais aussi soutenus par une communauté, sur leur campus et au sein de la communauté juive de la région de Boston. »

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