USA : L’antisémitisme de plus en plus politisé dans la couverture médiatique
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USA : L’antisémitisme de plus en plus politisé dans la couverture médiatique

Un groupe de réflexion de Tel Aviv a constaté que la presse avait enquêté sur la haine des Juifs exprimée autour des manifestations COVID, de Black Lives Matter et des élections

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

La représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota à gauche, rejointe à droite par la représentante Rashida Tlaib, démocrate du Michigan, écoute le discours sur l'état de l'Union du président américain Donald Trump, au Capitole à Washington, le 5 février 2019. (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite) 
La représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota à gauche, rejointe à droite par la représentante Rashida Tlaib, démocrate du Michigan, écoute le discours sur l'état de l'Union du président américain Donald Trump, au Capitole à Washington, le 5 février 2019. (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite) 

La couverture médiatique américaine au sujet de l’antisémitisme l’année dernière laisse à penser que la question est devenue politisée, selon une étude israélienne publiée dimanche.

Selon Lior Sirkis de l’Institut des études de sécurité nationale à Tel Aviv, « le discours sur l’antisémitisme aux États-Unis tel qu’il est reflété dans les médias grand public en 2020 » montre que « les deux côtés de la carte politique s’accusent mutuellement d’être responsables du phénomène. La droite accuse la gauche d’être responsable de l’antisémitisme et de l’antisionisme, tandis que la gauche l’attribue aux suprémacistes blancs de droite ».

Le clivage politique reflète une division au sein de la communauté juive américaine, a écrit Sirkis, ce qui entraîne des difficultés à s’entendre sur la définition de l’antisémitisme, ses causes et la manière de le combattre.

Ce clivage politique est également apparent dans la couverture israélienne du phénomène de l’antisémitisme aux États-Unis. Cette année-là, Israel Hayom a publié cinq tribunes sur l’antisémitisme de la gauche, tandis que Haaretz n’a pas du tout couvert la question. Le journal a cependant écrit sur l’antisémitisme chez les Américains de droite.

Le rapport a été publié dans le cadre d’une série d’analyses sur l’antisémitisme aux États-Unis par l’Institut des études de sécurité nationale.

La couverture médiatique de l’antisémitisme en 2020 s’est initialement concentrée sur deux attaques antisémites mortelles à Monsey (New York) et à Jersey City (New Jersey) en décembre 2019. Au-delà des incidents eux-mêmes, la couverture a abordé les nouvelles mesures de sécurité prises par les communautés juives à la suite de ces attaques.

Des femmes juives orthodoxes pleurent pendant les funérailles de Leah Mindel Ferencz, tuée dans un marché casher qui a été le théâtre d’une fusillade à Jersey City, dans le New Jersey, le 11 décembre 2019. (Crédit : AP Photo/Eduardo Munoz Alvarez)

En mars, l’accent dans les médias a été mis sur l’antisémitisme lié à la pandémie de COVID-19. Cette couverture comprenait des articles sur les Juifs accusés d’être responsables de la propagation de la pandémie et le piratage par des suprémacistes blancs d’événements Zoom organisés par la communauté juive.

« Les médias ont également consacré une couverture considérable aux confrontations entre le maire de New York et la communauté juive concernant le non-respect par cette dernière des restrictions liées à la COVID-19 dans la ville », selon le rapport.

Il y a eu deux périodes en 2020 au cours desquelles les médias ont couvert l’antisémitisme chez les Noirs américains : à la suite des attaques de décembre 2019 à Monsey et à Jersey City – toutes deux perpétrées par des Afro-Américains – et pendant les manifestations après le meurtre de George Floyd par un policier du Minnesota. Dans les deux cas, la presse a examiné la haine contre les Juifs dans les communautés noires américaines.

Une série de déclarations antisémites et de manifestations de soutien au leader du groupe Nation of Islam, Louis Farrakhan, par des célébrités noires au cours de l’été – le joueur de la NFL DeSean Jackson, l’ancien joueur de la NBA Stephen Jackson, le comédien Nick Cannon et le rappeur Ice Cube – a également entraîné un examen plus approfondi de l’antisémitisme dans la culture populaire.

Nick Cannon (à droite) et Richard « Professeur Griffin », ancien membre de Public Enemy, discutent pendant un épisode de « Cannon’s Class » sorti en juillet 2020. (Crédit : capture d’écran/YouTube)

Fait intéressant : Sirkis a constaté que, si les médias américains s’intéressent à l’antisémitisme des célébrités, ils ignorent largement l’antisémitisme sur les campus et sur les réseaux sociaux. Les médias juifs américains, en revanche, couvrent ces questions. 

Une partie de la couverture s’est concentrée sur les attaques antisémites pendant les manifestations de Black Lives Matter, lorsque des synagogues de Los Angeles, en Californie, et de Richmond, en Virginie, ont été vandalisées. Mais, selon le rapport, si les médias juifs israéliens et américains ont couvert les attaques de synagogues, les grands médias américains « n’ont pas du tout parlé des incidents antisémites liés aux manifestations ».

Les élections présidentielles de 2020 ont suscité un débat sur l’antisémitisme et le monde politique, selon l’étude. Les déclarations des députées de gauche Rashida Tlaib et Ilhan Omar, la réponse de l’ancien président Donald Trump au sujet des Proud Boys, et l’annonce de l’ancien secrétaire d’État Mike Pompeo selon laquelle l’administration Trump considérerait les organisations BDS comme des groupes haineux ont alimenté la couverture liant antisémitisme et politique américaine.

‘Odin’, au centre, portant un chapeau de cowboy noir, avec d’autres Proud Boys lors d’un rassemblement pro-Trump à Sacramento, en Californie, le 28 novembre 2020. (Crédit : Gabe Stutman) 

« Nous avons choisi la question de la couverture médiatique de l’antisémitisme en partant du principe qu’il existe une relation à double sens entre la couverture médiatique de la question et la façon dont elle est perçue par différents groupes », a expliqué Shahar Eilam, l’un des rédacteurs du rapport. « Les médias couvrent la question et reflètent dans une large mesure le discours et les écoles de pensée existantes, mais dans le même temps, ils sont aussi un facteur central dans la création de ces écoles et leur influence. »

Bien que les médias juifs américains se soient concentrés sur la question bien plus que la presse nationale, il y a des signes encourageants dans cette couverture. 

« Ici, en Israël, nous avons été en fait impressionnés par l’ampleur de la couverture », a déclaré Eilam. « Nous supposions qu’elle serait moindre puisque la question n’est généralement pas au sommet des priorités israéliennes. » 

La tendance à la hausse de l’antisémitisme s’est poursuivie en 2021. 

En mai, les Juifs de New York ont subi une série d’agressions et d’attaques liées à la série de combats entre Israël et le Hamas.

Incidents majeurs et mentions de l’antisémitisme dans les médias américains en 2020. (Crédit : INSS)

Dans les jours qui ont suivi, des Juifs de New York ont publié sur les réseaux sociaux des messages indiquant qu’ils avaient été menacés, harcelés ou attaqués parce qu’ils étaient Juifs. Ces évènements rappellent une série d’incidents antisémites à New York dans les premiers mois de la pandémie. 

Au niveau national, l’Anti-Defamation League a enregistré une augmentation des incidents antisémites au cours de la première semaine des combats entre Israël et le Hamas en mai. 

Outre les attaques contre les Juifs liées au conflit Israël-Hamas, les agressions récentes contre les Juifs comprennent l’agression à l’arme blanche d’un rabbin de Boston et des balles tirées à travers les fenêtres d’une synagogue. Des dizaines d’institutions juives ont été vandalisées à travers les États-Unis depuis mai, notamment des musées de la Shoah, des maisons Habad et des écoles.

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