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USA : Le ministère de l’Éducation enquête sur des plaintes pour antisémitisme

L’Organisation Sioniste d’Amérique a remercié le ministère pour son enquête à venir sur l'action d'un district scolaire, suite à des saluts nazis et des plaisanteries sur la Shoah

Siège du service des écoles publiques du comté de Fairfax, à Merrifield, en Virginie, le 4 mars 2019 (Crédit : AP Photo/Matthew Barakat)
Siège du service des écoles publiques du comté de Fairfax, à Merrifield, en Virginie, le 4 mars 2019 (Crédit : AP Photo/Matthew Barakat)

JTA – Le Département américain de l’Éducation va enquêter sur des plaintes pour antisémitisme, déposées par l’Organisation sioniste d’Amérique [ZOA, acronyme anglais] concernant un district scolaire public situé en Virginie septentrionale.

Cette affaire est suivie par la ZOA depuis plus d’un an maintenant.

Le Bureau des droits civils du ministère fédéral a écrit, dans un courrier du 3 novembre dernier adressé à la ZOA, qu’il procéderait à une enquête pour savoir si les écoles publiques du comté de Fairfax, dans la banlieue de Washington, DC, avaient ou non pris des mesures suite à de possibles faits de harcèlement, incluant des saluts hitlériens et des plaisanteries sur la Shoah faits par des élèves.

Le ministère a précisé que l’ouverture de l’enquête ne signifiait pas que la demande de la ZOA était fondée, mais qu’elle relevait bien de sa compétence.

Il a d’ailleurs refusé d’enquêter sur l’une des plaintes principales de la ZOA, à savoir des publications sur Twitter sur Israël, de la part d’un membre du conseil scolaire, en 2021, que la ZOA assimile à de la discrimination antisémite.

Le ministère a expliqué sa décision, indiquant que trop de temps s’était écoulé depuis les tweets. Cependant il s’agit d’un gros revers pour les organisations pro-israéliennes, qui utilisent avec succès les plaintes déposées auprès du ministère de l’Éducation pour dénoncer ce qu’ils décrivent comme un discours volontiers anti-israélien au sein des écoles et des universités.

Les dirigeants de la ZOA se sont malgré tout réjouis de l’ouverture de l’enquête.

Morton Klein, président de l’Organisation sioniste d’Amérique, au Forum du Mouvement sioniste américain à Washington, le 12 décembre 2018. (Crédit : Michael Brochstein / SOPA Images / LightRocket / Getty Images via JTA)

Le président du groupe, Morton Klein, a déclaré dans un communiqué : « Nous sommes heureux que l’OCR enquête sur les écoles publiques du comté de Fairfax, et leur absence de réaction appropriée face aux problèmes d’antisémitisme qui se produisent depuis longtemps déjà dans le district. »

L’organisation conservatrice de Fairfax avait laissé entendre qu’elle entendait faire de ces tweets sur Israël, publiés depuis plus d’un an par le membre – musulman – du conseil de Fairfax, l’élément central de sa stratégie juridique.

Des courriers avaient d’ores et déjà été adressés au surintendant du district et au conseil scolaire, accusant Abrar Omeish d’antisémitisme.

Omeish avait en effet écrit sur Twitter, en mai 2021, pour soutenir les Palestiniens pendant le conflit entre Israël et le Hamas, qu’il leur souhaitait un joyeux Aïd, ajoutant : « Cela me fait mal de célébrer [cette fête] au moment-même où Israel tue des Palestiniens et profane la Terre Sainte. L’apartheid et la colonisation sont des erreurs qui perdurent aujourd’hui encore. »

Confronté à de nombreuses critiques et à des appels à démission lors d’une réunion du conseil scolaire de Fairfax, Omeish avait par la suite publié un message promettant « un engagement solide et empathique aux côtés des dirigeants juifs ».

Lors de cette même réunion, le conseil avait lu une déclaration condamnant à la fois l’antisémitisme et l’islamophobie, et s’opposant « à tout acte de violence et de haine commis contre toute personne ou tout groupe au sein de la communauté ».

Un mois plus tard, les membres du conseil d’administration du comté de Fairfax étaient la cible de tracts antisémites, manifestement issus d’une organisation de suprémacistes blancs, qualifiant le conseil de « créatures sexuelles démoniaques inspirées par les Juifs, les communistes et les queers ».

Les tracts, qui n’ont pas été considérés comme du ressort du ministère de l’Éducation, n’ont pas été mentionnés dans la plainte pour atteinte aux droits civils et ne semblaient pas avoir de lien avec la controverse sur Israël.

Le reste de la plainte est très similaire à une tribune publiée par le Washington Post, rédigée par Anna Stolley Persky, mère juive de trois élèves de Fairfax.

Persky, qui a été un temps membre du Centre communautaire juif de Pozez, en Virginie du Nord, a écrit qu’« il était extrêmement difficile d’élever des enfants juifs dans les écoles publiques du comté de Fairfax », évoquant les saluts hitlériens faits par des élèves ou l’organisation de tests et autres événements scolaires pendant les principales fêtes juives.

Le texte de Persky dans le Washington Post a été publié en mars 2021, avant la flambée de violence en Israël et les tweets d’Omeish.

Le ministère de l’Éducation a décliné sa compétence – et refusé d’enquêter – sur la question de l’organisation par le district d’événements scolaires lors des fêtes juives.

La communauté juive locale avait à l’époque, fait cause commune avec Omeish, pour faire ajouter les fêtes juives, musulmanes et hindoues au calendrier scolaire.

Les responsables juifs avaient déclaré, au moment de sa publication sur Twitter, que ses propos étaient d’autant plus douloureux qu’ils s’étaient par ailleurs alliés.

Le Conseil local de la communauté juive avait alors renoncé à distinguer Omeish pour son action.

L’affaire Fairfax n’est pas sans rappeler une autre affaire, dans laquelle un district scolaire de l’Arizona a été reconnu coupable de ne pas avoir agi, suite à des faits répétés de harcèlement antisémite à l’encontre d’un élève.

Le district avait conclu un accord avec le bureau des droits civils pour revoir sa procédure de signalement du harcèlement, programmer des sensibilisations aux discriminations, enquêter sur ses personnels, afficher une déclaration anti-harcèlement dans tout le district et procéder à l’audit de ses procédures de traitement du harcèlement.

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